Mélanie, étudiante handicapée : mes galères à la fac !

La scolarité des jeunes handicapés est semée d'embûches mais quand vient l'heure des études supérieures, c'est le début des grosses galères. Mélanie a lutté contre l'aberration administrative et obtenu victoire... Parcours d'une combattante !

21 janvier 2015 • Par Mélanie Paulhe

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Mélanie, 20 ans et étudiante. Outre ma dyslexie (j'ai droit à un tiers-temps pour l'ensemble des épreuves, partiels comme contrôles continus), j'ai été diagnostiquée à l'âge de 16 ans pour un syndrome d'Ehlers-Danlos. Il provoque de grandes douleurs dans les articulations, des entorses récurrentes, des difficultés de concentration, une hypersensibilité générale, des vertiges, des problèmes gastriques et de très grandes fatigues physiques associées à une frilosité chronique. Comme des « coups d'électricité » qui partent de l'extrémité des os et résonnent à l'intérieur. Tout mon quotidien est en affecté. J'ai cependant toujours réussi à suivre bon gré mal gré ma scolarité, et désormais mes études.

Vous appelez ça une prise en charge ?

Bienvenue à la Faculté des Sciences de Montpellier. Il faut garder le rythme, supporter les longues heures de cours qui s'enchaînent et les positions assises interminables dans les amphithéâtres. J'ai choisi de m'y confronter et suis fière de mon endurance. Mais mon coup de gueule a pour but de dénoncer les conditions dans lesquelles les étudiants en situation de handicap sont pris en charge ou, plus exactement, ne sont pas pris en charge. Être handicapé ne suffit visiblement pas, il faut en plus se confronter aux services, sans relâche, afin de faire valoir des droits pourtant reconnus. Fraîchement débarquée à la fac après mon bac, j'y ai découvert un lieu d'une inhumanité considérable, ai dépensé beaucoup de temps et d'énergie pour essayer de trouver quelqu'un capable de me renseigner.

Le tiers-temps : une lutte de longue haleine

À qui s'adresser ? Comment se faire entendre ? De nombreux mails pour la plupart restés sans réponse. Ces questions n'éveillent aucun intérêt de la part des interlocuteurs. On vous considère comme quantité négligeable. J'ai finalement trouvé, dans un coin, le bureau de la médecine préventive. Après deux mois et demi de recherche,  j'ai enfin pu m'adresser aux personnes concernées. L'accueil fut glacial et je me suis entendue dire, de la part d'une infirmière : « Les dossiers tiers-temps ne seront plus acceptés à partir de jeudi prochain, il va falloir le faire en urgence, vous auriez pu vous y prendre plus tôt, Ma-de-moi-selle ». Ah bon ? Cela fait 2 mois et demi que je vous cherche ! Certains enseignants refusent ensuite de vous donner ce tiers-temps parce qu'ils n'ont pas envie de faire du « rab » et vous gratifient de quelques points en plus pour compenser et se donner bonne conscience. Quelle frustration de rendre un travail inachevé ! D'autres ont un comportement dédaigneux. Les mois défilent. Je m'accroche et valide mon année.

Partiels : pas de 2ème chance

Je m'inscris donc en Licence 2 et recommence mes dossiers pour le tiers-temps, comme à chaque rentrée. Beaucoup de travail et une année continue sans repos puisque j'ai passé mes vacances de Noël en crise, sous morphine. Au deuxième semestre, la fatigue se fait plus grande. En mai, je passe mes partiels comme je peux. Le dernier est l'un des plus importants du semestre, une « unité d'enseignement » à fort coefficient.  Mais je ne peux pas composer cette épreuve en raison de mon état de santé. Je fournis un certificat médical à l'enseignant référant et à l'administration. Et pourtant, surprise : un ZÉRO, coefficient 7,5 ! Et voici comment une moyenne de minimum 14 chute à 10,5 alors que j'ai fourni un travail colossal.
Le service des scolarités me répond que « toute épreuve non composée équivaut à un zéro ». Cette idée même, dans le cas d'une maladie (pas un petit rhume), me scandalise. D'autant qu'on m'interdit strictement l'accès à la session de rattrapage. Cette injustice profonde me blesse et je décide de ne pas en rester là. En vain…

Sélection par la discrimination

Visiblement, un étudiant handicapé et reconnu par la MDPH n'a pas le droit d'être malade. Quel recours aurait un salarié face à cette situation ? Les universités font-elles de la sélection sur des principes basés sur l'injustice et la discrimination ? Pourtant, mon handicap n'impacte pas mes capacités intellectuelles. Bien décidée à me faire entendre, je contacte le Président de la faculté par lettre recommandée. Je reçois une simple réponse par mail me disant qu'il ne peut rien faire… Je contacte le médiateur du Rectorat de Montpellier qui, lui aussi, prétend ne rien pouvoir y changer. Il a eu le seul pouvoir de convoquer une réunion, sans grande écoute, sans grande avancée, du « dialogue du paraître », juste peut-être pour soulager leurs consciences mais sûrement pas la mienne.

Face à un mur de lois

J'ai fait face à un « mur de lois ». Un mur d'indifférence ? « Nous sommes dans la loi, Mademoiselle ». C'est bien, vous dormirez tranquille ce soir. Pas moi. Qui osera affronter un jour la loi et la dénoncer ? Qui ? Unis ou seul, avec ceux qui osent ? Je partage cette histoire pour encourager les étudiants et les personnes handicapées à dénoncer haut et fort les discriminations auxquelles elles sont confrontées. Moi qui me bats depuis 10 ans pour accéder au métier de mes rêves, professeur des SVT, je ne peux admettre que de telles situations soient imposées à des élèves.

Victoire, les textes évoluent

Heureusement, à la rentrée 2014, les textes ont évolué… Victoire ! Il existe de nouvelles Modalités de contrôle des connaissances (MCC) pour l'année 2014-2015 (lien ci-dessous). Avec un certificat médical acceptable, il est possible de repasser l'épreuve, à laquelle on n'a pas pu être présent, lors de la deuxième session. Enfin ! Qui plus est, le handicap sera visiblement davantage pris en compte à l'avenir. Cela reste à prouver dans la pratique mais c'est déjà un grand pas. Bien sûr, je ne saurai jamais si mon action est la racine de ce changement… Mais, le plus important, c'est d'avoir lutté.

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