Concert plus cher pour les PMR ? Un papa en colère !

Emmanuel, un père de famille qui souhaitait emmener sa fille, en fauteuil roulant, à un concert, s'est vu imposer le tarif le plus cher par la société de production organisatrice. Après avoir expliqué que c'était illégal, il s'est fait insulter.

14 janvier 2019 • Par

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Passionné de musique, Emmanuel Delbergue emmène Fanny, aujourd'hui âgée de 30 ans, à des concerts depuis ses 4 ans. Ces moments « père-fille » sont toujours aussi précieux et permettent à la jeune femme d'oublier son handicap le temps d'une soirée. Zénith de Lille, théâtre Sébastopol… Ces deux Lillois sont des habitués des salles de concert et n'ont jamais rencontré aucune difficulté liée à la paraplégie de Fanny… jusqu'au 3 janvier 2019, où la société de production du spectacle D'pendanse accepte les personnes en fauteuil roulant à condition de payer le prix fort. Une requête « révoltante » et « illégale » qui indigne le père et met en lumière des dizaines d'autres témoignages « effrayants », selon Emmanuel. Une faille dans l'accès à la culture pour tous ?

L'incompréhension…

Comme à son habitude avant un spectacle, Emmanuel Delbergue appelle directement la société de production qui a loué le théâtre Sébastopol pour la soirée. « C'est la procédure pour réserver des places 'PMR' (ndlr : pour les personnes à mobilité réduite) », précise-t-il. C'est la première fois qu'il a affaire à Divan production. Au téléphone, une jeune femme annonce au père de famille que les places réservées aux personnes à mobilité réduite sont disponibles mais seulement en catégorie 1, « donc tout devant et, par conséquent, les plus chères », déduit Emmanuel. Il demande alors un ajustement des prix au motif qu'il n'y a « aucune raison que les personnes handicapées payent plus cher que les autres ». « L'assistante, très gentille, me dit qu'elle va voir ce qu'elle peut faire…, explique-t-il. Une heure plus tard, son responsable me rappelle et tient le même discours. Surpris, je lui sors les textes de loi sur l'accessibilité culturelle en lui expliquant que ma requête est totalement fondée et légale. Les places les moins chères ne sont pas accessibles pour les personnes en fauteuil roulant, le producteur doit donc vendre celles qui le sont au prix le plus bas. » Mais rien n'y fait… « C'est comme ça », lui répond-on sans concession.

Puis la stupéfaction

Après une dizaine de minutes, le directeur souhaite lui parler. « Il me reproche de monopoliser ses employés et de leur faire perdre leur temps. 'Vous êtes un casse-couilles', me lance-t-il plusieurs fois avant de me raccrocher au nez ». Une avalanche d'insultes qui laisse Emmanuel pantois. « Je n'ai pas pu en placer une, il n'a fait que m'offenser ! » Stupéfait par cette réaction « violente et injustifiée », le père de famille partage son désarroi sur Facebook et contacte le journal local, La Voix du Nord, pour relayer sa mésaventure et « faire en sorte qu'elle n'arrive à personne d'autre ». Il fait également part de cet incident à la mairie de Lille, propriétaire du théâtre. Martine Aubry, la maire, se dit « horrifiée » et lui « apporte son soutien ». Quant à Fanny, « dégoûtée » par l'attitude du directeur de Divan production, elle affirme ne plus vouloir se rendre à ce spectacle ni à « aucun de ceux organisés par cette société de prod ». En parallèle, Emmanuel dépose plainte au commissariat de police pour « discrimination » et « injure ». « Je cherche seulement à faire appliquer la loi, assure-t-il, pour que les personnes handicapées bénéficient des tarifs auxquels elles ont droit au lieu de chercher à les exploiter. Leur quotidien est déjà suffisamment difficile… »

Un cas loin d'être isolé

Sur les réseaux sociaux, les réactions affluent en masse… De nombreux internautes dénoncent « un acte honteux » ; des dizaines d'autres partagent des témoignages similaires et avouent parfois payer le prix fort pour assister à des représentations, « sans avoir d'autres choix ». « Après mon post sur Facebook, le directeur de Divan production a continué à me traiter de 'casse-couilles' et a rejeté la faute sur le théâtre Sébastopol, selon lui, 'non accessible puisqu'il ne dispose pas d'ascenseur' », déplore Emmanuel. Aucune lettre d'excuse, aucun geste… Au contraire, il justifie sa réaction en expliquant qu'il était 'énervé' car la discussion durait depuis plus d'une heure. « C'est totalement faux !, assure le père de famille, elle n'a duré que dix minutes. » Par ailleurs, le théâtre Sébastopol « n'est vraiment pas en cause, il ne faut pas faire d'amalgame, poursuit-il. Nous y sommes déjà allés plusieurs fois et le personnel a toujours su nous recevoir. Le directeur était consterné par la réaction de Divan production et a proposé de nous payer les places pour le concert de notre choix. »

Une requête injuste

Une semaine après cet incident, Emmanuel et sa fille n'ont pas encore assisté à un autre spectacle mais comptent bien ne pas « le laisser gagner ». « Je devais payer 38 euros au lieu de 28, c'est une somme ridicule mais c'est le principe… Avec comme seul revenu, l'AAH (ndlr : Allocation adulte handicapé) à 800 euros (ndlr : 860 euros), comment voulez-vous que les personnes handicapées puissent payer les places les plus chères à chaque fois ? En plus, elles doivent souvent être accompagnées donc il faudrait payer deux fois le prix maximum ? C'est profondément injuste », conclut-il.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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