CNH 2026 : quelles annonces pour le handicap ?
Il y a trois ans, le rendez-vous était donné au Palais de l'Élysée à Paris (CNH 2023 à l'Elysée : les annonces handicap de E. Macron). Cette fois, la grand-messe du handicap s'est tenue le 4 septembre 2026 au Pôle de référence inclusif sportif métropolitain, le « Prisme » de Bobigny (Seine-Saint-Denis), un complexe permettant aux personnes en situation de handicap ou non de pratiquer le sport ensemble et dans les mêmes conditions. Trois ans séparent ces deux Conférences nationales du handicap (CNH) et les Jeux de Paris 2024 sont effectivement passés par là… Orientant probablement le choix du lieu. « Ce qui a été possible pour les Jeux, doit l'être pour le handicap », a indiqué Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis dans son discours d'ouverture, remerciant les invités « d'avoir dépassé le périphérique » pour se rendre à l'évènement.
Un cap tous les trois ans
Instituée par la loi de 2005, la CNH se réunit tous les trois ans pour fixer les grandes orientations de la politique du handicap. Depuis décembre 2025, cinq groupes de travail thématiques (école, habitat, IA, protection juridique, participation) ont préparé le terrain. À quelques mois de l'élection présidentielle de 2027, l'enjeu dépasse donc le simple catalogue de mesures : il s'agit aussi de vérifier ce qui, depuis la précédente CNH d'avril 2023, a réellement changé dans le quotidien des personnes handicapées (CNH 2026 : quelles revendications, quelles annonces ?).
Lors de son discours d'ouverture, la ministre de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Camille Galliard-Minier, a donné le ton : « Le cap de cette 7e Conférence nationale du handicap est clair : passer d'une société inclusive à une société pleinement accessible, en transformant durablement nos politiques publiques pour garantir l'exercice effectif des droits au quotidien ». Un programme alléchant certes, mais avec cette éternelle question : sera-t-il suivi d'effets ?
Quelles mesures phares ?
Face aux attentes, l'exécutif met en avant le déploiement opérationnel des grands chantiers engagés depuis trois ans plutôt que de nouvelles enveloppes globales. Parmi les mesures phares, le gouvernement annonce le lancement d'un service de repérage et d'accompagnement précoce sans reste à charge pour les enfants de 0 à 6 ans, un plan d'action 2026-2027 pour la vie intime et la lutte contre les violences (avec le contrôle obligatoire des antécédents des professionnels), ainsi qu'un objectif d'héritage des Jeux de Paris fixé à 4 000 clubs sportifs inclusifs d'ici 2027. L'État promet aussi de faciliter la participation des personnes ayant un trouble du neurodéveloppement ou avec une déficience intellectuelle aux prochains Jeux paralympiques. Enfin, une nouvelle stratégie autisme vise pour 2027-2032 de « mieux accompagner, repérer dès le plus jeune âge, et apporter davantage de solutions aux situations complexes ».
De 2023 à 2026, le bilan en question
La précédente CNH avait notamment promis le remboursement intégral des fauteuils roulants et un investissement de 1,5 milliard d'euros pour accélérer l'accessibilité (1,5 milliard pour l'accessibilité : pour qui, quand ?). Trois ans plus tard, le gouvernement met en avant plusieurs réalisations, dont la déconjugalisation de l'AAH et depuis le 1er décembre 2025, la prise en charge par l'Assurance maladie de l'achat et de la location longue durée des fauteuils roulants, intégralement remboursés. Selon le bilan gouvernemental, 281 351 personnes ont déjà bénéficié de cette réforme, pour 167,9 millions d'euros remboursés ; 42 356 prestations, notamment de réparation, ont également été prises en charge.
Accessibilité, école, compensation : les dossiers chauds
L'école a également connu le déploiement progressif des pôles d'appui à la scolarité, les fameux PAS : 479 étaient opérationnels en 2025-2026 et environ 1 000 supplémentaires sont annoncés pour la rentrée 2026. Le président de la République parle de « résultats qui comptent », « l'école pour tous a continué de progresser », citant ce chiffre : 550 000 élèves en situation de handicap scolarisés en 2026 contre 321 000 en 2017, au début de son premier mandat. « Les moyens pour l'école inclusive ont doublé », affirme Emmanuel Macron.
