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Covid : handicap psychique, fragilités face au confinement?

Les personnes en situation de handicap psychique sont-elles particulièrement impactées par le confinement ? Cette situation peut-elle accentuer les troubles ? Réponses de Wissam El Hage, professeur de psychiatrie au CHU et à l'université de Tours.

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Handicap.fr : En quoi le confinement peut être une expérience particulièrement déroutante pour les personnes en situation de handicap psychique ?
Wissam El Hage : Il y a plusieurs niveaux de lecture. Pour commencer, les personnes bénéficiant habituellement de suivis réguliers (médicaux, infirmiers, psychologiques), qui ont été interrompus ou reportés en raison du confinement, ont vu leur organisation complètement chamboulée. Ces changements peuvent engendrer une inquiétude spécifique, qui s'ajoute à l'inquiétude générale causée par la pandémie, et cette anxiété peut avoir un impact sur les fragilités existantes. Autrement dit, tout ce qui est facteur de stress peut révéler la vulnérabilité aux troubles psychiques. La pandémie, étant donné son ampleur et le nombre de personnes qu'elle touche, provoque un niveau d'anxiété plus important chez les patients fragiles car ils se rendent compte que ceux qui sont leur repère, sur qui ils peuvent habituellement s'appuyer, sont en difficulté.

H.fr : Certaines pathologies sont-elles plus sensibles à ces phénomènes ?
WEH : Absolument, les troubles obsessionnels compulsifs (nettoyage, lavage, vérification), par exemple. Les personnes qui en souffrent vont être encore plus mises à mal et leurs TOC amplifiés. D'autres personnes, hospitalisées pour la plupart, ont des « recrudescences délirantes » autour du coronavirus et sont « Covid-psy », c'est-à-dire qu'elles n'ont pas contracté la maladie mais manifestent la décompensation qui y est liée. On leur dit que quelque chose d'invisible risque de tuer tout le monde, et cela peut alimenter une forme de paranoïa...

H.fr : Certaines personnes présentant des troubles psychiques ont-elles du mal à se conformer aux règles strictes de confinement et à respecter les mesures dérogatoires de sortie (article en lien ci-dessous) ?
WEH : J'ai l'impression que nos patients respectent ces règles. Ils ont tendance à rester chez eux naturellement donc ne pas sortir n'est pas vraiment une énorme contrainte. Ils sont plutôt préoccupés par la manière dont ils vont continuer à accéder aux soins, retirer de l'argent, maintenir le lien avec leur curateur, tuteur, infirmier de secteur, médecin... Autre difficulté : nous n'avons pas tous le même filtre de compréhension de l'information, d'autant plus que cette info est sans cesse modifiée. Les migrants, par exemple, qui ne parlent pas notre langue, se retrouvent dans une extrême panique car ils ne comprennent pas les actualités divulguées, ce qui peut engendrer une incompréhension, une inquiétude majeure ou encore des comportements inadaptés.

H.fr : Le confinement peut-il déclencher des troubles psychiques ?
WEH : On peut l'observer chez des personnes qui sont envoyées en première ligne pour lutter contre le Covid-19. Je pense notamment aux personnels soignants qui subissent un stress intense. Ils peuvent présenter les premiers signes d'inquiétude augmentée, de risque de dépression, de surmenage parce qu'ils doivent, non seulement, comme tout le monde, respecter les consignes du confinement, mais aussi continuer à exercer leur métier, tout en gérant l'inquiétude de contaminer leurs proches. C'est l'accumulation de tous ces facteurs qui met à l'épreuve notre niveau de résistance au stress puis de résilience.

Ndlr : Rappelons que, le 1er avril, Emmanuel Macron a annoncé un aménagement des règles de confinement pour les personnes en grande difficulté au regard de leurs troubles du spectre de l'autisme, déficience intellectuelle, déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, troubles psychiques, en les autorisant à sortir "un peu plus souvent" dans des lieux "porteurs de repères rassurants" (article complet en lien ci-dessous).

H.fr : Quel changement le confinement a-t-il entraîné chez vos patients ?
WEH : Il faut savoir que tous ne sont pas hospitalisés et, outre des lits, nous proposons un nombre très important de consultations. Pour ne pas rompre le lien avec eux, nous avons effectué des réorganisations pour travailler différemment, avec des visites à domicile ou des séances par téléphone... Mais ce n'est pas évident pour tout le monde.

H.fr : Avec un allègement des consultations et de la prise en charge ?
WEH : Les patients les moins « urgents » doivent effectivement accuser un retard de prise en charge, au profit des personnes qui traversent, par exemple, une dépression sévère, seules chez elles, ou encore celles victimes de violence, enfermées avec leur bourreau, dans l'incapacité de bénéficier de soins...

H.fr : Généralement, les personnes que vous suivez vivent-elles plutôt seules ou en famille ?
WEH : Les personnes avec des pathologies sévères sont malheureusement, le plus souvent, seules. L'isolement est à la fois social et familial.

H.fr : Comment peuvent-elles faire appel à vous ? En période de crise sanitaire, les lignes téléphoniques pour joindre le Samu ou tout autre service d'urgence sont souvent saturées et de nombreux patients s'inquiètent de ne pas pouvoir obtenir de secours si besoin...
WEH : Le secrétariat de l'hôpital est toujours joignable, nos patients n'ont donc pas d'inquiétude à avoir à ce sujet.

H.fr : Avez-vous observé une augmentation des addictions ?
WEH : Il y a deux types de comportement. Je vais commencer avec un contre-exemple. Certaines personnes profitent de cette période inédite pour réduire leur consommation. Hier, j'étais au téléphone avec l'une de mes patientes, très dépendante au cannabis, qui la déprimait et lui faisait perdre toute motivation. Depuis le début du confinement, elle a réduit sa consommation, au point d'avoir des symptômes de sevrage, de manque. A l'inverse, pour l'alcool, il est plus facile de s'en procurer donc cela peut vraiment devenir problématique car certaines personnes recherchent la détente et se mettent à consommer davantage.

H.fr : Estimez-vous que ce public est suffisamment pris en compte par le gouvernement depuis le début du confinement ?
WEH : C'est compliqué de répondre car nous ne sommes pas dans la même configuration que dans d'autres territoires ; chez nous, le service psychiatrique est directement intégré au CHU (centre hospitalier universitaire) de Tours. De ce fait, nous sommes pris dans le mouvement global et plutôt bien intégrés. Ce n'est pas forcément le cas pour d'autres structures, comme  les centres hospitaliers spécialisés en psychiatrie, ou les instituts médico-éducatifs (IME), qui sont isolés des soins généraux et nécessitent une prise en compte particulière de leurs spécificités.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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