Enfants handicapés : privés de loisirs, selon le DDD?

Manque de personnel, formations inadaptées, refus injustifiés... En 2023, l'accès aux loisirs, aux sorties scolaires, au centre aéré pour les enfants handicapés laisse encore à désirer, selon le Défenseur des droits qui encourage à l'action.

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« Les aires de jeux sont souvent inaccessibles quand on est en fauteuil, on ne peut pas suivre les amis de la ville quand ils sortent entre eux ». « Accessoire », l'accès aux loisirs des enfants handicapés ? Pas du point de vue de la loi ! Elle argue que le jeu, les temps de repos, les activités sportives et culturelles sont essentielles au bien-être et à la santé de tout un chacun. Pourtant, les nombreuses saisines adressées à la Défenseure des droits, Claire Hédon, prouvent que la législation n'est pas toujours respectée. Depuis 18 ans, la loi du 11 février 2005 est censée avoir « renforcé les droits des enfants en situation de handicap à participer aux activités de sports et de loisirs et à l'accès à l'ensemble des institutions ouvertes à la population ». Force est de constater que beaucoup d'entre eux restent au ban de l'école et même du centre aéré… C'est ce qu'atteste le rapport 2023 sur « Le droit des enfants aux loisirs, au sport et à la culture » du Défenseur des droits, publié le 15 novembre 2023.

Des « refus discriminatoires »

Il révèle par exemple la « persistance de refus discriminatoires de participation aux sorties et voyages scolaires fondés sur le handicap de l'enfant ou son état de santé ». Ces évènements sont, la plupart du temps, vécus comme « exceptionnels et mémorables » pour ces enfants qui demandent à les voir multipliés. On apprend également que l'offre d'accueil de loisirs est sept fois inférieure aux besoins des familles ayant un enfant en situation de handicap. Selon le rapport de la mission nationale « Accueils de loisirs et handicap » de 2018, 63 % de ces parents souhaiteraient avoir recours aux accueils de loisirs sur les temps périscolaires et les vacances mais seuls 22 % voient leur demande accordée.

Refus de séjours linguistiques

Claire Hédon a, par exemple, été interpellée par des parents dont l'enfant n'a pas été accepté à un séjour linguistique à cause de sa surdité. Ils ont eu beau expliquer que leur fils avait déjà participé à plusieurs séjours de ce type et qu'il pratiquait régulièrement des activités extrascolaires en milieu ordinaire sans que son handicap ne soit un obstacle, l'organisme a maintenu son refus. Autre chiffre marquant révélé par le rapport, selon la Caisse nationale d'allocations familiales, la fréquentation des enfants bénéficiaires de l'Allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) représente 0,28 % du total dans les accueils de loisirs. En cause, essentiellement un manque de financement et de personnel.

Pas assez de personnel, de moyens, des locaux vieillissants…

« Ça fait deux vendredis que je loupe le sport, ma prof ne m'a pas accepté et m'a dit : 'Il n'y a pas d'AESH avec moi donc tu ne peux pas venir, tu n'as personne pour pousser ton fauteuil', se plaint un autre jeune, frustré de se voir privé d'une activité qu'il affectionne particulièrement ». De plus, les encadrants sportifs ne sont pas formés à la pratique adaptée car ce module d'enseignement est souvent optionnel et pas uniformément dispensé. Autre explication : les structures d'accueil sont vieillissantes. Le rapport 2022 du député Belkhir Belhaddad « Quels équipements pour une nation sportive ? » précise que, « sur les 272 000 équipements sportifs bâtis dont les collectivités sont propriétaires en France, 61 % ont plus de 25 ans », et donc bien antérieurs à la loi de 2005, « et 70 % n'ont jamais bénéficié de gros travaux ». Dernier bémol : les transports, qui ajoutent un frein à la pratique culturelle ou sportive. « Quand on veut prendre les transports en commun, les rampes sont parfois en panne ou les conducteurs ne sont pas formés pour sortir la rampe manuelle, du coup on ne peut pas prendre le bus », affirme une jeune.

Quelles solutions ?

Le rapport de près d'une centaine de pages se conclut par plusieurs recommandations. D'abord, la Défenseure des droits invite à renforcer la formation des professionnels éducatifs, médicaux et médico-sociaux à ces enjeux et à encourager les temps d'échanges entre les différents professionnels intervenant auprès de l'enfant. Elle recommande également de baisser les coûts des transports, de vérifier les infrastructures de loisirs afin qu'elles répondent aux normes d'accessibilité et enfin « d'offrir plus de visibilité aux athlètes handisport pour construire une société mieux sensibilisée au handicap et plus inclusive ».

Sinon, il y a aussi le modèle du 1er Village des enfants extra-ordinaires : loisirs adaptés!, le premier espace d'apprentissage et de jeux adaptés et inclusif de France, inauguré en octobre 2023 à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne).

Jeune garçon en fauteuil roulant qui pratique le tennis.
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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