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Attentats : leurs auteurs sont-ils vraiment "fous" ?

Nice, Paris, et maintenant Rambouillet... Ceux qui commettent ces actes de barbaries sont qualifiés de "fous". Mais, en les appelant ainsi, on oublie tous les autres "inoffensifs". Les personnes concernées luttent contre cet amalgame... En vain ?

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DERNIERE MINUTE DU 26 AVRIL 2021
S'exprimant suite à l'assassinat de l'agente du commissariat de Rambouillet sur France Inter, le 26 avril 2021 au matin, Laurent Nuñez, ancien secrétaire d'État et patron de la DGSI, actuellement coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, dessine les profils des auteurs d'attaques (podcast en lien ci-dessous). « Sur les huit dernières attaques, ce sont des individus isolés, inconnus des services de renseignements et qui se sont radicalisés très peu de temps avant de passer à l'acte ». Il ajoute « souvent, il y a des failles d'ordre psychologique ou psychiatrique ». L'assaillant de Rambouillet avait d'ailleurs bénéficié d'une consultation psychiatrique sans que son état ne nécessite une hospitalisation.

Refuser les amalgames

Un auditeur critique alors : « Pourriez-vous arrêter de parler de gens qui ont des problèmes psychiatriques, c'est insultant », citant alors son « ami d'enfance » schizophrène qui « est doux et ne tuera jamais personne ». Il ajoute : « Les terroristes ne sont pas des malades mentaux, ce sont des gens qui ont déclaré la guerre à la France ». Ce à quoi Laurent Nuñez répond : « Personne ne le conteste mais certains individus qui peuvent être fragiles, avoir des troubles psychologiques à un moment de leur vie (ndlr : mentionnant notamment l'impact du confinement) sont sans doute plus influençables et perméables à ce genre de thèses. Et nous serions bien irresponsables de ne pas nous attaquer à ce problème ». Laurent Nuñez assure « travailler avec le monde de la psychiatrie » avec des « réflexions en cours » pour avoir un « meilleur partage d'informations ».

Un décret qui inquiète

Est-ce l'objectif du décret de décembre 2020, qui fait désormais figurer les troubles psychiques parmi les facteurs potentiels de « dangerosité » pouvant porter atteinte à la sûreté de l'Etat ? Six associations de personnes avec un handicap psychique avaient dénoncé une stigmatisation préjudiciable (article en lien ci-dessous).

En juillet 2016 déjà, Philippa Motte, membre du Clubhouse Paris, association qui apporte son soutien, notamment professionnel, aux personnes avec un handicap psychique, s'était exprimée après l'attentat de Nice. Elle invitait à ne pas faire d'amalgame sur le terme de « folie ». Cinq ans plus tard, son analyse n'a, malheureusement, pas pris une ride…



ARTICLE INITIAL DU 27 JUILLET 2016
Philippa Motte est membre du Clubhouse Paris (article en lien ci-dessous) et consultante en entreprise sur le handicap psychique et la santé mentale au travail. En tant que personne concernée, impliquée personnellement et professionnellement pour faire reculer les préjugés et la stigmatisation dont souffrent les personnes touchées par des troubles psychiques, ce texte lui a été inspiré par une question de son fils de 9 ans au sujet des attentats qui se sont déroulés en France ces derniers mois. Elle l'a publié sur le blog commedesfous (en lien ci-dessous) dont l'objectif est d'amener à porter un autre regard sur les troubles psychiques. Or elle constate que la plupart des medias font un amalgame avec le terrorisme et sapent ainsi le travail qu'elle réalise au quotidien dans les entreprises. Les membres du Clubhouse qui travaillent avec la jeune femme en atelier se disent, ces derniers temps, très affectés par cette situation.

"Parce qu'ils sont fous"

Nice, 14 juillet 2016. Mon fils m'a dit : « Pourquoi ils ont fait ça ? » Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu'ils sont fous. Je n'ai pas trouvé d'autres mots, je l'ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu'on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l'humain. C'est du ressort de la psychiatrie, dit-on. Comme pour dire que ce n'est pas du ressort de notre monde. Que, pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu'ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n'importe quels malades, des malades mentaux.

Les intégristes, les grands criminels, ceux qui commettent des actes de barbarie sont des fous. Des malades. Nous ne pouvons pas nous empêcher de le penser. Il faut les enfermer. Ce sont des détraqués. Le problème, c'est qu'en disant cela nous oublions tous les autres fous. Nous oublions tous ces fous, tous ces malades dont la folie ne fait de mal à personne, qui luttent avec une grande souffrance pour rester vivants et continuer à vivre parmi les autres. En disant cela, nous leur portons atteinte, nous les dénigrons, nous les stigmatisons.

Des génies aussi

Nous oublions aussi ceux que la folie a rendu géniaux et incroyablement plus courageux que les autres. Winston Churchill appelait son trouble bipolaire son « chien noir ». De Gaulle ne l'appelait pas mais le subissait quand même. Van Gogh et Virginia Woolf en sont morts, dans leur coin, en laissant au monde une œuvre lumineuse. John Nash a fait de sa folie un chemin vers le prix Nobel. Socrate, grâce à la sienne, a formulé son « Connais-toi toi-même ». Un fou qui déploie sa folie en connaissance de cause, qui sait l'apprivoiser pour la mettre au service d'une œuvre, est un être qui sauve le monde, qui donne au monde. Mais celui qui est vide, étranger à lui-même, déconnecté des forces qui l'animent est un destructeur, un tueur qui broie tout sur son passage. La folie peut être sublime, maléfique ou silencieuse, elle a mille visages, les visages de l'humain.

Ces événements nous montrent toute l'urgence d'arrêter d'avoir peur de la folie, de la dénigrer. Pour parvenir à faire reculer la folie meurtrière au profit de la folie créatrice. Car si c'est la folie qui détruit le monde, c'est aussi elle qui peut le sauver. Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l'être.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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