Cécile Cathelin, prof : "L'AESH est une mine d'informations"

Cécile Cathelin est prof depuis 25 ans. Dans son livre Enseigner, tout un sport ! Il était une fois en ovalie scolaire, elle présente des conseils pratiques utilisés en classe. Zoom sur sa collaboration avec l'AESH, son "coéquipier de confiance".

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Couverture du livre Enseigner, tout un sport ! Il était une fois en ovalie scola

Handicap.fr : Dans votre livre Enseigner, tout un sport ! Il était une fois en ovalie scolaire (Librinova), vous proposez une analogie entre la salle de classe et un terrain de rugby, en parlant de « l'équipe-classe ». En quoi cette notion permet de repenser le rôle de chacun ?

Cécile Cathelin : En utilisant cette métaphore, on peut réfléchir à la posture de l'enseignant mais aussi redéfinir le rôle des élèves. Il ne faut pas oublier non plus ceux qui sont annexes au terrain de jeu, pour reprendre l'image rugbystique, c'est-à-dire les parents, la direction et les autres enseignants. Puis il y a des professionnels qui sont sur le terrain avec l'enseignant : les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH). C'était important pour moi de souligner leur rôle essentiel dans mon livre parce qu'on peut avoir tendance à les oublier quand on pense à l'équipe éducative.

H.fr : Vous désignez l'AESH comme un « coéquipier de confiance ». Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

CC : D'abord l'AESH est une mine d'informations. Parfois, souvent même, il ou elle dispose de renseignements précieux sur l'élève dont nous ne disposons pas, en particulier sur son vécu. Et c'est normal, les jeunes se confient davantage quand ils sont en tête-à-tête avec un adulte, et notamment quand ces échanges ont lieu en-dehors des séances de cours. Parce qu'un des problèmes majeurs est le temps disponible des enseignants et les effectifs conséquents dont nous devons nous occuper.

H.fr : En quoi les échanges que vous avez avec l'AESH vous sont utiles pour l'enseignement ?

CC : Parler régulièrement de la situation du jeune accompagné par l'AESH nous permet, en tant qu'enseignant, d'éviter les maladresses en classe. L'AESH a un prisme qui est différent du nôtre. Nous avons un cours pour tous les élèves. Lui va pouvoir le moduler selon le type de handicap du jeune. Donc il peut parfois nous suggérer d'adapter une activité en fonction des besoins de l'enfant. C'est très enrichissant pédagogiquement.

H.fr : Comment travaillez-vous avec l'AESH pendant le cours ?

CC : Honnêtement, la première année où j'ai travaillé avec un AESH, je ne savais pas comment faire. On peut avoir tendance à le laisser travailler avec l'élève dans un coin pour qu'il l'aide à exécuter les mêmes tâches que les autres. Mais je me suis rendue compte qu'il n'y a pas d'inclusion dans l'espace classe en fonctionnant ainsi. Positionner cet élève au fond de la salle, c'est lui envoyer un message négatif : « Tu as un problème, un handicap donc vous vous mettez au fond avec l'AESH. »

H.fr : Comment organisez-vous donc votre salle de classe pour favoriser l'inclusion de tous ?

CC : J'utilise la méthode de la « classe mutuelle », développée par Vincent Faillet (enseignant et docteur en sciences de l'éducation et de la formation, ndlr). Le principe est d'organiser la classe en îlots et de faire travailler les collégiens ou les lycéens en équipe à certains moments du cours. Le jeune accompagné et l'AESH font alors partie d'un groupe et ils participent aux échanges autour d'une activité pédagogique. Ils sont tous les deux placés au cœur de la classe. Un élève peut avoir une difficulté et exceller dans un autre domaine. Cette force de l'inclusion peut devenir un atout pour le collectif.

H.fr : Quel rôle occupe pour vous l'AESH pendant le cours ?

CC : La mission première de l'AESH reste bien sûr d'accompagner individuellement le jeune en situation de handicap. Mais la finalité de ce soutien est de faciliter son intégration dans le groupe.
Par ailleurs, je considère l'AESH comme un « co-animateur ». Il peut être amené à se déplacer dans la classe pour affirmer ce rôle. Il participe au cours avec moi et je n'hésite pas à le laisser poser des questions à l'élève concerné mais aussi aux autres. Il peut animer certains temps ou faciliter une activité collective. Je pense qu'il faut faire comprendre à tout le monde qu'il est un membre à part entière de l'équipe. Il est le tuteur d'un élève, mais il peut aussi devenir celui de la classe.

H.fr : Quelles seraient les pistes pour améliorer encore l'inclusion de tous ?

CC : L'Éducation nationale nous invite très fortement à faire de l'inclusion scolaire, sauf que sur le terrain, on a très peu de moyens. Les AESH ne sont pas suffisamment dotés au niveau de leurs horaires ou de leur salaire. Et c'est pourtant ceux qui devraient être en première ligne. Le deuxième point concerne la formation des enseignants. Il y en a qui sont proposées via le réseau Canopé (réseau de formation des enseignants, ndlr). Mais je pense qu'il faudrait créer un pôle de formation majeur autour du handicap, visible et invisible, qui soit obligatoire dans la formation initiale et continue.

©Fnac

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