Eczéma : quand les démangeaisons mènent aux idées noires

À l'occasion de la Journée nationale de l'eczéma, le 6 juin 2026, focus sur une réalité méconnue : l'impact psychologique de cette maladie chronique de peau. Jusqu'aux idées suicidaires, l'eczéma peut profondément altérer la qualité de vie.

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« Cette maladie a pu me conduire jusqu'à la dépression. » Comme Marjolaine, atteinte d'eczéma atopique depuis l'enfance, de nombreux patients confient une souffrance qui dépasse largement le cadre de la peau. Rougeurs, douleurs, brûlures, démangeaisons incessantes, nuits hachées... L'eczéma s'invite dans tous les replis de l'existence. « Je ne pouvais plus aller au cinéma ou au théâtre parce que rester assise sans me gratter était devenu impossible », confie la jeune parisienne. Une réalité que l'Association française de l'eczéma met en lumière à l'occasion de sa 12e Journée nationale, organisée le 6 juin 2026.

Car derrière cette maladie inflammatoire chronique, qui touche près de 4 millions de personnes en France, se cache un lourd fardeau psychologique. « L'eczéma atteint l'image de soi, corporelle et celle qu'on renvoie aux autres », explique Céline Le Bivic, psychologue clinicienne à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, qui intervient auprès de patients vivant avec des maladies de peau. Regards insistants, remarques maladroites, rejet parfois : les conséquences sociales de la maladie alimentent souvent un sentiment d'isolement.

Eczéma et santé mentale : des chiffres alarmants

Les résultats français de l'étude Scars of Life, publiés en 2026 par l'Association française de l'eczéma, révèlent l'ampleur du phénomène : 42,7 % des adultes atteints d'eczéma atopique déclarent avoir déjà eu des pensées suicidaires au cours de leur vie, contre 9,6 % dans la population générale. Plus inquiétant encore, 12,3 % rapportent avoir eu des idées suicidaires au cours des deux dernières années.

« On est au-delà de l'inconfort ou de la gêne. On parle de détresse psychologique », insiste Céline Le Bivic. Lorsque les douleurs persistent, que les traitements tardent à agir et que la maladie envahit la vie familiale, professionnelle, sociale ou intime, certains patients finissent par perdre espoir. « On cherche des solutions pour aller mieux, puis on n'en trouve plus », résume la psychologue.

Des démangeaisons qui empêchent de vivre

L'un des symptômes les plus invalidants reste le prurit. Plus d'un adulte sur deux souffrant d'eczéma voit son sommeil perturbé plus de cinq nuits par semaine. Une fatigue chronique qui affecte ensuite la concentration, le travail, les relations sociales et l'équilibre émotionnel.

« On a l'impression que notre peau nous trahit en permanence », décrivent les patients. Les crises imprévisibles nourrissent également une forte anxiété. « On se demande constamment quand la prochaine poussée va arriver, si l'on sera malade toute sa vie », fait savoir Marjolaine. Cette charge mentale permanente contribue à fragiliser l'estime de soi et à favoriser les troubles anxieux ou dépressifs.

Une prise en charge globale pour retrouver espoir

Face à cette souffrance, les spécialistes plaident pour une prise en charge multidisciplinaire associant dermatologues, psychologues et autres professionnels de santé. « Dès lors que la maladie a un impact important sur la qualité de vie, l'accompagnement psychologique a toute sa place », insiste Céline Le Bivic. D'autant que de nouveaux traitements permettent aujourd'hui de mieux contrôler les formes sévères.

Pour Marjolaine, le soutien psychologique a constitué un tournant. « C'est ce qui m'a le plus aidée dans mon parcours. » La danse a également joué un rôle déterminant. « Je pouvais penser à autre chose et reprendre confiance dans mon corps. » Un message d'espoir à l'heure où l'eczéma reste encore trop souvent banalisé. « Il est important de rappeler que c'est une véritable maladie », conclut la psychologue. Une souffrance qui va… jusqu'au mal de peau.

Si vous êtes inquiet pour un proche ou si vous avez des idées suicidaires, vous pouvez appeler le 3114. Gratuit, ce service propose une écoute professionnelle et confidentielle, 24 h/24 et 7j/7, par des infirmiers et psychologues spécifiquement formés.

© Prostock-studio / Canva

une jeune femme atteinte d’eczéma se gratte
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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