Et si l'avenir du handicap passait par de nouvelles façons d'habiter ? Le 5 juin 2026, à Sablé-sur-Sarthe, la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Camille Galliard-Minier, a inauguré les premières « Maisons inclusives » portées par Nous-Mêmes, une marque du groupe Oui Care spécialisée dans l'habitat inclusif. Un projet qui entend répondre à une question centrale, dans une logique de désinstitutionalisation : comment permettre aux personnes en situation de handicap de vivre de manière autonome sans être isolées ?
« Ici, je vis avec ma deuxième famille », confient Clémence, Nolan et plusieurs habitants. Dans cette résidence, 25 personnes vivent au sein de logements individuels ou d'appartements partagés adaptés. Chacun dispose de son propre espace privé tout en participant à une vie collective organisée autour d'espaces communs, d'activités et d'un accompagnement personnalisé. Un modèle qui fait penser aux maisons « partagées Simon de Cyrène », considérées comme établissements médico-sociaux expérimentaux (Médico-social : une pérennisation des structures innovantes?).
Une alternative entre domicile et établissement
Depuis plusieurs années, l'habitat inclusif s'impose progressivement comme un troisième modèle entre le maintien à domicile classique et les structures médico-sociales traditionnelles. Selon les chiffres de la CNSA, plusieurs centaines de projets d'habitat inclusif ont déjà vu le jour en France, soutenus notamment par l'aide à la vie partagée (AVP). L'instance chargée de gérer la branche autonomie de la Sécurité sociale avait d'ailleurs préconisé en octobre 2025 de créer 500 000 solutions de logement en habitat partagé d'ici 2050 pour accompagner la population vieillissante et lui laisser une alternative à l'Ehpad ou au maintien à domicile.
Les maisons inclusives de Nous-Mêmes répondent à cet objectif, reposant sur trois piliers : un projet de vie sociale et partagée, un accompagnement humain ajusté aux besoins de chacun et une ouverture sur la cité. L'idée : favoriser l'autonomie, les liens sociaux et la participation à la vie locale. Commerces, associations, services publics ou activités culturelles deviennent ainsi des composantes du projet de vie. « Ces maisons sont bien plus qu'un toit : elles sont une façon de vivre ensemble, choisie et organisée par les habitants eux-mêmes », affirme Amandine Maubert, directrice déléguée de Nous-Mêmes.
Un modèle qui mise sur l'inclusion et le pouvoir d'agir
L'un des enjeux majeurs reste l'accessibilité financière. Le dispositif permet de mutualiser certaines heures d'aide humaine financées par la prestation de compensation du handicap (PCH), limitant ainsi le reste à charge à environ 770 euros par mois pour les habitants. Cette logique s'inscrit dans une évolution plus large des politiques publiques. Après la récente création des Maisons France Autonomie (Fin des Ehpad ? Le projet de la ministre Gaillard-Minier), destinées à simplifier les démarches des personnes âgées et handicapées, les pouvoirs publics encouragent désormais des solutions favorisant le libre choix du lieu de vie. Un principe consacré par la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées des Nations unies, qui défend le droit de vivre dans la société avec les mêmes possibilités de choix que les autres citoyens. Pour Guillaume Richard, PDG du groupe Oui Care, « le handicap nous oblige à repenser notre façon d'habiter et de vivre ensemble ». Derrière ces nouvelles résidences, l'ambition est de permettre à chacun de rester acteur de son quotidien et de son parcours de vie.
Quarante maisons d'ici 2031
Cette première inauguration ne constitue qu'une étape. Nous-Mêmes prévoit l'ouverture de 40 lieux de vie d'ici 2031, avec un objectif affiché de 200 implantations à plus long terme. À terme, près de 4 000 personnes pourraient être concernées. Si le modèle séduit par sa promesse d'inclusion et d'autodétermination, plusieurs défis demeurent : disponibilité du foncier, financement de l'accompagnement, articulation avec les acteurs du médico-social et développement de solutions adaptées dans les territoires ruraux. Une chose est sûre : à l'heure où de nombreuses personnes handicapées réclament davantage de choix dans leur parcours résidentiel, les maisons inclusives apparaissent comme l'une des pistes les plus observées du secteur.
©Oui Care / Nous-mêmes


