Éducation : les projets d'accueil individualisé face au réel

Le projet d'accueil individualisé (PAI) doit permettre d'accueillir à l'école les enfants ayant une pathologie en mettant une place un protocole d'urgence. Pourtant, face au manque de moyens sur le terrain, des drames surviennent encore chaque année.

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Élèves qui courent dans une cour d’école, cartable sur le dos.

Le 18 mai 2026, une fillette de 9 ans est décédée d'un arrêt cardiorespiratoire dans une école élémentaire à Massy (Essonne), après une crise d'asthme lors d'une activité sportive. Ce drame n'est pas isolé. L'asthme, maladie respiratoire chronique, tue une soixantaine de jeunes chaque année, comme c'est le cas d'autres pathologies. Pourtant, un outil dédié existe pour protéger les enfants : le projet d'accueil individualisé (PAI). Conçu pour les élèves souffrant d'une maladie de longue durée ou d'un trouble de la santé, ce document précise l'ensemble de leurs besoins thérapeutiques pour sécuriser leur scolarité.

Une procédure encadrée

En principe, la procédure est strictement encadrée. Instauré par une circulaire en 2003, le PAI a été actualisé en 2021. Le médecin traitant de l'enfant, ou un spécialiste, établit une prescription avec les symptômes de gravité de la pathologie et la marche à suivre en cas de survenue d'une crise. Les parents contactent l'école pour établir le PAI lors d'une réunion où ils sont présents avec la direction de l'école, l'enseignant et le médecin scolaire. Tout y est indiqué : les aménagements d'horaires, les dispenses d'activité incompatibles avec la santé de l'enfant et les activités de substitution, les régimes alimentaires particuliers, et surtout l'utilisation des médicaments, et les gestes à effectuer en cas d'urgence. « D'un point de vue réglementaire, je pense que la procédure est bien pensée mais on se heurte aux moyens humains sur le terrain », déplore Géraldine Chapurlat, juriste spécialisée dans l'action sociale et médico-sociale.

Un système scolaire de santé mal en point

Le principal frein à l'application du PAI réside dans la crise profonde de la santé scolaire. « Une catastrophe », dénonce Catherine, ancienne enseignante tout juste retraitée, qui dit avoir été témoin pendant sa carrière de sa « dégringolade ». Selon un rapport du Sénat déposé en mars 2024, l'Éducation nationale dispose de 800 médecins et de 7 800 infirmières pour 12 millions d'élèves. « Nous sommes plutôt 500 aujourd'hui », grince Christophe Clec'h, médecin scolaire et secrétaire général du syndicat national des médecins scolaires (SNMSU) à l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) Éducation, en s'appuyant sur les estimations remontées du terrain.

Le docteur pointe l'absence de recrutements, les départs en retraite, et alerte sur la diminution encore à venir ; la moitié des médecins scolaires ayant aujourd'hui plus de 60 ans. La situation est encore aggravée par la baisse, en parallèle, du nombre d'infirmiers et d'infirmières scolaires. Dans beaucoup d'établissements, aucun professionnel de santé n'est présent.

Un rôle central du médecin scolaire

Cette pénurie impacte directement la validation du PAI. Le médecin scolaire doit préconiser les aménagements nécessaires selon la pathologie de l'enfant. Sans son expertise, les équipes pédagogiques se retrouvent face à un document vague, voire illisible : « les informations qui nous paraissent claires, à nous professionnels de santé, peuvent être incompréhensibles pour un enseignant », note Christophe Clec'h.

Autre responsabilité qui incombe aux médecins : former les enseignants sur les gestes de base. « J'ai eu de la chance, j'avais un médecin scolaire dans mon école maternelle pour m'expliquer les gestes de soin », témoigne Béatrice Laurent, ancienne institutrice et secrétaire nationale inclusion à l'UNSA. Un cas isolé, selon Christophe Clec'h : « la plupart du temps les enseignants n'ont pas d'informations, et pas de formation », déclare-t-il.

