Aides à domicile: une première journée nationale, le 17 mars

Ils incarnaient les derniers oubliés du Ségur. Les aides à domicile font l'objet d'une stratégie globale présentée par le gouvernement à l'occasion de la 1ère journée nationale qui leur est dédiée, le 17 mars 2023. Coup de com' ou réelle avancée ?

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570 000. C'est le nombre d'aides à domicile que compte la France. Pour la première fois, le ministère des Solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées leur consacre une journée nationale, le 17 mars 2023. La raison invoquée ? « Les remercier de leur engagement et mettre en valeur la place essentielle qu'ils et elles tiennent dans notre solidarité nationale », affirme Jean-Christophe Combe, ministre des Solidarités. Aussi « appelés auxiliaires de vie » ou « accompagnants éducatifs et sociaux », les aides à domicile ont figuré parmi les « travailleurs de première ligne » mis en lumière durant la crise de la covid ou plus récemment lors des épisodes de canicule. La liste de leurs missions du quotidien est longue auprès des personnes en situation de handicap ou en perte d'autonomie, du lever au coucher, en passant par la toilette, les soins d'hygiène, les courses, la préparation des repas. Sans oublier qu'ils contribuent nettement à la rupture du lien social chez de nombreuses personnes seules. Or, malgré cette polyvalence et les besoins croissants face au vieillissement de la population - 21 millions de Français seront âgées de 60 ans et plus à l'horizon 2030 - la profession manque encore de reconnaissance institutionnelle et financière. Avec un impact parfois dramatique sur les personnes accompagnées...

Réaction d'APF France handicap

Si APF France handicap partage la « nécessité de valoriser ce métier », l'association dénonce « l'absence de réponses politiques à la hauteur des graves difficultés rencontrées par les personnes en situation de handicap ». Elle mentionne : pénurie de professionnels, personnes en situation de handicap sans solution, offre de service d'aide humaine au bord de l'implosion, manque de formation et de qualification… « Je suis levée à 11h et couché à 18 h », « Je n'ai personne pour le week-end, ma famille ou mes amis doivent venir m'aider en urgence », « Je ne vais pas pouvoir continuer à vivre à mon domicile et je vais devoir habiter dans un foyer », témoigne une membre de l'association. Il y aurait, selon APF, « non-assistance à personne en danger ». « Vous attendez des morts au domicile ? », questionne-t-elle dans une note à destination des pouvoirs publics (Etat et conseils départementaux) rendue publique le 16 mars 2023.

Un secteur peu attractif

De leur côté, les « oubliés du Ségur », comme ils se définissent, doivent en effet composer avec de bas salaires, des conditions de travail précaires (46 % des personnes travaillent le samedi, 35 % le dimanche, et 73 % sont à temps partiel) et un risque d'accident du travail accru (trois fois plus que la moyenne nationale) (Lire : Oubliés du Ségur, manif des salariés de l'aide à domicile). Face à ce constat alarmant, l'Etat souhaite « relever trois grands défis » : réussir le « virage domiciliaire », « permettre à chacun de vieillir chez soi, en bonne santé et dans les meilleures conditions possibles » et « rendre plus attractifs les métiers du domicile ». Et c'est peut-être sur ce dernier point que la tâche sera la plus complexe. Le gouvernement estime à 305 000 le nombre de recrutements nécessaires d'ici à 2030 pour répondre aux enjeux démographiques. Comment pallier la perte d'attractivité de ces métiers ? Un plan national a été élaboré avec plusieurs leviers d'action. Le premier : la communication, à travers sa première journée nationale des aides à domicile, pour leur donner une plus grande visibilité. A cette occasion, des affiches publicitaires seront diffusées le 17 mars 2023 un peu partout en France, pour « illustrer des moments de vie ainsi que le lien social fort entre le bénéficiaire et son aide à domicile ». Elles s'accompagneront de vidéos témoignages publiées sur les réseaux sociaux le même jour.

