Film Mission paradis : 3 potes handi en quête de sexualité

Un trio de potes handicapés se lance dans un road trip plein de rebondissements pour connaître leur première relation sexuelle dans une maison close. Inspiré d'une histoire vraie, "Mission paradis" sort le 2 juin 2021 en France. Fera-t-il débat ?

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Ce film se veut une « comédie qui roule sur les clichés ». Mission paradis, qui sort enfin en France le 2 juin 2021, est inspiré d'une histoire vraie. Trois jeunes Américains en situation de handicap décident de partir dans une aventure rocambolesque pour connaître leur première fois dans une maison close de Montréal, au Québec, « un lieu qui s'adresse aux gens comme nous », explique les protagonistes. L'un est en fauteuil roulant, l'autre aveugle et le dernier souffre d'une maladie dégénérative (interprétés par Grant Rosenmeyer, Hayden Szeto, Ravi Patel). Des caractères bien trempés, cash, sans pathos, toujours cinglants, accompagnés dans leur délire par une jeune conductrice forte en gueule mais avec un cœur énorme (incarnée par Gabourey Sidibe qui a débuté au cinéma dans Precious). Rien ne pourra faire capoter cette mission, pas même leur handicap, pas même la pression de leur famille qui continue à les traiter comme des enfants, dans un déni total de leur sexualité…

Une « machine à empathie »

« Nous avons tous vu des road movies. Et ce sont toujours des films sur des mecs qui veulent coucher, explique Richard Wong, son réalisateur. Mais il m'a paru évident que le point de vue de Mission paradis était le plus intelligent. » Selon lui, c'est le voyage « d'outsiders et de losers » auxquels tous peuvent s'identifier. « Notre société a tendance à désexualiser certains groupes et c'était l'occasion d'en parler frontalement », ajoute-t-il. Pour l'un des trois acteurs, Grant, ce film est une « machine à empathie ». Pour s'assurer du « soutien des personnes handicapées » et ne pas prendre le risque de tomber dans le cliché, l'équipe a collaboré avec des associations locales mais surtout avec Asta Philpot dont ce film raconte l'histoire. « Les réalisateurs ont le courage de faire quelque chose de complétement différent qui brise les frontières et fait du bien », explique ce dernier, déplorant que le cinéma mette « Coldplay et les violons » chaque fois que le handicap apparaît à l'écran.

Une histoire vraie

Asta Philpot était déjà, en 2007, le protagoniste du documentaire de BBC One, For one night only (Pour une nuit seulement). Souffrant d'une maladie congénitale, l'arthrogrypose, qui réduit considérablement ses mouvements, il défend le droit des personnes handicapées à avoir une vie sexuelle active, même si cela suppose le « sexe tarifé ». En 2006, il s'est donc rendu dans un « bordel » adapté lors de vacances en Espagne, expérience qui avait d'ailleurs déjà nourri un premier long-métrage, Hasta la Vista, en 2011. Cette thématique, visiblement inspirante pour le 7e art, était également abordée en 2000 dans Nationale 7, le road trip de potes en quête de prostituées. Alors, bien sûr, au-delà de la fable rocambolesque, de dialogues tantôt savoureux tantôt taillés au cutter, de situations cocasses, se pose la question épineuse de la sexualité des personnes handicapées. Au Royaume-Uni, le documentaire avait d'ailleurs suscité la polémique, certains dénonçant l'idée de légaliser la prostitution pour certains publics « empêchés ».

Une question qui fait débat

Même querelle en France, où les associations de protection des femmes montent au créneau, qu'il s'agisse de prostitution ou d'accompagnement sexuel… Le gouvernement souhaite pourtant autoriser ce dernier, comme dans d'autres pays européens, pour mettre fin à une abstinence « non choisie » (article en lien ci-dessous). De son côté, le Haut conseil à l'égalité, instance nationale consultative indépendante chargée de la protection des droits des femmes et de la promotion de l'égalité des sexes, s'y oppose fermement, motivant sa décision par le « respect de l'autre combat contre l'exploitation des êtres humains et la marchandisation des corps ». Même si les réalisateurs disent avoir reçu des standing-ovations lors des projections, ce divertissement de grande qualité sur la forme pourrait donc ne pas faire l'unanimité sur le fond. Mission paradis a tout de même le mérite d'interpeller, d'émouvoir et de faire rire, sans tabou, au point de trinquer « à leurs érections » ! 

A noter qu'aucun des acteurs n'est réellement en situation de handicap. Autre sujet qui fait débat…

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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