École inclusive : scolarisés, mais à quel prix ?

À quelques jours de la rentrée des classes, l'Unapei réactive sa campagne #Jaipasecole. Derrière les chiffres d'affichage, des milliers d'enfants en situation de handicap doivent se contenter d'une scolarisation au compte-gouttes.

Écolier triste assis dans le couloir de l'école

« À la rentrée, mon fils aura 15 ans. Les autres adolescents retrouveront leur école. Lui n'aura ni école, ni IME. Il restera à la maison. » Ewan aura bien une rentrée, mais sans quitter sa chambre d'adolescent, avec une éducatrice spécialisée à domicile, financée par ses parents.

C'est l'un des angles morts de l'école inclusive : l'éducation, certes, mais partielle. Celle-ci peut également se traduire par la présence dans un établissement scolaire, signifiant pas nécessairement que l'enfant bénéficie d'une scolarité effective et adaptée. Dans sa nouvelle enquête, menée auprès de 38 associations accompagnant près de 5 000 enfants et publiée le 25 août 2026, l'Unapei constate que 76 % des enfants concernés sont scolarisés moins de 12 heures par semaine. Seuls 24 % dépassent ce seuil. Et pour 67 % des associations interrogées, la situation est restée inchangée entre 2025 et 2026. Pour ces enfants, l'école se résume à parfois deux à six heures de cours dispensées de manière éparse sur la semaine, sans accès aux temps périscolaires ni à la cantine. Une réponse incomplète qui place les élèves dans un entre-deux usant, autant sur le plan des apprentissages que de leur socialisation.

Une scolarisation au rabais

Cette scolarisation au rabais a également de lourdes répercussions sur le quotidien des proches aidants. Obligés de récupérer leur enfant au milieu de la journée ou d'adapter constamment leurs horaires de travail, beaucoup de parents, tout particulièrement les mères, sont poussés à réduire voire cesser leur activité professionnelle. Sans parler des contraintes financières qui pèsent sur les épaules des familles, comme celle d'Ewan. « Il ne suffit pas d'être inscrit à l'école pour que le droit à l'éducation soit respecté », alerte Luc Gateau, président de l'Unapei. L'association refuse toutefois d'opposer école et médico-social : « Notre objectif n'est pas de défendre un modèle unique. Il est de garantir à chaque enfant la réponse la plus adaptée à ses besoins. »

Près de trois ans d'attente

Derrière les emplois du temps morcelés, les listes d'attente s'allongent. Les 38 associations interrogées recensent 4 808 enfants en attente, soit davantage que les 4 588 qu'elles accompagnent actuellement. Le délai moyen atteint près de trois ans avant l'accès à une solution adaptée. Certains enfants restent à domicile ; d'autres alternent scolarisation partielle, solutions provisoires et accompagnements insuffisants.

Pour l'Unapei, des leviers existent pourtant : intervention précoce dès la petite enfance, coopération renforcée entre Éducation nationale et médico-social, adaptation de la pédagogie et des accompagnements, mais aussi continuité des parcours jusqu'à l'âge adulte. L'organisation cite un exemple d'amélioration mesurable : en un an, la proportion d'enfants accompagnés ne disposant pas de numéro INE est passée de 65 % à 45 %, facilitant leur identification par l'Éducation nationale.

Face à cette situation, l'Unapei réclame des moyens financiers et humains proportionnés pour sortir de cette logique d'accueil au coup par coup et offrir une scolarité continue, adaptée et réellement inclusive. Cela impliquerait notamment une école véritablement accessible et un soutien médico-social considéré comme « un appui indispensable » plutôt qu'une solution de dernier recours.

© izusek de Getty Images Signature / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"

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