Le rugby-fauteuil, tatouages, dribbles et 'tampons'

Say Luangkhamdeng est un Canadien tout ce qu'il y a de plus poli et convivial, mais quand il glisse dans son fauteuil roulant pour jouer un match de rugby, son double apparaît.

16 septembre 2008 • Par L'AFP pour Handicap.fr

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Pekin, 16 sept 2008 (AFP)

Tétraplégique, il revêt alors sa tenue de combat, dévoilant de gros tatouages -- dont un dragon -- sur ses bras, avant d'aller percuter son fauteuil sur celui de ses adversaires.
"Il y a beaucoup d'agressivité un peu folle. Il faut +plier+ les autres pour s'amuser", explique Luangkhamdeng, 31 ans, victime du "coup du lapin" il y a 10 ans dans un accident de voiture qui a tué son meilleur ami.
C'est assurément le jeu le plus violent de ces Paralympiques, et celui qui se développe le plus vite. La culture "trash" du rugby-fauteuil a été immortalisée en 2005 par le documentaire "Murderball" (ballon meurtrier), le nom original de ce sport.
Le film se penchait sur la féroce rivalité entre les équipes des Etats-Unis et du Canada. "C'est chaud. (Cette rivalité) est très présente", reconnaît le capitaine canadien, David Willsie, 40 ans, blessé au cou en jouant au hockey.

Les Etats-Unis en or

En match de poule dimanche, les Etats-Unis ont battu leurs concurrents 37-32, grâce à une défense impeccable, gagnant ainsi leur 4e victoire consécutive face au Canada.
"On peut se caler dans notre fauteuil et se dire qu'on a gagné un match difficile. (...) Le Canada veut nous battre plus que toute autre équipe, et c'est pareil pour nous", explique l'Américain Nick Springer.
Il faut dire qu'en Chine, les Américains avaient soif de revanche après la demi-finale perdue à Athènes en 2004 contre les Canadiens, médaille d'argent.
Un résultat plus qu'inversé à Pékin: les Etats-Unis remportent l'or face aux Australiens et le Canada finit 3e.
Le rugby-fauteuil, devenu un sport paralympique à Sydney en 2000, a été inventé en 1977 à Winnipeg (Canada) par des tétraplégiques qui n'avaient pas les qualités requises pour jouer au handibasket.
Il met en scène quatre joueurs de chaque côté du terrain, des tétraplégiques qui ne sont pas complètement paralysés, souffrant à des degrés divers de leurs membres supérieurs.
Le but du jeu est de faire passer un ballon de volley derrière la ligne du camp opposé, en se faisant des passes, en-avant inclus, ou en dribblant, à bord de fauteuils roulants spécialement construits pour ce sport, façon char d'assaut.

Ambiance Mad Max

Des fortes collisions, à l'image des "tampons" chez les valides, envoient parfois des joueurs au sol, même si les blessures sont rares.
"C'est une violence acceptée", dit Willsie.
S'ajoutent à cette ambiance Mad Max, les tatouages et l'allure de motards de certains joueurs, sur des fauteuils complètement rayés par des confrontations passées.
Le jeu est populaire en Amérique du Nord et s'étend dans les nations à tradition rugbystique, comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Les Néo-Zélandais ont d'ailleurs remporté l'or à Athènes et les "Wheel Blacks" (Blacks sur roues) reprennent le fameux Haka, la danse rituelle d'avant-match de leurs compatriotes All Blacks, en rugby valide.
Récemment, plusieurs pays latino-américains et européens ont commencé à s'y mettre, selon Brad Mikkelsen, président de la Fédération internationale de rugby en fauteuil roulant qui a introduit le jeu aux Etats-Unis.
"C'est un jeu très agressif. C'est aussi un soulagement pour quelqu'un qui vit en fauteuil. En se donnant à fond tout en étant sanglé, on a l'impression qu'on n'est plus handicapé", dit-il.

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