Pour fluidifier les démarches des familles, 18 mesures d'harmonisation et de simplification dans les MDPH ont également été présentées, visant notamment le traitement des dossiers par l'intelligence artificielle et des droits sans limitation de durée. D'ailleurs, sur la place des proches et notamment des aidants, Emmanuel Macron salue leur engagement : « Ils accompagnent chaque jour les personnes handicapées avec une générosité souvent discrète ».
Aussi, près de 21 ans après la loi du 11 février 2005, le gouvernement affirme être arrivé au bout de sa déclinaison réglementaire (enfin). D'abord, un décret sur les « bâtiments à usage professionnel », venant d'être signé par l'ensemble des ministres. Puis, un deuxième décret sur l'accessibilité des services publics aux personnes sourdes et malentendantes, deux textes dont la mise en œuvre est prévue pour le premier au 1er octobre 2026 et pour le second au 1er mars 2027. Le gouvernement estime qu'avec ces textes, « l'ensemble des articles de la loi de 2005 est réglementairement mis en œuvre »... 21 ans plus tard.
« Des transformations incomplètes », selon le CNCPH
Mais le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) estime que plusieurs transformations restent incomplètes et appelle désormais à faire de la période 2026-2029 celle de « l'effectivité » des droits, de l'accessibilité, de la participation et de la responsabilité des acteurs publics. Il dresse un « bilan contrasté des trois années écoulées » malgré des « réformes attendues de longue date engagées ou abouties ». « Nous, personnes handicapées, attendons encore. L'inaccessibilité est un délit. Le nombre de sanctions reste aujourd'hui ridiculement bas et nous le regrettons », souligne Jérémy Boroy, président du CNCPH. Il faut maintenant des résultats, pas de nouveaux calendriers ! ».
C'est précisément sur cette effectivité que les associations attendent le gouvernement. « Rien sur nous sans nous », martèlent-elles. Parmi les thématiques qui cristallisent le plus de demandes et d'inquiétudes : l'accès aux soins, l'accès à l'emploi et l'articulation entre école et médico-social.
Le Collectif handicaps réclame notamment une meilleure compensation, l'accès à l'autonomie, des accompagnements en nombre suffisant, une école réellement inclusive et une accessibilité universelle. Il déplore par ailleurs qu'un groupe de travail consacré aux ressources des personnes handicapées et à la compensation n'ait finalement jamais vu le jour, alors qu'« une personne handicapée sur quatre est pauvre ». Le CNCPH demande, de son côté, que plusieurs engagements soient enfin achevés, notamment en matière d'accessibilité, de scolarisation, d'emploi et de compensation. « Plus de 20 ans après la loi du 11 février 2005, la réglementation de l'accessibilité des lieux de travail n'est pas achevée, rendant cet impératif inopérant. Le récent refus du gouvernement de faire de l'accessibilité une des conditions d'accès au réseau France santé inquiète également les membres du CNCPH », fait savoir l'instance à caractère consultatif dans un communiqué publié la veille de l'évènement.
Sur l'école, Jérémy Boroy n'hésite pas à avancer une proposition clivante : réduire le nombre d'accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH). « Nous devons viser une école qui ait moins besoin de compensation individuelle. Mais cette évolution suppose de faire confiance aux enseignants et, surtout, de ne jamais faire du handicap un motif d'exclusion. »
Un point noir : l'accessibilité numérique
L'accessibilité numérique reste également un indicateur particulièrement scruté. Le bilan gouvernemental fait état, en août 2026, de 12 % des démarches administratives essentielles totalement « conformes à 100 % », tandis que 24 % atteignent au moins 90 % de conformité (contre 8 % fin 2023). Dans le domaine des transports, 32 gares nationales restaient encore non accessibles en mars 2026, même si 20 étaient alors en travaux et 12 en phase d'études. Côté voirie et mobilités, l'État a confirmé le lancement prochain du marché public du gestionnaire de la Solution d'accessibilité téléphonique universelle (SATU) pour une mise en service ciblée fin 2027, ainsi que des études de faisabilité globale en 2026 pour le projet « Métro pour tous » en Île-de-France (estimé à 20 milliards d'euros sur 20 ans), avec 200 km de lignes supplémentaires créées.
