L'héritage des Jeux paralympiques de Paris 2024 ne se mesure pas seulement en médailles. Il se lit aussi à l'échelon local, dans les vestiaires d'un club « handi-accessible », victime de son succès, ou dans le discours d'un journaliste qui a changé, au sujet d'une performance parasportive. Pour Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique et sportif français (CPSF), l'événement a produit « un bond considérable » dans l'accès au parasport et sa visibilité. « On a donné à connaître beaucoup plus les Jeux paralympiques », résume-t-elle dans un entretien de rentrée accordé à Handicap.fr. La narration médiatique a bel et bien évolué, avec une place plus importante accordée à la performance qu'au registre du « pathos ». Une évolution loin d'être anodine : les Jeux ont permis à une grande partie du public français de découvrir des sportifs handicapés sous l'angle de leurs exploits et non uniquement de leur handicap. En 2024, six Français sur dix avaient ainsi regardé au moins une compétition paralympique, selon l'Injep.
6 100 clubs, mais encore des écarts
Reste désormais à traduire cette visibilité en pratique durable, le milieu du parasport ayant traversé en 2025 une année « compliquée » dans un paysage économique et géopolitique sous tension. Mais la dynamique reste. Le réseau de structures référencées dans le Handiguide est passé, selon Marie-Amélie Le Fur, d'environ 1 500 à plus de 6 100 clubs. Une progression spectaculaire, mais à mettre en regard des quelque 180 000 clubs que compte la France. Et l'écart de pratique demeure important : 47 % des personnes en situation de handicap déclarent pratiquer régulièrement une activité physique ou sportive, contre 60 % de l'ensemble de la population, selon les données de l'Injep.
« Il y a un enjeu au plus près des clubs : aller structurer, outiller, sensibiliser, former », estime la présidente du CPSF. Un défi d'autant plus concret que l'élan post-Jeux s'est heurté aux capacités limitées de certaines structures : après Paris 2024, des clubs ont enregistré davantage de demandes sans toujours disposer des créneaux, équipements ou encadrants nécessaires.
Mieux orienter, du club jusqu'au haut niveau
Pour éviter que l'héritage de Paris 2024 ne reste une parenthèse et face aux craintes d'un essoufflement post-paralympique sur le front des politiques publiques et des financements, le CPSF mise donc sur les relais de proximité. « On a encore besoin que la personne en situation de handicap soit incitée à s'engager dans un projet sportif », constate Marie-Amélie Le Fur, qui appelle notamment les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), maisons de l'autonomie, enseignants d'EPS et professionnels de santé à mieux connaître l'écosystème du parasport.
Le programme Club Inclusif, lancé en 2022, doit poursuivre cette structuration : plus de 2 200 clubs avaient déjà été accompagnés dans 12 régions selon le Comité international paralympique (3 000 clubs inclusifs pour booster le parasport). À l'automne, sa nouvelle version doit être dévoilée, annonce Marie-Amélie Lefur, avec notamment un accent annoncé sur les sports de montagne et les sports d'hiver en perspective des Jeux paralympiques de 2030 dans les Alpes françaises. Le CPSF prévoit également un guide sur l'éligibilité au mouvement paralympique et des formations territorialisées pour les professionnels susceptibles d'orienter les personnes concernées. Dernier verrou à lever pour amplifier la pratique : la maîtrise de la classification paralympique, parfois jugée complexe ou opaque par les acteurs de terrain.
« Le grand enjeu, c'est le maillage territorial, la lisibilité et la visibilité de ce maillage », résume la présidente. Une manière de passer de l'après-Jeux à l'après-effet Jeux : faire en sorte que la possibilité de pratiquer ne dépende plus de la proximité avec quelques structures pionnières, mais devienne une réalité de proximité.
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