Une 'Semaine' pleine de promesses !

La Semaine pour l'emploi des personnes handicapées se tient du 15 au 21 novembre 2010 dans toute la France. Le point sur cette 14ème édition, axée sur le thème de la formation, avec Eric Blanchet, directeur de L'ADAPT*, initiateur de cet évènemen

2 novembre 2010 • Par Eric Blanchet, directeur de L'ADAPT

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Handicap.fr : L'ADAPT est à l'origine de la création de la Semaine de l'emploi des personnes handicapées en 1997. Quelle était sa motivation ?
Eric Blanchet
: Nous étions convaincus que l'emploi était essentiel pour la reconnaissance des personnes handicapées en tant que citoyens à part entière. Nous pensions que le milieu professionnel avait besoin d'être réveillé. Nous avons organisé les premiers « Job-dating© », les « Handicafés© » qui ont permis à notre « semaine » d'être relayée dans les medias.

H
: Vous voulez dire que beaucoup ont du mal à concevoir une personne handicapée comme un travailleur ?
EB
: C'est certain. On a encore du mal à imaginer qu'une personne handicapée puisse être un « producteur », même si, évidemment, toutes ne peuvent pas accéder à l'emploi. Heureusement, la loi de 2005 a permis de booster les mentalités. Elle définit une société qui devient enfin accueillante.

H : Quelles sont les solutions pour faciliter l'accès à l'emploi ? La formation ?
EB
: Oui. Nos « Priorités handicap 2011 » seront révélées lors de l'inauguration de la Semaine,lundi 15 novembre 2010, au 104 (Paris 19e). Mais il est évident que la formation devient une réponse prioritaire. Nous développons d'ailleurs des outils en alternance avec les entreprises qui permettent que cette rencontre entre les travailleurs handicapés et le milieu professionnel se fasse en amont.

H
: Y-a-t-il un nouveau « profil » de travailleurs handicapés ?
EB
: Oui, d'une certaine façon. Les stagiaires que nous accueillons sont assez loin de l'emploi et cumulent les déséquilibres sociaux, dans un environnement personnel instable, en étant parfois SDF. Le chemin à parcourir pour retourner vers l'emploi est, par conséquence, très long. Il faut avoir conscience que l'image du handicap a beaucoup évolué. Celles qui le stigmatisent le plus dans l'opinion publique, c'est-à-dire les personnes en fauteuil roulant, ne représentent que 2% des personnes handicapées. On assiste à une recrudescence de handicaps dits « psychiques », « fabriqués » par une société de plus en plus excluante et violente. Nous l'avons bien vu récemment dans de grandes entreprises où les tentatives de suicide se multiplient.

H
: L'intégration des élèves handicapés permettra-t-elle d'ici une dizaine ou une vingtaine d'années une meilleure insertion des travailleurs handicapés puisqu'ils seront mieux formés ?
EB
: Dans l'absolu, oui, mais je ne suis pas certain que cela se fasse aussi rapidement. Le problème de la prise en charge du personnel de l'éducation nationale et des AVS n'est pas encore réglé. Des projets émergent dans les collèges avec l'objectif de faire évoluer les mentalités mais c'est encore compliqué et le système reste assez peu accueillant. Cela peut prendre plusieurs générations. Nos décideurs actuels, qui ont souvent plus de 50 ans, ont également du mal à intégrer ces notions.

H
: La prise en charge de la part des institutions ne limite-t-elle pas l'autonomie ?
EB
: On ne peut tout de même pas dire cela, même si certains établissements maintiennent peut-être leurs résidents dans une certaine forme d'assistanat. A L'ADAPT, nous nous considérons comme des « passeurs », en vue d'amener chacun à davantage d'autonomie, en coordonnant les parcours de vie, en trouvant les bons interlocuteurs... Mais nous ne souhaitons pas faire « à la place ». Je pense que les personnes handicapées ont une grande force de caractère et la loi de 2005 ne fera que les aider à se positionner comme « acteurs » de leur vie.

H : Comment expliquez-vous qu'un quart des entreprises ne répondent pas à la loi en ne proposant aucun emploi aux travailleurs handicapés et préfèrent s'acquitter de la contribution compensatrice à l'Agefiph ?
EB
: Pour les PME en particulier, c'est très compliqué car elles doivent faire face à bien des contraintes dans d'autres domaines. C'est pourquoi nous avons entamé un gros travail avec l'Agefos PME- Ile-de-France, pour instaurer un vrai dialogue à ce sujet.

H
: Le ministre du Travail, Eric Woerth, avait évoqué un possible élargissement de l'accès à la retraite anticipée pour les travailleurs handicapés. Qu'en est-il ?
EB
: La retraite des personnes handicapées n'a pas été touchée grâce à la mobilisation des associations et, il est vrai, d'une certaine sensibilité des parlementaires à ce sujet. Nous avons vite reçu une réponse rassurante du gouvernement. Cela aurait été assez incohérent qu'une politique en faveur des personnes handicapées, partagée à la fois par la gauche et la droite, soit remise en cause.

H
: Quel bénéfice peut-on attendre de cette Semaine pour l'emploi ?
EB
: Elle permet à 7500 personnes handicapées dans toute la France de sortir de chez elles, de rencontrer des entreprises. Imaginez leur espoir lorsque vous avez envoyé des centaines de CV sans jamais recevoir de réponses et que vous avez enfin l'occasion de pouvoir dialoguer avec un interlocuteur. Grace à cette action, une majorité de postulants ont pu sortir de l'impasse.

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