Quels financements ?
Face à ces revendications, les principales mesures financières et juridiques détaillées ce jour s'inscrivent essentiellement dans la continuité. Le gouvernement a dressé le bilan de l'enveloppe de 1,5 milliard d'euros programmée sur 2024-2030 pour le plan « 50 000 solutions » (promis en 2023, sans nouveau crédit ajouté lors de cette édition), indiquant que plus de 27 000 solutions ont déjà été installées à mi-2026. Dans le domaine de l'emploi, le chef de l'État mentionne le passage d'un taux de chômage des personnes handicapées de 17,6 à 11,5 %, « son plus bas niveau historique ». Le gouvernement met également en avant la convergence achevée des droits sociaux des travailleurs d'ESAT avec les salariés de droit commun (décrets d'août 2025) et un taux d'emploi de 6,36 % dans la fonction publique, dépassant pour la première fois le seuil légal. À l'inverse, le Fonds territorial d'accessibilité (FTA) de 300 millions d'euros a vu son guichet définitivement fermé fin 2025 en raison de son faible bilan (405 lauréats seulement).
Quelle ambition pour les trois prochaines années ?
Au-delà des mesures annoncées, c'est le calendrier et les moyens étatiques qui permettront de mesurer la portée de cette CNH. Les associations demandent moins de déclarations d'intention que des engagements financés, évaluables et suivis dans le temps. Le gouvernement présente, lui, cette conférence comme un nouveau jalon vers une société « pleinement accessible », fixant une feuille de route axée sur la généralisation du service de repérage précoce des 0-6 ans, l'objectif de 4 000 clubs sportifs inclusifs d'ici 2027 et le déploiement d'un plan d'action 2026-2027 dédié à la vie intime, affective et sexuelle (lancé le 19 février 2026) qui repose concrètement sur la formation des professionnels des établissements médico-sociaux, la généralisation des soins gynécologiques Handigynéco, le renforcement des centres d'écoute et d'orientation Intim'agir, l'aménagement d'espaces privatifs en établissement et le contrôle obligatoire des antécédents judiciaires des professionnels pour prévenir les violences sexuelles. Sur le sujet de l'intimité des personnes handicapées, Julia Tabath, Présidente du collectif Handicap et sexualité, ose « un gros mot », celui d'aborder le sujet, balayé par le gouvernement cette année de l'assistance sexuelle. « C'est la dernière petite marche à franchir. Il faut réellement parler de consentement », scande-t-elle.
Sur la question épineuse du logement, Emmanuel Macron souhaite la création d'un répertoire national des logements accessibles « parce qu'on a encore beaucoup de situations hétérogènes », tranche le président de la République.
« Beaucoup reste à faire », estime Emmanuel Macron
Une interrogation reste en filigrane : trois ans après la promesse de « l'acte II » de la politique du handicap, annoncée par Emmanuel Macron en 2023, cette 7e CNH marque-t-elle un nouveau tournant ou davantage une étape de consolidation ? « Beaucoup reste à faire et c'est l'objet de notre conférence. Accéder à un service public, faire des démarches (…) relève encore du parcours d'obstacles », concède Emmanuel Macron, « conscient du défi du temps ». « Jusqu'au dernier quart d'heure vous pouvez compter sur moi, assure le président de la République. Je ferai tout pour que nous ne puissions pas reculer ».
« La CNH de 2026 doit être celle du passage des engagements aux résultats, de l'expérimentation à la généralisation et de la reconnaissance des droits à leur exercice effectif », rappelle de son côté Jérémy Boroy. Entre contraintes budgétaires et échéances électorales, le pouvoir exécutif semble pourtant avoir privilégié des ajustements techniques et des feuilles de route opérationnelles à de nouveaux chantiers financiers d'envergure. Les associations, quant à elles, promettent de vérifier chaque engagement avec un calendrier strict.
©Clotilde Costil


