Cannabis thérapeutique : une France à deux vitesses

Alors que 92 % des Français se disent favorables au cannabis thérapeutique, le dispositif légal français entre dans une phase charnière. Entre attente réglementaire, espoir des patients et débat public encore clivé, l'écart se creuse.

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Un médecin prescrit du cannabis thérapeutique

C'est un chiffre qui bouscule le débat sanitaire : 92 % des Français se disent favorables à l'autorisation du cannabis thérapeutique dans un cadre strictement médical, selon une étude Norstat pour l'association APAISER S&C (Association pour aider, informer, soutenir les études et la recherche pour la syringomyélie et le chiari, représentant les usagers au sein des instances hospitalières et de santé publique), réalisée auprès de 1004 répondants. Une adhésion forte, y compris chez les personnes concernées par des pathologies lourdes, des douleurs chroniques ou des situations de handicap.  

Ces patients qui sont-ils ? Ceux bénéficiant du cannabis thérapeutique expérimental depuis 2021 souffrent principalement de douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles (médicamenteuses ou non), ayant certaines formes d'épilepsie pharmaco-résistantes ou certains symptômes rebelles en oncologie liés à un cancer ou à un traitement anti-cancéreux. Les polyneuropathies, lésions post-chirurgicales, sclérose en plaques, sciatique ou accidents vasculaires cérébraux y figurent. 

Un dispositif en transition, entre espoir et flou

Sur le plan réglementaire, la France avance par « petits pas ». L'expérimentation du cannabis médical, officiellement close fin 2024, a été prolongée « exceptionnellement » en mars 2025 pour assurer une continuité de prise en charge. Depuis, le pays travaille à un passage vers un régime de droit commun, encadré par plusieurs textes notifiés à la Commission européenne et actuellement examinés par le Conseil d'État. Un décret clé est attendu d'ici fin juin 2026. En parallèle, la Haute autorité de santé (HAS) doit rendre un avis déterminant sur le remboursement potentiel. A titre de comparaison, des pays voisins comme l'Allemagne ou la Belgique ont légiféré sur le sujet depuis près de dix ans.

Patients handicapés : entre continuité de soins et incertitude

Depuis mars 2024, aucun nouveau patient ne peut intégrer le dispositif expérimental. Seuls ceux déjà inclus poursuivent leur traitement, entre 700 et 750, dans un cadre exceptionnel. Une situation qui interroge associations et soignants, certains évoquant un « vide législatif temporaire ». Pour les patients en situation de handicap ou atteints de pathologies sévères, cette période de transition cristallise une double tension : l'espoir d'un accès élargi et la crainte d'une rupture d'égalité dans l'accès aux soins.

Un débat public dominé par les perceptions

Au-delà du droit, c'est aussi la perception du cannabis thérapeutique qui évolue. 57 % des Français voient dans le cannabis thérapeutique une alternative intéressante et nécessaire pour soulager les patients. 79 % des répondants estiment que le débat reste freiné par des idées reçues, souvent liées à la confusion avec l'usage récréatif, d'après l'étude Norstat pour l'association APAISER S&C. 73 % jugent que la souffrance des patients est insuffisamment prise en compte. « Le grand public a dépassé les tabous pour se concentrer sur le bien-être des malades », estime Mado Gilanton, présidente de l'association à l'origine du sondage. Un constat qui met en lumière un décalage persistant entre opinion publique et lenteur institutionnelle, alors même que, pour les personnes handicapées concernées, chaque mois d'attente est un mois de douleur en plus.

© Jona Bastian de Getty Images / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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