François Fillon : le handicap, un sujet "essentiel"

A quelques jours de la primaire Les Républicains, François Fillon dévoile les actions qu'il souhaite mener en faveur des personnes handicapées. Il prône une véritable volonté réformatrice et assure vouloir s'en donner les moyens.

17 novembre 2016 • Par

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En vue des élections présidentielles de 2017, handicap.fr souhaite donner la parole à tous les candidats aux primaires des grands partis, ainsi qu'aux candidats déclarés, sur leur politique handicap. Nous leur avons soumis le même questionnaire, par écrit, et publions les réponses telles qu'elles nous ont été rendues, sans retouche. 

Handicap.fr : Contrairement aux élections précédentes, plusieurs candidats aux prochaines présidentielles semblent vouloir davantage s'exprimer sur la question du handicap. Certains politiques auraient-ils pris conscience que 10% de la population, c'est un électorat qu'on ne peut pas se permettre de négliger ?
François Fillon : Je considère qu'il ne peut y avoir d'indifférence envers ceux qui nous sont différents. Œuvrer au redressement de notre pays doit se faire évidemment sans oublier les plus vulnérables et les plus fragiles des nôtres. Or, notre modèle social actuel n'est plus exemplaire en la matière. Il exclut et complexifie le quotidien des familles qui connaissent le handicap plutôt que de les accompagner dans leur parcours de vie. C'est donc un sujet essentiel et il est bien naturel qu'il figure dans mon programme.

H.fr : Dans cette primaire, qu'est-ce qui vous distingue des autres candidats LR sur la question du handicap ?
FF : Je suis issu d'une famille politique qui a porté les plus grandes lois sur le handicap et j'en suis très fier. Elu local, député, ministre, j'ai acquis une grande expérience sur le sujet, sa complexité, ses enjeux, ses nécessités. Premier ministre, je m'honore d'avoir conduit un gouvernement qui a été sans relâche, à la manœuvre, sur la question. L'augmentation significative de l'AAH, la progression importante du nombre d'enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire, le nombre important de places créées en structures médico-sociales, la progression du taux de collaborateurs handicapés en entreprises ont été de vraies avancées. Mais développer une politique handicap à l'échelle d'un pays, c'est aussi avoir une véritable méthode. C'est pourquoi j'ai eu à cœur d'installer un conseil interministériel des personnes handicapées afin de coordonner nos politiques dans un esprit transversal et intégré. Le travail de mon gouvernement a-t-il réglé tous les problèmes ? Bien évidemment non. Nous pouvons et nous devons faire plus et mieux en matière de handicap. J'ai toutefois le sentiment d'avoir contribué à l'évolution du quotidien des Français handicapés, dans la droite ligne des perspectives ouvertes par la loi de février 2005. La vérité, c'est que l'amélioration de leur quotidien s'est stoppée en 2012. Beaucoup d'associations et de personnes concernées m'expliquent que, depuis, leurs conditions de vie n'ont pas stagné mais régressé. Qui peut s'en satisfaire ?

H.fr : Quelle serait votre mesure phare en matière de handicap si vous accédiez au pouvoir ?
FF : Plus qu'une mesure phare, c'est un état d'esprit qu'il faut et une véritable volonté réformatrice. Cela n'a pas de sens de mettre en avant un domaine particulier du quotidien de nos concitoyens handicapés. L'effort doit être absolument transversal. La scolarisation, la formation, l'insertion professionnelle, les transports, le logement, les politiques de compensation, l'accès aux soins, aux sports, à la culture. Tout est lié et interdépendant. C'est une politique volontariste qu'il faut, une politique qui se donne les moyens de ses ambitions en matière de handicap parce que l'Etat aura su se réformer, faire des économies sur son train de vie délirant et faire repartir véritablement la croissance.

H.fr : Faut-il réellement jeter la pierre au gouvernement de Manuel Valls en matière d'accessibilité des lieux publics quand il hérite d'une situation qui a pris du retard sous d'autres majorités que la sienne ?
FF : Je ne jette la pierre à personne. La loi de février 2005 a permis de nombreuses avancées. Je pense aussi que le regard des Français a évolué sur leurs compatriotes en situation de handicap grâce à cette loi. Mais il est vrai que l'échéance d'accessibilité physique des établissements recevant du public qu'elle fixait n'a pu être respectée. Les responsabilités sont partagées et dépassent aussi le cadre des dirigeants politiques. Désormais, la mise en place des Ad'Ap impose un cap et un calendrier précis à l'ensemble des acteurs concernés. Je propose, au niveau départemental, un renforcement de l'accompagnement mais aussi du contrôle du déploiement des Ad'Ap, en particulier auprès des collectivités locales.

