Maladies psychiques : "des droits bafoués", selon l'Unafam

En avril 2023, le Conseil de l'Europe épinglait la France pour non-respect des droits des personnes handicapées. Un phénomène renforcé en cas de maladie psychique, comme le montre le 4e baromètre de l'Unafam consacré à la santé mentale.

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60 %. C'est le nombre de patients hospitalisés en psychiatrie qui ont subi des mesures d'isolement. Or cette pratique doit être utilisée « en dernier recours pour une durée limitée, et uniquement de manière adaptée, nécessaire, et proportionnée au risque », selon la Haute autorité de santé (HAS). A l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre 2023, l'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam) publie les résultats de son 4e baromètreconsacré à la santé mentale et aux troubles psychiques, réalisé à partir des réponses de 4 300 membres, des patients et leurs proches. Un chiffre sort particulièrement du lot : 85 % des sondés considèrent que leur proche accède difficilement à au moins un de ses droits fondamentaux comme les soins, l'accompagnement et l'emploi. Cette donnée illustre l'avis du Conseil de l'Europe en avril 2023 sur le fait, qu'en France, les personnes en situation de handicap sont entravées dans l'exercice de leurs droits (Lire : Handicap : la France épinglée par le Conseil de l'Europe).

Discrimination dans les parcours de soin

D'après l'Unafam, cette entrave est renforcée en cas de troubles psychiques. En cause : la discrimination dans les parcours de soin et la société de façon générale - 69% des aidants considèrent que les médias évoquent la maladie de façon stigmatisante et anxiogène -, le manque de moyens et les inégalités territoriales. Ainsi, 64 % des personnes interrogées indiquent avoir accès difficilement à un psychiatre ou un psychologue. A cela s'ajoute une marginalisation de l'emploi, du logement et du système éducatif. « Les conseillers (Pôle emploi, ndlr) ont mille dossiers à la fois et ne peuvent pas faire d'accompagnement adapté. (Ma fille) a pu faire quelques missions mais qui ne prenaient absolument pas en compte son handicap. Elle n'a pas pu continuer », regrette Sophie, mère d'une jeune femme avec des troubles psychiques. Résultat, « ces personnes se retrouvent exclues de ce qui concourt à l'autonomie et donc au plein exercice de leur citoyenneté », abonde l'Unafam.

Quelles recommandations de l'Unafam ?

Si l'on juge du « degré de civilisation d'une société à la manière dont elle traite ses marges, ses fous et ses déviants », comme l'explique Lucien Bonnafé, psychiatre, la France semble donc loin de montrer l'exemple. L'Unafam souhaite changer la donne via plusieurs recommandations en faveur du respect des droits des personnes en situation de handicap psychique. Elle demande par exemple que l'ensemble des opérateurs des services de l'emploi ou des aides sociales bénéficient d'une « compétence handicap psychique » lorsqu'ils interviennent auprès de ces bénéficiaires. Elle réclame par ailleurs de ne plus conditionner l'Allocation adulte handicapé (AAH) type 2 à la Restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi (RSDAE) et à un temps de travail inférieur à 17,5 heures -qui constitue, selon elle, « un véritable frein à l'emploi » pour ce public. Autre proposition : développer les dispositifs de logements accompagnés ou encore diffuser des campagnes publiques de sensibilisation à la santé mentale. L'ensemble des propositions est à retrouver dans le baromètre disponible en ligne.

Pour en savoir plus sur les conclusions de ce baromètre 2023, poursuivez la lecture dans l'article : Crise en psychiatrie : les proches en première ligne

Personne avec un trouble psychique qui baisse la tête en signe de découragement
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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