Logements accessibles : la douche à l'italienne généralisée

Les associations ont obtenu gain de cause. Dès 2020, les logements dans le neuf devront être équipés de douche à l'italienne, plus accessible en cas de handicap. La filière du bâtiment riposte, invoquant surcoûts et risques... Le point ! 

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« Mise en œuvre dès 2020 des premiers logements « évolutifs », avec obligation de salles de bain adaptables » (possibilité de douche sans ressaut), promet Edouard Philippe qui a dévoilé cette mesure, parmi 22, le 3 décembre 2019 lors du Comité interministériel du handicap (article en lien ci-dessous). Rappelons que, dans le neuf, 20 % des logements en RDC ou desservis par ascenseur devront être immédiatement accessibles tandis que les 80 % restants seront « évolutifs » de façon à pouvoir être aménagés en cas de survenance ou d'évolution du handicap. Mais comment rendre une douche accessible sans travaux lourds si cela n'a pas été pensé dès la conception ? La question, épineuse, restait en suspens…

Une marche de 4 cm ?

Une marche pour accéder à la douche, c'est la menace qui pesait sur les salles de bain. Ce critère figurait en effet dans la loi ELAN : « L'aménagement ultérieur de la douche accessible doit être possible (…). Le ressaut du bac doit être limité afin de permettre son accès en toute sécurité. ». Mais comment définir « limité » ? Il fut un temps envisagé un ressaut de 4 cm qui obligeait à concevoir un plan incliné pour y pénétrer avec un fauteuil (article en lien ci-dessous). Les associations réunies au sein du CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées) étaient montées au créneau pour réclamer la suppression de cet alinéa et l'installation de douche dites « à l'italienne », c'est-à-dire de plain-pied, sans receveur, ni porte. Elles semblent donc avoir été entendues par le gouvernement…

La fédération du bâtiment riposte

Mais cette nouvelle n'est pas du goût de la Fédération française du bâtiment (FFB) qui s'inquiète de leur généralisation. Ce système « pratique » nécessite en effet une installation bien spécifique, conçue dès l'origine pour pouvoir encastrer le siphon. Elle avance ses arguments sur le site du Moniteur : une augmentation des coûts (à cause du renforcement de la structure, du poids de la chape, de la mise en étanchéité…) et des risques de sinistre.  « Depuis, les services de l'Etat se sont rendus sur des sites de logements adaptés et ont pu constater que de tels travaux, notamment liés à l'épaisseur de la chape, n'avaient pas de contraintes sur la structure du bâtiment », assure Christian François, ex-représentant au CNCPH qui a fait de l'accessibilité des logements son cheval de bataille. « Et en évoquant le risque accru de 'sinistres' (en raison d'un manque d'entretien, d'erreurs de conception des maîtres d'œuvres, de matériaux défaillants, dixit la FFB dans le Moniteur), la fédération ne fait donc pas confiance à ses propres professionnels ? », interroge-t-il. Il assure que, « par essence, les siphons de sol ou systèmes équivalents ont vocation à pallier les conséquences des fuites et débordements accidentels des équipements des salles d'eau ». 

2 cm, déjà trop !

La fédération appelait pourtant au compromis en proposant des bacs extra-plats, avec un siphon déporté c'est-à-dire installé dans la cloison. Un système qui, selon elle, n'était pas « parfait » mais « aurait évité les surcoûts ». « Extra plat cela veut dire un ressaut de 2 cm ; pour une personne paraplégique autonome ce n'est évidemment pas infranchissable mais cela le devient pour un usager contraint d'utiliser un fauteuil roulant de douche ou un lève-personne, complète Christian François. De plus, sauf à être encastrés, les bacs extra-plats sont de 'faux amis', interdisant de fait l'évacuation des projections d'eau et multipliant ainsi les risques de chute des usagers rencontrant des difficultés de déambulation. » 

Un système pensé en amont

De son côté, Louis-Pierre Grosbois, architecte et auteur de « Handicap et construction » (11ème édition en cours), propose un cas pratique. Il cite un chantier de 50 logements équipés de douches de plain-pied qui a nécessité une prédalle de béton sur laquelle est installée un siphon de sol avant que la dalle supérieure ne soit coulée. « L'avantage, c'est que ce système garantit une totale étanchéité, et c'est un argument apprécié par les compagnies d'assurance qui redoutent les dégâts des eaux ». « Lorsque cela est réfléchi au départ, une telle option n'alourdit nullement la structure et n'engendre aucun surcoût, poursuit-il. Notre client était un bailleur social qui imposait des coûts maîtrisés, et il n'y a eu aucun dépassement. Cette méthode impacte seulement l'ordre des tâches, pour peu que le maître d'œuvre se donne la peine d'y songer en amont. » Selon lui, cette solution s'est généralisée dans toutes les maisons de retraite mais aussi au village olympique des Jeux de Londres 2012.

Et pour ceux qui auraient besoin d'une baignoire ? Un système double entrée permet de raccorder son évacuation à un siphon de sol pour 20 à 30 euros seulement ! Le prix, pas cher payé, d'une totale accessibilité ? L'arrêté est attendu avant la fin de l'année 2019. 

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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