H.fr : Parce que l'école est le nerf de la guerre en termes d'inclusion, « une » mesure phare pour la scolarité des enfants handicapés ?
FF : Je suis convaincu que c'est à l'école que se joue effectivement la véritable inclusion des personnes handicapées dans notre société. La scolarisation en milieu ordinaire, c'est permettre à des enfants différents de se côtoyer. Un élève qui a eu pour voisin de classe un camarade handicapé sera peut-être demain un DRH qui n'aura aucun problème à recruter un collaborateur handicapé. C'est cette mixité qui conduira à la fin des aprioris et des stéréotypes. Favoriser autant que possible la scolarisation, c'est aussi, pour les personnes en situation de handicap, élever leur niveau de qualification dont la faiblesse est le principal frein à leur employabilité. La mobilisation autour de la scolarité de ces enfants est donc essentielle et je propose que leur accompagnement soit renforcé avec des AVS toujours mieux formé(e)s. J'ai également la volonté que, dans les collèges et les lycées, on anticipe la rentrée de jeunes handicapés, de manière individualisée, afin de faciliter leur intégration pour leur donner tous les moyens de réussir leurs études et de ne pas freiner leurs ambitions professionnelles auxquelles ils peuvent prétendre selon leurs capacités.

H.fr : Parce que le chômage des personnes handicapées est deux fois supérieur à la moyenne nationale, quelle serait votre mesure prioritaire ?
FF : Comme je l'ai dit précédemment, le principal frein à l'employabilité des personnes handicapées est leur manque de qualification d'où l'importance de les accompagner le plus loin possible dans leur scolarisation. Je suis également très attaché à l'apprentissage et à la formation par alternance, véritables parents pauvres dans notre pays. Je pense que la formation par alternance est un outil puissant dans l'insertion professionnelle des personnes handicapées, jeunes ou moins jeunes, et je travaillerai donc à en favoriser l'accès. Par ailleurs, je prendrai les dispositions pour qu'aucune personne handicapée ne se voie refuser une demande de formation quand elle apparaît pertinente et cohérente avec la demande d'un territoire particulier. Cela arrive encore trop souvent malheureusement de nos jours. J'ai aussi une attention particulière pour les entreprises adaptées qui font un travail remarquable. Je propose tout simplement que l'on entrave plus leurs souhaits de développement et qu'on libère leur énergie en desserrant l'étau réglementaire qui les étreint. Enfin, je veux, pour tous les Français, qu'il leur soit plus facile de devenir entrepreneur, de créer leur propre activité. Bien évidemment, les Français handicapés doivent être accompagnés dans les meilleures conditions s'ils souhaitent entreprendre.

H.fr : Les Républicains avait la particularité d'être le seul parti à avoir un mouvement associatif militant comme Handipop, qui portait la parole des personnes handicapées. Aurait-il disparu ?
FF : Non, il n'a pas disparu mais, en dehors de ce mouvement associé, il y a de nombreux militants chez Les Républicains qui sont engagés sur ces questions. Je suis d'ailleurs heureux d'être entouré d'élus locaux, de parlementaires, de professionnels, de membres associatifs, de personnalités qualifiées, de personnes concernées qui m'apportent leur expertise sur le handicap et ont éclairé mes réflexions. J'ai également été très attentif aux interpellations de grandes associations nationales qui ont voulu porter des messages particuliers aux candidats de la primaire de la droite et du centre. Tout en saluant le travail formidable de ces associations, je voulais les remercier pour les initiatives qu'elles ont prises auprès des candidats.

H.fr : Contrairement aux candidats américains qui n'ont pas brillé par l'accessibilité de leur campagne, comptez-vous faire un effort dans ce sens, par exemple vélotypie lors des conférences, sites internet aux normes, accessibilité des meetings, pour que les personnes handicapées puissent elles aussi prendre part au débat démocratique ?
FF : J'ai, dès ces élections de la primaire de la droite et du centre, pris des dispositions pour rendre accessibles mes messages et certaines de mes réunions publiques. Bien sûr, je veillerai à ce que ma campagne électorale pour les élections présidentielles de 2017 soit un modèle d'accessibilité et je nommerai dans mon équipe de campagne un référent attaché à cette accessibilité.

H.fr : Autre chose à ajouter ?
FF : Oui, sans pouvoir être exhaustif dans cette interview, je voulais toutefois souligner ma volonté de permettre aux parents d'être formés au moment où ils découvrent le handicap de leur enfant. Plus généralement, je souhaite une nouvelle politique de soutien aux aidants en leur donnant un nouveau statut. Ceci passe également par le droit au répit et la création de nouveaux établissements d'accueil. Je souhaite par ailleurs porter une politique d'amélioration du fonctionnement des MDPH. Leur personnel est dévoué mais il faut réinterroger le fonctionnement de ces structures. Il faut prolonger l'instruction administrative par un véritable accompagnement de soutien qui ne s'arrête pas à la notification d'une décision.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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