« Tout cela pour ça ! » Le titre choisi par la Fédération paralysie cérébrale France donne le ton. Au lendemain de la Conférence nationale du handicap (CNH) du 4 septembre 2026 (CNH 2023 à l'Elysée : les annonces handicap de E. Macron), les réactions associatives oscillent entre quelques avancées reconnues et déception. Derrière les 16 engagements et 65 mesures annoncés par Emmanuel Macron, beaucoup regrettent surtout l'absence de réponses concrètes à la crise du médico-social, aux besoins complexes et au manque de moyens. « Cette CNH ne semble toutefois pas avoir échappé à l'écueil de l'autosatisfaction », estime la fédération, qui dénonce « une longue litanie de mesures (pour la plupart déjà connues) dont on peine à voir concrètement les effets sur le terrain ».
Des annonces jugées trop symboliques
Même constat du côté de l'Unapei. Pour son président Luc Gateau, il s'agit de « beaucoup de préconisations » mais « il n'y a pas d'éléments chiffrés, donc on reste frustrés ». L'association déplore des engagements « purement symboliques », avec très peu de mesures assorties d'un financement précis et plusieurs travaux renvoyés à de futures réflexions. Elle pointe également des annonces qui figuraient déjà dans la CNH de 2023 (CNH 2026 : quelles revendications, quelles annonces ?). Pour le Collectif handicaps, le bilan est lui aussi « empreint d'autosatisfaction » : « L'écart demeure entre l'affichage politique et la réalité vécue par les personnes handicapées et leurs proches ». Le collectif salue néanmoins le fait que l'accessibilité devienne un cap gouvernemental et la place accordée aux experts d'usage, tout en regrettant l'absence de mesures contraignantes sur les contrôles et les sanctions.
Compensation, accessibilité : les grands absents
Plusieurs dossiers emblématiques restent ainsi au cœur des critiques. Le Collectif handicaps regrette notamment l'absence d'engagement spécifique sur le droit à compensation, la lutte contre la précarité, l'observatoire des besoins ou encore l'abrogation de la loi Elan sur le logement. Paralysie cérébrale France pointe de son côté trois attentes restées largement sans réponse : le financement et la reconnaissance de l'expertise d'usage, l'intégration effective des soins dans les établissements scolaires et le transport adapté des personnes ayant des handicaps complexes. « Rien n'a réellement bougé sur le terrain », déplore la fédération au sujet des soins à l'école. Même l'annonce d'une stratégie nationale d'accessibilité laisse les associations prudentes, faute notamment de précisions suffisantes sur les financements et le calendrier.
Jérémie Boroy, président du CNCPH, réclame, de son côté, de passer d'une « participation potiche à une coconstruction réelle ». Même inquiétude sur le terrain politique : Sandrine Chaix, vice-présidente de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a alerté sur le risque de voir des ambitions nationales se traduire par des charges supplémentaires pour les collectivités.
Une ouverture sur l'aide humaine
Plus nuancée, l'APAJH résume sa réaction par une formule : « Ce qui compte, c'est la suite ». Une manière de regarder au-delà du rendez-vous présidentiel et de juger la CNH sur ses effets concrets. Parmi les ouvertures retenues figure notamment le chantier consacré à l'aide humaine, salué également par APF France handicap. Mais pour Arnaud de Broca, président du Collectif handicaps, il s'agissait surtout d'un « discours de fin de quinquennat, sans moyens financiers ». Emmanuel Macron, lui, a promis que le mouvement engagé serait « inarrêtable ». Reste maintenant à vérifier si les annonces survivront à l'épreuve du calendrier, des budgets et de leur mise en œuvre.
©Clotilde Costil


