Maltraitance : ces lanceurs d'alerte qui ont tout risqué

Elles ont dénoncé la maltraitance dans un institut médico-social, en sont sorties brisées. Deux femmes témoignent dans le documentaire "Lanceurs d'alerte, la vie d'après". Première à Agen le 2 février 2016.

2 février 2016 • Par

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« Nous sommes dans une société où il vaut mieux fermer sa gueule ». Elle le dit haut et fort Bernadette. Bernadette, c'est une ex de « Moussaron ». Cet institut du Gers accueillant des enfants polyhandicapés a défrayé la chronique fin 2013 (articles en lien ci-dessous). Ce scandale de maltraitance (certains préfèrent employer le mot « dysfonctionnement ») avait été relayé par de nombreux medias. Bernadette y était éducatrice et avait été l'une des rares à dénoncer ces agissements. Il est même placé sous tutelle par la ministre de l'époque, Marie-Arlette Carlotti. Un rapport de 300 pages de l'ARS (Agence régionale de santé) confirme les faits. Et puis après ? Pour ceux qui ont parlé, la messe est dite…

Deux femmes face caméra

Deux ans plus tard, plutôt que de la fermer, Bernadette a décidé de continuer à l'ouvrir. Céline aussi malgré sa mise en examen pour diffamation (article en lien ci-dessous). Toutes deux face caméra pour le premier épisode d'une série documentaire « Lanceurs d'alerte, la vie d'après », réalisée par Eloïse Lebourg et Matthias Simonet (Mediacoop). Première étape dans le médico-social ; bientôt les affaires politiques, économiques, financières, environnementales et les services publics. De quoi se faire des amis…

Un lanceur d'alerte, quésaco ?

Mais c'est quoi un lanceur d'alerte ?  Ce néologisme désigne une « personne ou un groupe qui estime avoir découvert des éléments qu'il considère comme menaçants pour l'homme, la société, l'économie ou l'environnement et qui, de manière désintéressée, décide de les porter à la connaissance d'instances officielles, d'associations ou de médias, parfois contre l'avis de sa hiérarchie. » Ni dénonciateur ni délateur. La délation, c'est autre chose, c'est « une dénonciation motivée par la vengeance, la jalousie, l'appât du gain ou pour son propre intérêt. » Une loi de protection des lanceurs d'alerte est en réflexion en France mais, pour le moment, aucune aide ne leur est accordée. Un colloque avait lieu en 29 septembre 2016 sur ce thème à Paris. On y a parlé finance, politique, assez peu médico-social. Céline était présente. En est revenue dépitée.

D'autres Moussaron ?

Des Moussaron, il y en a pourtant d'autres. « On en parfois prend plein la figure dans ce secteur mais personne ne veut rien faire, explique Céline. » Alors ces deux femmes ont décidé de ne plus mâcher leurs mots ; elles n'ont, de toute façon, plus rien à perdre. Ont tout perdu ! Comme souvent pour ceux qui brisent l'omerta, deviennent parias… Ou héros ? Il existe en effet quelques grandes figures comme Edward Snowden, l'homme à abattre. Ou à sauver ? En juin 2014, 169 000 Français adressaient une pétition à François Hollande pour que notre pays lui accorde l'asile politique. Mais combien de signatures pour d'autres, ces passionarias anonymes, ces « emmerdeurs » à faire taire ? La vulnérabilité des lanceurs d'alerte laisse un trou béant dans la protection du droit à la liberté de l'information.

« Le pire serait de se taire »

Comme annoncé en préambule du film, « ce documentaire ne veut pas faire le travail de la justice. Il ne s'agit pas de mener une enquête sur ce qu'on appelle désormais l'affaire Moussaron mais de donner la parole aux lanceurs d'alerte, bien souvent bâillonnés et condamnés au silence. » Une cinquantaine de minutes qui disent le quotidien de ceux qui ont parlé. Les pressions, les insultes, les lynchages, la solitude. La peur aussi… Rien n'a protégé Bernadette et Céline. Rien ni personne, et encore moins le système, « une machine juridique et sociétale qui est en train de les piétiner » selon les réalisateurs. Ces derniers conçoivent qu'ils prennent aussi des « risques » mais affirment que le « pire serait de se taire ».

Première à Agen le 2 février 2016

L'avant-première de cet épisode a lieu le 2 février 2016 à 20h au Grand Café Foy, à Agen, en présence de l'équipe (toute demande de diffusion et débat peut être faite auprès de Mediacoop. Ce documentaire sera également bientôt disponible en DVD, à commander sur le site de la production, en lien ci-dessous). Deux femmes raconteront leur descente en enfer, ce que Céline définit comme un « suicide financier, professionnel, personnel et familial ». Un enfer qui a, malgré tout, un goût de liberté. Car c'était cela ou la complicité !

© Jonathan Stutz/Fotolia

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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