Avec son film « Ulysse », Laetitia Masson retrace de façon épurée son propre combat pour intégrer son fils handicapé au monde, et convoque l'espoir.
Bébé, Ulysse mange peu, ne parle pas, ne pousse pas. Le verdict tombe : il est porteur d'un syndrome génétique. Sa mère Alice est déterminée à ce qu'il grandisse comme les autres enfants et à ce qu'il trouve sa place dans la société.
Dans ce film présenté vendredi 22 mai 2026 en clôture de la sélection « Un Certain Regard » au festival de Cannes, Elodie Bouchez, qui connaît Laetitia Masson et son fils de longue date, incarne Alice, et Stanislas Merhar le père, Vladimir, qui va s'échapper. Alphonse Roberts, fils de Laetitia Masson, joue Ulysse devenu adolescent.
Un devoir de transmission
Pour son neuvième long métrage, la cinéaste est allée puiser dans l'intime, ce qui était loin d'être une évidence. « C'est vraiment un film que je ne voulais pas faire. Le sujet ne m'intéressait pas comme cinéaste », explique-t-elle à l'AFP.
Mais Laetitia Masson s'en est fait un devoir, une fois que son fils avait trouvé un emploi stable : ce film d'auto-fiction « peut éclairer peut-être le parcours d'autres personnes, et aider à réfléchir à cette question du handicap ».
Pour Alice et son enfant, les rendez-vous médicaux et de rééducation s'enchaînent. La maman découvre les dédales administratifs et la sorte de hiérarchie faite entre les handicaps, qui bloque l'entrée dans des établissements spécialisés.
Mais entre les moments de lassitude ou de douleur, il y a toujours la lumière, la musique et l'amitié, en la personne de Laura, interprétée par Romane Bohringer. Alice trouve aussi du réconfort auprès d'Ahmad, joué par le rappeur Gringe.
Changer d'axe de regard
Ulysse est plutôt calme mais maladroit, à fleur de peau. Sa mère lui en demande-t-elle trop ?
« Il n'était pas du tout question de s'épancher sur les difficultés de cette femme et de son enfant » mais plutôt de montrer « quelle force l'anime et quelle grande croyance elle a d'être dans le vrai », expose Elodie Bouchez, que la caméra suit de près, de sentiment en sentiment.
Laetitia Masson relativise la portée de sa bataille personnelle : « Il ne s'agit pas de dire que tout peut se résoudre ». Mais « si on change d'axe de regard, on peut amener un certain nombre de personnes (handicapées) dans le vrai monde et ils pourront apporter à ce monde quelque chose de différent », martèle la réalisatrice.
En cela, « Ulysse » se veut un film « politique ». « Il interroge la société sur son incapacité à accueillir la moindre singularité, la moindre originalité », relève-t-elle.
Susciter l'émotion par l'identification
Cela reste un film, « on n'est pas dans la démonstration, pas dans l'explication », selon elle.
« Il y a quelque chose de l'identification dans le cinéma. Les spectateurs ont tendance à se projeter, autant que le film se projette à eux » et ainsi « il entraîne dans une émotion », souligne la figure du cinéma d'auteur français (« En avoir (ou pas) », « Pourquoi (pas) le Brésil »...).
Elodie Bouchez assure d'ailleurs avoir « toujours ressenti avant tout qu'on était en train de faire un film comme on aime les faire, comme on aime faire du cinéma ensemble ».
Avec « Ulysse », Laetitia Masson revient en sélection officielle à Cannes vingt-huit ans après « A Vendre », avec Sandrine Kiberlain, déjà dans la sélection « Un Certain Regard ».
« On avait des luttes très différentes... Maintenant j'ai deux enfants, j'avance dans la vie » et revenir ici « a pour moi beaucoup de sens parce que le film est d'une ligne plus claire que mes autres films, il est plus accessible », dit-elle, « on voit comme la vie modifie le cinéma et le cinéma modifie la vie ».
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