Inceste sur enfants handicapés, un tabou encore plus grand

Combien d'enfants handicapés subissent des violences sexuelles dans le huis clos familial ? Comment les repérer et les aider à les exprimer ? Une association lance une enquête pour documenter ce pan méconnu et ignoré.

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Par Jessica Lopez

Profitant d'une plus grande visibilité du sujet de l'inceste et à travers le lancement le 29 mars 2021 du mot-dièse #incestehandicap, l'association Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA) espère recueillir sur les réseaux sociaux des témoignages de victimes pour "dresser un état des lieux" de cet "angle mort de la société" (article en lien ci-dessous). Inspiré du récent #Metooinceste, lancé dans le sillage de l'émoi provoqué par le livre de Camille Kouchner "La Familia grande", ce hashtag doit permettre "d'aller chercher une parole difficile à recueillir, ignorée", explique Danielle Michel-Chich, l'une des trois présidentes de cette association d'aide aux femmes handicapées. Les conclusions sont attendues autour du 25 novembre, journée consacrée à la lutte contre les violences faites aux femmes. De quoi apporter "une première pierre" à la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), lancée en mars pour au moins deux ans par le gouvernement.

Le silence terrifiant de la société

Aucun chiffre, ni étude statistique n'existe sur ce sujet. Ce que l'on sait en revanche, c'est que près de 80% des femmes handicapées sont victimes de violences et que les enfants handicapés ont environ quatre fois plus de risques que les autres d'en être victimes, selon une étude de l'Organisation mondiale de la Santé. "Plus la vulnérabilité et la dépendance sont grandes, plus les risques sont importants", explique à l'AFP Marie Rabatel, présidente de l'Association francophone de femmes autistes (AFFA) et membre de la Ciivise, qui dénonce "le silence terrifiant de la société". Parmi les appels reçus sur la ligne anonyme et gratuite "Ecoute violences femmes handicapées" (01 40 47.06.06), gérée par FDFA, 3% ont concerné des faits d'inceste ces trois dernières années. Toutefois, "pour 6% des appels, des femmes venant parler de violences conjugales subies au présent ont aussi évoqué des violences incestueuses subies par le passé, dans la prime enfance", précise Jocelyne Vaysse, psychiatre et écoutante de l'association.

Trop d'amendements "Creton"

"Les personnes en situation de handicap ne peuvent pas toujours expliquer les choses ou n'ont pas les bons moyens de communication pour le faire. S'il n'y a pas des inquiétudes ou des suspicions qui émanent de l'extérieur, il est tout à fait possible que cela ne sorte jamais", dit à l'AFP Anne-Hélène Moncany, psychiatre et responsable d'un centre ressources pour lesintervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS). Au quotidien, elle-même est plus souvent confrontée à des faits de violences sexuelles dans les institutions pour personnes handicapées ou les hôpitaux psychiatriques. "Au-delà de l'inceste, c'est toute la question des violences sexuelles sur les mineurs handicapés qui doit être posée, car le huis clos peut être familial ou institutionnel", dit Mme Rabatel. Selon une étude réalisée par l'AFFA en 2019, 88% des femmes autistes interrogées avaient été victimes d'agression sexuelle, dont 51% de viol, 47% avant 14 ans.

Des moyens de prévention

Pour mieux repérer les victimes, cette experte demande un examen gynécologique annuel pour les femmes vivant en institution, "un moyen de prévention qui peut aussi avoir un effet dissuasif" pour les auteurs de violences. Elle plaide aussi pour la fin de l'amendement "Creton", qui permet à des jeunes handicapés ayant passé 20 ans de rester dans l'établissement pour enfants qui les accueillait dans l'attente d'une solution adaptée. "On a des enfants de six ans qui côtoient des gens de 25-26 ans. Qui autoriserait cela dans des colonies de vacances ?", s'interroge-elle. "Essentielle" également, la mise en place d'outils de communication et de prévention adaptés aux personnes avec handicaps psychiques.

"Le revers de ces hashtags c'est qu'on écoute ceux qui peuvent s'exprimer sur les réseaux sociaux et on invisibilise les non-verbaux, ceux qui n'ont pas accès à ce mode de communication, ou qui vivent en institution", regrette Mme Rabatel. FDFA a dit privilégier les réseaux sociaux par "manque de moyens pour une étude de plus grande ampleur".

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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