Collectif handicaps : quel bilan pour le quinquennat Macron?

Cinq ans après, le handicap a-t-il été la "priorité" du quinquennat Macron ? Si le Collectif handicaps salue des mesures positives, il reste sur sa faim. Il exhorte les candidats à la présidentielle à se saisir du sujet via un "grand oral" en mars.

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En 2017, le handicap fut la carte blanche du candidat Emmanuel Macron, faisant naître de grands espoirs chez les personnes concernées. Cinq ans après, à l'aube d'une nouvelle élection, quel bilan ? Le Collectifs handicaps, qui réunit une cinquantaine d'associations, a passé les mesures mises en œuvre au peigne fin. Conclusions dévoilées le 1er février 2022 à l'occasion d'une conférence de presse. Arnaud de Broca, son président, consent que « ce quinquennat a été monopolisé par une crise sanitaire sans précédent », qui a « certes montré les capacités de réaction rapide du gouvernement ». Il admet, également, dans le champ du handicap, des « mesures positives réelles » : accès au vote des personnes handicapées sous tutelle, reconnaissance de la surdicécité, ouverture de certains droits sans limitation de durée...

Le côté obscur de chaque mesure

Pour autant, il conclut que « le sentiment principal est celui d'une déception ». « Trop de com, de Copil, de feuilles de route, de rapports, de plans, qui ne font pas une politique cohérente du handicap », ajoute-t-il. « Pour chaque mesure positive, il y a un côté obscur », selon le Collectif. Il cite l'accessibilité, déplorant que « le gouvernement ait fait preuve d'autosatisfaction mais que, dans la vraie vie, rien n'ait changé ». Il mentionne également l'AAH (Allocation adulte handicapé) revalorisée mais son complément de ressources supprimé. En matière d'éducation, des efforts importants ont été fournis mais il reste des lacunes : des AESH trop précaires, l'inaccessibilité du bâti... Ou encore la toute nouvelle PCH (Prestation de compensation du handicap) dédiée aux parents en situation de handicap mais qui a été élaborée sur de « mauvaises bases », via un système de forfait.

Quelques points noirs

Et puis, quelques points noirs, qui cristallisent la colère. La loi ELAN ouvre le bal avec l'instauration d'un quota réduit de logements accessibles dans le neuf. Le quinquennat s'achève avec un point de crispation majeur, le refus de l'individualisation de l'AAH par la majorité. « Il y a des tâches indélébiles qui font que cette priorité n'est qu'une façade », poursuit le président du Collectif. Et de mentionner le « bilan implacable » du Comité des droits des personnes handicapées de l'ONU sur la politique du handicap menée par la France qui, à la décharge de l'actuel gouvernement, est aussi héritée de ses prédécesseurs. Un autre « élément important », c'est la crise que traverse actuellement le médico-social et les métiers de l'humain avec une vague de démissions sans précédent de ses salariés attirés par des secteurs plus lucratifs (article en lien ci-dessous). « Ces manquements graves pèsent sur les établissements et mettent véritablement les personnes handicapées en danger », déplore Arnaud de Broca qui appelle à des réponses urgentes lors de deux rendez-vous à venir : le Comité interministériel du handicap le 3 février (article en lien ci-dessous) qui doit réunir les ministres concernés autour de Jean Castex et la Conférence des métiers du social et du médico-social le 18 février.

Mobiliser les candidats à l'élection

Alors, quel cap pour les cinq années à venir ? Pour aller de l'avant, le Collectif interpelle les candidats à l'élection présidentielle, déplorant que le handicap soit encore totalement absent de la campagne, si ce n'est via le buzz dû à la sortie de route d'Eric Zemmour sur l'école inclusive (article en lien ci-dessous). C'est un sujet abordé, selon Arnaud de Broca, « par des gens qui n'y connaissent rien ou seulement en pointillé », allusion au fait que tous les partis d'opposition se sont prononcés en faveur de l'individualisation de l'AAH, une prise de position ponctuelle, de bonne guerre, mais qui « manque de vision politique ». « Nous voulons dire aux candidats qu'ils doivent travailler le sujet. Ça ne suffit plus de dire que le handicap est une priorité. » Ils sont donc  invités par le Collectif les 3 et 14 mars au matin à un « Grand oral handicap », ouvert à tous, en visio. « Ceux ou celles qui ne viendront pas en porteront la responsabilité », prévient Arnaud de Broca, qui dit « attendre les candidats en personne et pas les troisièmes couteaux ». Il rappelle que douze millions de Français sont concernés. Autant d'électeurs potentiels !

5 revendications prioritaires !

Pour accompagner les candidats, le Collectif a édité un guide (en détail en lien ci-dessous), avec de nombreuses actions à mener, dont cinq revendications prioritaires :
• Créer une prestation universelle d'autonomie, permettant de garantir une compensation intégrale, effective et personnalisée, sans exclusion d'aucune situation de handicap, notamment psychique. Pour ce faire, 12 milliards d'euros sont nécessaires pour donner du contenu à la nouvelle branche autonomie qui ne doit pas rester une « coquille vide ».
• Inscrire dans la Constitution le principe de l'accessibilité universelle, du bâti, de la communication... notamment pour éviter de futures lois ELAN jugées « inconstitutionnelles ».
• Garantir la qualité de l'accompagnement et des interventions, aussi bien dans les établissements qu'à domicile, grâce à de meilleures formations, à la valorisation des compétences actualisées, des métiers et des carrières ainsi qu'à l'amélioration des conditions de travail.
• Permettre à toutes les personnes en situation de handicap se trouvant dans l'incapacité de travailler, de manière temporaire ou durable, de percevoir un revenu minimum d'existence « digne de ce nom » et au moins égal au seuil de pauvreté (soit 1 102 euros en 2022) et dont le mode de calcul doit reposer sur l'individualisation.
• Renforcer la participation des personnes en situation de handicap, via les associations représentatives, dans les processus de prise de décision publique à tous les niveaux (national, régional et municipal). « Nous n'avons pas eu le sentiment d'être traités comme des partenaires », déplore le Collectif.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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