Plan national : quelles actions ?

Autres axes de travail : « faciliter le quotidien des aides à domicile ». Comment ? En « augmentant le financement des prestations d'aides et de soins à domicile », arguent les autorités. Une réforme portée par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2022, d'un coût total de 870 millions d'euros, est étalée de 2022 à 2027. Elle comprend un tarif minimal national garanti applicable à tous les services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) par tous les départements, fixé par arrêté chaque année et, à compter de 2024, indexé sur la majoration tierce personne, elle-même indexée sur l'inflation. Cette réforme prévoit également une dotation complémentaire de 3 € par heure d'intervention, indexée sur l'inflation pour renforcer la qualité et diversifier l'offre des services d'aide à domicile : horaires d'intervention élargis, lutte contre l'isolement, qualité de vie au travail des professionnels. 229 millions d'euros de l'enveloppe globale iront aux services de soins dispensant des soins infirmiers à domicile (SSIAD) et au volet soin des services polyvalents d'aide et de soins à domicile (SPASAD).

Une revalorisation des salaires

Toujours côté financier, le gouvernement s'est engagé à revaloriser les salaires des aides à domicile. Il annonce avoir augmenté en 2021 de 15 % la rémunération des aides à domicile du secteur associatif et de 189 € net mensuel celle des aides à domicile de SAAD relevant de la fonction publique territoriale (CCAS, CIAS) (Lire : 23 € : l'aide à domicile mieux rémunérée en 2023). Autre action concrète annoncée : le soutien à la mobilité des pros du domicile, amenés à parcourir de nombreux kilomètres par jour et dont les défraiements sont souvent dérisoires.  Si une dotation financière complémentaire a d'ores et déjà été mise en place en septembre 2022 par la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) souhaite aller plus loin et a donc lancé, le 6 février dernier, une enquête sur ce sujet, dont les résultats seront publiés au printemps 2023. Objectif : comprendre les problématiques de terrain et apporter des solutions concrètes, notamment une meilleure prise en charge des déplacements dits « non-consécutifs ».

Améliorer les conditions de travail

Dans la même perspective, une attention particulière va être accordée aux conditions de travail dans ce secteur, notamment au niveau du temps d'équipe, de coordination et de lutte contre le temps partiel subi (...) « sans lesquels le service rendu aux personnes est fragilisé », affirme l'Etat. Ce dernier souhaite enfin accélérer au niveau de la formation professionnelle, grâce, entre autres, au développement de l'apprentissage. Aussi, pour atteindre les 305 000 nouveaux effectifs d'ici 2030, une campagne de recrutement national sous l'égide des préfets et des Agences régionales de santé (ARS), en partenariat avec l'ensemble des acteurs du service public de l'emploi, a été déployée depuis 2020. Enfin, grande nouveauté, « deux heures hebdomadaires de convivialité » seront dispensées « progressivement » à partir du 1er janvier 2024, aux 800 000 bénéficiaires de plus de 65 ans de l'allocation perte d'autonomie (APA). Concrètement, c'est du temps supplémentaire accordé pour créer du lien social. Le détail des actions du gouvernement pour les aides à domicile est à retrouver en ligne.

Un plan Marshall exigé !

Jugeant le constat « accablant », APF France handicap affirme que les personnes en situation de handicap, qui vivent pour certaines des « détresses humaines ne vont pas se satisfaire d'une campagne de communication gouvernementale ». A l'heure où les discours politiques louent le « tournant domiciliaire », « la transition inclusive » ou « la désinstitutionnalisation », elle réclame la mise en place urgente d'un « plan Marshall », à savoir des mesures financières immédiates et l'organisation d'un « Grenelle national de la vie à domicile ». Objectif ? Réformer le secteur de manière structurelle. L'association a adressé un courrier aux ministres des Solidarités et des Personnes handicapées ainsi qu'aux parlementaires pour « exiger des réponses concrètes à cette urgence sociale ».

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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