« Les salariés du sanitaire, du social, du médico-social et de l'aide à domicile n'en peuvent plus ». Le 26 mai 2026, aides-soignants, éducateurs spécialisés, infirmiers, agents des services hospitaliers ou encore travailleurs sociaux sont appelés à la grève partout en France. Une mobilisation qui s'inscrit dans la continuité d'un mouvement de longue date et déjà très suivi le 1er avril 2025 (Crise du médico-social : toutes les professions dans la rue). De nombreuses manifestations nationales avaient alors alerté sur la crise profonde du secteur, avant de rebattre le pavé le 10 mars 2026, « en contestation de la régressive Loi de financement de la sécurité sociale aggravant l'austérité qui pèse sur l'ensemble des salariés », selon les différentes organisations syndicales.
Explosion des frais professionnels
Deux mois plus tard rebelote. Alors que l'inflation s'établit à 2,2 % sur un an en avril 2026 avec une flambée du prix des carburants liée au conflit au Moyen-Orient, pour laquelle le gouvernement a récemment consenti des aides – comme le relèvement du plafond de la prime carburant employeur à 600 euros et l'ouverture d'un guichet d'indemnité de 100 euros pour les grands rouleurs modestes –, les professionnels du médico-social jugent ces mesures insuffisantes face aux trois refus successifs d'agrément de leurs avenants salariaux et à l'échec des négociations de branche, ce qui gèle concrètement leur pouvoir d'achat. En raison de la dépendance de ces structures associatives aux financements publics, aucun accord collectif ne peut légalement s'appliquer sans cette validation étatique préalable.
Autre point de blocage : le point de calcul des salaires (calculé selon un système de point dans la fonction publique et le secteur associatif). Il reste gelé à 5,77 € depuis 2022. Les grévistes réclament son passage immédiat à 7,40 € (sur la base d'une grille indexée sur le SMIC rehaussé et l'intégration des 183 € du Ségur), ce qui représenterait un gain moyen de 248 € bruts mensuels par salarié.
L'échec des négociations collectives de la branche associative
Le calendrier de la mobilisation fait directement suite à la rupture des discussions lors de la Commission mixte paritaire (CMP) de la branche associative (BASSMS) le 30 avril 2026. Le syndicat patronal AXESS a quitté la table des négociations, reprochant aux organisations de salariés leur refus de signer des accords jugés insuffisants au regard de l'urgence sociale. En réponse, l'intersyndicale élargie (CFDT, CFE-CGC, CFTC, FO et SUD) a planifié une séquence de mobilisations sur trois jours : des actions départementales le 26 mai, suivies d'un rassemblement devant le ministère de la Santé et des Familles le 27 mai pour exiger l'ouverture de nouvelles négociations budgétaires.
Des structures d'accueil sous tension budgétaire
Au-delà des revendications salariales et de l'extension de la prime Ségur à l'ensemble des personnels, les grévistes pointent du doigt le mode de financement des établissements de prise en charge du handicap et de la perte d'autonomie. Les syndicats ciblent notamment la mise en œuvre de réformes tarifaires comme SERAFIN-PH, qu'ils assimilent à une logique de tarification à l'acte inadaptée aux besoins du médico-social. Des budgets globalement insuffisants face à l'augmentation des besoins, notamment dans le handicap, la protection de l'enfance ou le grand âge. Faute de dotations budgétaires pérennes, la pénurie de personnel qualifié et le turn-over massif entraînent des fermetures de lits et de places d'accueil, limitant de fait l'accès aux soins et la continuité de l'accompagnement des personnes vulnérables. Les syndicats réclament des recrutements massifs, une hausse durable des salaires et davantage de moyens pour les établissements. « Ce qu'on protège aujourd'hui, c'est la possibilité d'accompagner dignement les personnes », résument plusieurs collectifs mobilisés.
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