Dans la grande halle de l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep), dans le 12e arrondissement de Paris, les chasubles rouges passent d'un atelier à l'autre. Ici, un sprint. Plus loin, un lancer, du tir à l'arc, un parcours de maniabilité ou du laser run. Assis ou debout, amputés, paraplégiques ou avec d'autres handicaps moteurs, les participants se testent sous le regard des fédérations.
Hachim Mchinda, 28 ans, n'est pas venu par hasard. Double amputé tibial, adepte de musculation et de crossfit, il a découvert La Relève sur Instagram en cherchant un club d'athlétisme. « Si je le fais, c'est pour faire du haut niveau, pas du loisir », affirme-t-il. Ses prothèses ne sont pas faites pour courir, mais il s'entraîne déjà avec. Le sprint l'attire, même s'il reste ouvert à d'autres disciplines.
« Accès vers le haut du panier »
À quelques mètres, Maxime Kozdra, 21 ans, découvre le temple parisien du sport français de haut niveau pour la première fois. Encore suivi récemment en centre de rééducation, il vise le tennis fauteuil, peut-être le basket ou le hockey. « C'est un accès vers le haut du panier », résume-t-il, impressionné d'avoir dormi et mangé dans le même lieu que certains athlètes qui tutoient déjà les sommets.
Lancé en 2019, La Relève a déjà accompagné près d'un millier de personnes. Douze anciens participants ont disputé les Jeux paralympiques. Une en est revenue médaillée, Erika Sauzeau, membre de l'équipage d'aviron médaillé de bronze aux Jeux Paralympiques de Tokyo. Pour Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique et sportif français (CPSF), le programme doit aider la France à élargir son vivier, dans la perspective de Los Angeles 2028.
Sur le terrain, les fédérations ne regardent pas seulement les chronos. « Dès l'échauffement, on voit plein de choses », explique Charles Delval, référent du para canoë. Gabarit, mobilité, équilibre, coordination, lieu de vie, type de handicap : chaque élément peut orienter un participant vers une discipline plutôt qu'une autre.
Le défi féminin
Mais cette septième édition rappelle aussi un défi persistant : attirer davantage de femmes vers le haut niveau. À Paris 2024, elles représentaient 34,5 % de la délégation française. Cette année, seules cinq femmes figurent parmi les 23 profils retenus à La Relève.
Pourtant, le CPSF assure avoir multiplié les initiatives. Communication dédiée, mise en avant de modèles féminins, mobilisation de la championne de tennis fauteuil Pauline Déroulède comme marraine du programme : malgré ces efforts, les candidatures féminines restent limitées.
« On a énormément de mal à trouver des femmes qui ont envie de faire de la compétition », reconnaît Jean Minier, directeur du haut niveau au CPSF. Selon lui, la France accuse même un retard sur plusieurs nations européennes dans ce domaine.
« Quoi qu'il arrive, j'irai aux Jeux paralympiques. »
Paraplégique depuis un accident, Alizée Harati, 31 ans, fait partie des candidates retenues cette année. Ancienne cavalière de haut niveau, elle veut retrouver la compétition. « Le sport, ce n'est pas pour s'amuser, c'est pour aller plus loin », dit-elle. Le jour même de son accident, elle s'est fixé un objectif : « Quoi qu'il arrive, j'irai aux Jeux paralympiques. »
À ses côtés, Maëlle Schmit, 22 ans, venue du para hockey sur glace et du tennis fauteuil, avance une autre explication. Certaines femmes hésitent encore à franchir le pas, par « peur de l'inconnu » ou « peur du jugement ».
Le CPSF en a conscience. Marie-Amélie Le Fur estime que le format national, organisé directement à l'Insep, peut impressionner certains profils. L'institution réfléchit désormais à des étapes plus progressives en territoire pour faciliter l'entrée dans le parcours, notamment chez les femmes.
À la fin du week-end, tous ne rejoindront pas une équipe de France. Certains repartiront avec le nom d'un club, d'une fédération ou d'un sport à essayer. D'autres avec une ambition plus nette. Dans les couloirs de l'Insep, La Relève leur aura au moins offert une première chose : l'idée que les contours d'une trajectoire paralympique peuvent se dessiner ici.
La Relève va aussi chausser les skis
Le programme La Relève ne se limitera bientôt plus aux sports d'été. Le Comité paralympique et sportif français prépare une déclinaison hivernale dès la saison 2026-2027. L'objectif est d'identifier plus tôt les futurs talents des disciplines paralympiques d'hiver, dans la perspective notamment des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver des Alpes françaises en 2030. Selon Marie-Amélie Le Fur, plusieurs territoires de montagne, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, pourraient accueillir les premières opérations de détection.
©Pierre Botte



