Toilettes publiques : sont-elles vraiment accessibles ?

Plusieurs usagers handicapés sont confrontés à l'ouverture automatique des toilettes publiques. A l'occasion de la quinzaine de l'accessibilité organisée à Paris, ces témoignages interrogent : les normes des toilettes PMR sont-elles suffisantes ?

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toilettes publiques

Du 21 au 28 septembre, le drapeau des fiertés Handies flottait sur la façade de l'Hôtel de ville de Paris. La capitale est la première municipalité à utiliser ce symbole pour affirmer son engagement pour l'égalité des droits. Cette année, c'est aussi la première fois que la mairie organise, du 19 septembre au 4 octobre, la Quinzaine de l'Accessibilité et de l'Inclusion : des événements sont prévus dans tous les arrondissements, en partenariat avec des associations.

Pour autant, des problématiques bien concrètes continuent d'affecter le quotidien de nombreuses personnes handicapées. Le manque d'accessibilité des toilettes publiques fait partie de ces obstacles « emblématiques d'un discours » qui ne se concrétise pas toujours dans des actions, dénonce Patrick Charni.

Une porte qui s'ouvre sans avertissement

Son témoignage publié récemment sur LinkedIn a relancé la question de l'accessibilité concrète. Patrick Charni, aidant de Côme, son fils lourdement handicapé, y explique que celui-ci « s'est retrouvé presque nu devant des passants parce que la porte des toilettes publiques s'est ouverte sans prévenir », malgré un pictogramme PMR inscrit sur le sanitaire. Il relate la voix automatique qui annonce les quinze minutes d'utilisation et l'entrée qui s'ouvre brutalement au bout de sept minutes environ, sans aucun avertissement sonore.

JCDecaux, partenaire de la mairie de Paris pour la gestion de ces sanitaires, certifie pourtant que ceux-ci sont « paramétrés pour une durée d'utilisation de quinze minutes ». De plus, si l'usager utilise la totalité de ce temps, une « annonce sonore se déclenche automatiquement au bout de treize minutes », dans le but « d'avertir de l'imminence de l'ouverture de la porte ».

Les 15 minutes en question

« J'ai l'habitude d'aider mon fils », rétorque Patrick Charni, qui assure que le compte n'y était pas. Ce qui l'en convainc, c'est qu'il a déjà vécu cette expérience : « La première fois, je me suis dit que je ne m'étais pas rendu compte du temps écoulé. La deuxième, je me suis dit que j'allais faire attention et aller vite, et je sais que normalement en quinze minutes j'ai le temps », explique-t-il.

Le père de Côme reconnaît qu'il s'agit peut-être d'un dysfonctionnement, mais il précise qu'il s'agissait de deux endroits différents du 3e arrondissement de Paris. D'autres témoignages semblent aller dans le même sens. Isabelle Lauberthe, toujours accompagnée de son auxiliaire de vie, explique y avoir été confrontée dans le 19e arrondissement, près des quais de Loire : « C'est soi-disant quinze minutes, mais ça m'interpelle », indique-t-elle en écho. Elle aussi pointe l'absence de message sonore prévenant de l'ouverture de la porte.

Des expériences douloureuses

Alerté par le message de Patrick Charni, JCDecaux déclare être intervenu sur la sanisette en cause. Après vérifications, la société atteste que le délai de quinze minutes était « fonctionnel et conforme ». Elle reconnaît cependant que l'annonce sonore ne fonctionnait pas correctement, et garantit avoir corrigé le problème.

Une réponse qui ne satisfait pas les usagers concernés. « Même si les quinze minutes sont respectées, mon témoignage montre bien qu'il y a un problème », s'agace Patrick Charni, pour lequel cette situation porte atteinte à l'intimité et à la dignité. Isabelle Lauberthe révèle aussi cette « pression » qu'elle vit à chaque fois qu'elle doit utiliser ces toilettes. Revenant sur son expérience, elle évoque ses larmes après s'être retrouvée déshabillée face aux gens assis sur les quais au soleil.

Des pistes de solution

Ces alertes d'usagers peuvent questionner sur les contrôles réalisés dans les sanisettes parisiennes : sont-ils suffisamment réguliers pour s'assurer de leur bon fonctionnement ? Un autre point d'interrogation pour Patrick Charni a trait à la durée d'utilisation elle-même : « pourquoi ne pas rallonger le temps ou avoir un bouton qui permette, en cas de difficulté, d'obtenir quelques minutes supplémentaires ? », interpelle-t-il. Selon la mairie de Paris, cette durée maximale « ne peut pas être prolongée, à ce jour, afin de prévenir les mésusages ».

« Faire avec »

Une autre question, plus large, concerne les normes d'accessibilité. JCDecaux affirme en effet que les sanitaires sont conformes à la réglementation afférente. Est-il donc suffisant de la respecter quand certains usagers se retrouvent « en-dehors » de cette norme ? Par ailleurs, l'entreprise assure avoir travaillé avec des associations avant l'installation des toilettes pour « recueillir leurs attentes sont la forme d'entretiens bilatéraux ». Une consultation qui devrait être complétée de tests, selon Patrick Charni : « il suffirait d'en faire l'expérience avec un aidant et un handicapé en fauteuil ». La concertation est en effet devenue une bonne pratique de plus en plus courante. La prochaine étape pourrait être de « faire avec », et pas seulement de « voir avec ».

Est-il donc suffisant de la respecter quand certains usagers se retrouvent « en-dehors » de cette norme ?

Crédit : Photo Images

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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