Des enseignants en première ligne

Mais qu'ils soient formés ou pas, les enseignants se retrouvent ensuite en première ligne pour appliquer le PAI. « Comment peuvent-ils juger de la sévérité d'une crise ? », s'interroge Madiha Ellaffi, pneumologue, et membre de Santé respiratoire France. Béatrice Laurent témoigne du stress ressenti, face aux élèves présentant de graves allergies alimentaires : « on m'a montré comment détecter les signes et administrer l'ANAPEN (stylo injecteur d'adrénaline, ndlr). Quand j'ai vu ça je me suis dit 'pourvu que je n'ai jamais à le faire' ». Catherine évoque en écho le cas d'un enfant insulino-dépendant qu'elle a dû prendre en charge lors d'une sortie scolaire : « il a commencé à s'évanouir, et il n'avait pas de sucre dans la pochette qu'il a sur lui en cas de crise. Je me suis arrêtée dans le premier commerce. Mais a posteriori en y repensant je me suis dit 'et si nous avions été en sortie à la campagne au milieu de nulle part' ». Une « peur » que partagent beaucoup d'enseignants, confirme Christophe Clec'h.

L'importance de la diffusion de l'information

Mais encore faut-il que l'ensemble du personnel éducatif soit au courant de l'existence du PAI. La responsabilité de la diffusion de l'information incombe à la direction de l'établissement, et les enseignants ne sont pas les seuls professionnels à devoir être mis au courant. « Quand l'enfant est accueilli de 7h du matin à 18h le soir, les équipes périscolaires doivent être informées », explique Béatrice Laurent. Ce personnel ne dépend pas de l'Éducation nationale mais des collectivités locales, rappelle Christophe Clec'h, qui affirme que pourtant la majorité des mairies n'assurent aucune formation à leurs équipes.

En cas d'absence de l'enseignant, le remplaçant doit aussi être informé, pointe également Catherine, en précisant : « il y a très peu d'écoles où le directeur a une décharge, il a très souvent sa propre classe, il n'a pas forcément le temps de mettre le remplaçant au courant ». Autre perte d'information possible : les échanges de services entre enseignants. Catherine évoque son habilitation à enseigner l'anglais qui la faisait intervenir dans de nombreuses classes en plus de la sienne : « ce n'étaient pas mes élèves habituels, je ne savais pas lesquels avaient un PAI ».

La responsabilité des parents

Et au-delà de la gestion interne des PAI, les parents portent également une responsabilité : « informer l'école, donner les bonnes informations, prévenir en cas d'évolution de la pathologie ou des traitements, fournir les traitements et s'assurer qu'ils sont en cours de validité à l'école », résume Christophe Clec'h. Or l'accès aux soins n'est pas universel, rappelle le secrétaire général du SNMSU-UNSA Éducation, notamment pour des raisons économiques. Parfois, aucun PAI n'est mis en place, installant les équipes scolaires dans l'insécurité. Catherine raconte comment une élève de CM2, lors d'une visite de son futur collège d'accueil, s'est retrouvée dans une grave détresse respiratoire au self. L'enfant avait contracté une allergie alimentaire lors d'un voyage en Guinée et avait été hospitalisée à son retour sans que les enseignants n'aient connaissance des raisons. En effet, les parents n'avaient pas prévenu l'école. « On est passé à deux doigts de la catastrophe ce jour-là », soupire-t-elle.

Un système de santé saturé

Autre problème : la « saturation du système de santé », pointe Géraldine Chapurlat. La circulaire de 2021 insiste sur la réévaluation régulière des besoins thérapeutiques de l'enfant, explique-t-elle. Mais obtenir un rendez-vous médical relève souvent du parcours du combattant. « On estime que 30 % des enfants n'ont pas accès à un médecin traitant », rappelle Christophe Clec'h. « Il faut un mois et demi pour voir un généraliste, et mes rendez-vous en pneumologie sont remplis six mois à l'avance », complète Madiha Ellaffi.

Alors que le nombre de médecins scolaires décroit, ceux-ci pourraient pourtant être une pierre angulaire de la solution. Tous les enfants vont à l'école, et si tous les établissements pouvaient être couverts, ils pourraient recevoir tous les élèves, désengorger les cabinets médicaux, orienter vers les spécialistes, prescrire les traitements, ou encore former les équipes et les enfants pour administrer les médicaments adéquats.

© Monkey Business Images / Canva

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