Attentats : leurs auteurs sont-ils vraiment "fous" ?

Nice, Paris, Munich, Kinshasa... Ceux qui commettent ces actes de barbaries sont qualifiés de "fous". Mais, en les appelant ainsi, on oublie tous les autres fous "inoffensifs". Philippa répond à la question de son fils "Pourquoi ils ont fait ça ?".

27 juillet 2016 • Par

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Philippa Motte est membre du Clubhouse Paris (article en lien ci-dessous) et consultante en entreprise sur le handicap psychique et la santé mentale au travail. En tant que personne concernée, impliquée personnellement et professionnellement pour faire reculer les préjugés et la stigmatisation dont souffrent les personnes touchées par des troubles psychiques, ce texte lui a été inspiré par une question de son fils de 9 ans au sujet des attentats qui se sont déroulés en France ces derniers mois. Elle l'a publié sur le blog commedesfous (en lien ci-dessous) dont l'objectif est d'amener à porter un autre regard sur les troubles psychiques. Or elle constate que la plupart des medias font un amalgame avec le terrorisme et sapent ainsi le travail qu'elle réalise au quotidien dans les entreprises. Les membres du Clubhouse qui travaillent avec la jeune femme en atelier se disent, ces derniers temps, très affectés par cette situation.

Nice, 14 juillet 2016. Mon fils m'a dit : « Pourquoi ils ont fait ça ? » Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu'ils sont fous.
Je n'ai pas trouvé d'autres mots, je l'ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu'on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l'humain. C'est du ressort de la psychiatrie, dit-on. Comme pour dire que ce n'est pas du ressort de notre monde. Que, pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu'ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n'importe quels malades, des malades mentaux.

Les intégristes, les grands criminels, ceux qui commettent des actes de barbarie sont des fous. Des malades. Nous ne pouvons pas nous empêcher de le penser. Il faut les enfermer. Ce sont des détraqués. Le problème, c'est qu'en disant cela nous oublions tous les autres fous. Nous oublions tous ces fous, tous ces malades dont la folie ne fait de mal à personne, qui luttent avec une grande souffrance pour rester vivants et continuer à vivre parmi les autres. En disant cela, nous leur portons atteinte, nous les dénigrons, nous les stigmatisons.

Nous oublions aussi ceux que la folie a rendu géniaux et incroyablement plus courageux que les autres. Winston Churchill appelait son trouble bipolaire son « chien noir ». De Gaulle ne l'appelait pas mais le subissait quand même. Van Gogh et Virginia Woolf en sont morts, dans leur coin, en laissant au monde une œuvre lumineuse. John Nash a fait de sa folie un chemin vers le prix Nobel. Socrate, grâce à la sienne, a formulé son « Connais-toi toi-même ».

Un fou qui déploie sa folie en connaissance de cause, qui sait l'apprivoiser pour la mettre au service d'une œuvre, est un être qui sauve le monde, qui donne au monde. Mais celui qui est vide, étranger à lui-même, déconnecté des forces qui l'animent est un destructeur, un tueur qui broie tout sur son passage. La folie peut être sublime, maléfique ou silencieuse, elle a mille visages, les visages de l'humain.

Ces événements nous montrent toute l'urgence d'arrêter d'avoir peur de la folie, de la dénigrer. Pour parvenir à faire reculer la folie meurtrière au profit de la folie créatrice. Car si c'est la folie qui détruit le monde, c'est aussi elle qui peut le sauver. Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l'être.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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