Budget 2012 Agefiph : du " sur mesure " en habit de rigueur

A l'Agefiph, gérer la rigueur budgétaire, on appelle cela " faire du sur mesure ". La nouvelle offre d'interventions 2012 a été présentée le 15 novembre 2011. Une refonte complète des aides qui rime avec restrictions.

16 novembre 2011 • Par Handicap.fr / Emmanuelle Dal'Secco

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Grégory Cuilleron, ambassadeur de l'Agefiph et cuisinier de talent était présent. On s'attendait donc à des révélations « aux petits oignons ». D'oignons il a été question, mais cette cuisine là risque de faire pleurer bien des convives...

Gérer la rigueur !


Jean-Marie Faure, président de l'Agefiph, et Pierre Blanc, son directeur, ont donc dévoilé les nouvelles aides financières mises en place pour la période 2012-2015, et la manière d'y accéder.
Aux vues des chiffres, une seule évidence : restriction budgétaire ! Pourquoi une telle décision ?

A cela deux raisons : la première, la crise ! Il va falloir s'y faire... Depuis 2008, les tourments qui frappent nos économies obligent à mobiliser des plans de soutien, autrement dit « à se serrer la ceinture ». La seconde : la diminution du budget de l'Agefiph, et ça c'est plutôt une bonne nouvelle. Car moins de budget signifie moins de paiements de contributions de la part des entreprises assujetties à l'obligation d'embauche et donc plus d'embauche sur le terrain.

Cette enveloppe, portant sur 46 565 entreprises, est en effet passée de 613 millions d'euros en 2007 à 476 en 2011. Il y a quelques années, elle avait permis de mobiliser des actions d'envergure ; lors de la crise de 2008, grâce à la mise en place d'un plan de soutien offensif, le chômage des travailleurs handicaps n'avait progressé « que » de 10 % contre + 20 % pour l'ensemble des travailleurs. Mais pour la quatrième année consécutive, cette enveloppe est en baisse. Action, réaction...

Des aides sur mesure


Développer l'emploi pérenne, lutter contre les discriminations et renforcer la formation... voici les nouveaux impératifs. « Le choix, posé il y a plus de vingt ans, explique Jean-Marie Faure, considérait qu'il fallait encourager tous les employeurs par la « discrimination positive », c'est-à-dire abaisser le coût de l'embauche d'un travailleur handicapé. Jusqu'à présent, toute personne handicapée ou entreprise, dès lors qu'elle remplissait les critères d'éligibilité, pouvait bénéficier automatiquement des aides ou services de l'Agefiph, quel que soit son degré de handicap, ses effectifs, son éloignement de l'emploi, les réalités régionales et nos disponibilités budgétaires. C'est terminé !

A partir du 1er janvier 2012, ces aides ne seront plus systématiques
. Elles seront majoritairement prescrites par un professionnel de terrain ou de l'insertion (par exemple services Cap emploi (pour l'accès à l'emploi) et Sameth (pour le maintien dans l'emploi)).

L'Agefiph va, de cette façon, concentrer ses actions sur les « publics » prioritaires, d'un côté les travailleurs qui sont les plus éloignés de l'emploi et de l'autre les PME encore hésitantes dans ce domaine. Le montant de cet effort en direction des publics en difficulté est ainsi triplé. » C'est au droit commun de remplir son rôle, l'Agefiph ne venant alors qu'en renfort dans les situations et parcours les plus délicats. Ce choix permet également d'harmoniser les iniquités régionales en une seule et même « priorité nationale ».

Trois nouvelles priorités


A l'occasion de ce renouvellement, l'accent a été mis sur trois priorités:

- La première c'est la qualité de l'accompagnement et du conseil, aussi bien aux entreprises qu'aux travailleurs handicapés, considéré comme un « facteur important de développement de l'efficacité des parcours vers l'emploi ».
- La seconde, c'est une meilleure prise en compte des besoins des personnes handicapées éloignées de l'emploi (freins liés à leur qualification, à leur âge ou à leur handicap, par exemple chômeurs de longue durée, + 50 ans, travailleurs sortants du secteur spécialisé). Contrairement à ceux qui peuvent plus facilement participer au « jeu du marché du travail », ce public stratégique est moins ciblé par l'intervention des autres institutions de droit commun. L'extension des Prestations Ponctuelles Spécifiques, le maintien d'une offre large d'aides à la compensation du handicap, les services des Cap emploi et des Sameth, seront donc mobilisés à cette fin.
- Enfin, et surtout, partant du principe que le manque de qualifications des travailleurs handicapés est le plus grand frein à leur insertion professionnelle, la formation, qui a toujours été un engagement historique de l'Agefiph, renforce sa place. Elle sera le premier poste budgétaire en 2012 (soit 29%).

Ce qui va changer...


Voici quelques mesures retenues... La suppression des primes à l'embauche automatiques (employeur et personne handicapée) au profit d'une aide à l'insertion professionnelle (AIP) pour les employeurs recrutant des personnes handicapées les plus en difficulté sur le marché du travail et d'une aide ponctuelle personnalisée renouvelable (EPAPE), pour les personnes handicapées qui rencontrent des obstacles de nature sociale durant leur(s) parcours vers l'emploi. Ou encore la modification de l'aide au maintien dans l'emploi. Les aides à la compensation pour les personnes handicapées seront moins foisonnantes mais davantage forfaitisées. A titre d'exemple, le montant de la prime à l'embauche en milieu ordinaire d'un travailleur sortant d'ESAT (milieu protégé) passe de 9 000 à 2 000 euros ! Et pourtant considéré comme « public prioritaire » ! Pour faire simple, c'est la coupe franche dans tous les domaines.

Au 1er janvier : gueule de bois !


Grégory a beau trouvé ce projet « intéressant et raisonnable », laissons à l'appréciation des personnes handicapées le soin d'en juger. Pierre Blanc convient que cette décision « risque d'être mal accueillie par les associations concernées mais le monde a changé et la baisse des ressources de l'Agefiph ne nous laisse pas d'autre choix. »
Comment essayer de répondre aux besoins de chacun avec des moyens réduits ? En faisant pression sur les dispositifs de droit commun pour que l'embauche d'un travailleur handicapé ne relève plus d'un seul organisme dédié (en l'occurrence l'Agefiph) mais bien de la responsabilité collective, les dispositifs spécialisés étant alors réservés, en cas de besoins réels, à certains publics spécifiques. « L'intégration » ou plutôt « l'inclusion » à grande échelle semble être la seule réponse cohérente, débarrassant peu à peu les entreprises de la nécessité d'être assistées lors de l'embauche d'un travailleur handicapé.

Les moeurs changent et la question de l'emploi des travailleurs handicapés n'est plus aussi confidentielle qu'il y a quelques années. Preuve en est, lors de cette quinzième Semaine de l'emploi des personnes handicapées (14 au 20 novembre 2011) mise en place par L'ADAPT, le nombre d'initiatives remarquables et le focus fait par de grands medias généralistes. Rien qu'à Paris, le « Parisien Economie » lui consacre un numéro spécial de 50 pages tandis que le très populaire « 20 minutes » lui offre une large visibilité dans son supplément.

Mais en attendant que ce « relais » légitime se fasse, il est fort à parier que la nouvelle offre d'interventions 2012-2015 de l'Agefiph va faire grincer plus d'une paire de dents. Au 1er janvier 2012, certains risquent de se réveiller avec la gueule de bois...

Liste complète de la nouvelle offre sur :
http://www.agefiph.fr/Actualites/Evenements/Une-nouvelle-offre-d-interventions-Agefiph-en-2012

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