Mieux préparer sa retraite après l'Esat: un modèle à suivre

Perçu comme un saut vers l'inconnu, le départ en retraite des travailleurs d'Esat est une question épineuse, à laquelle se frotte la Carsat Bretagne depuis 2021. Grâce à sa formation gratuite, les futurs retraités sont rassurés et mieux préparés.

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L'heure de la retraite n'a pas encore sonné pour Liliane, travailleuse en Établissement et service d'accompagnement par le travail (Esat). Pourtant, une question la taraude : « Que vais-je devenir après ? ». Certes, la réforme des retraites en cours n'a pas fait bouger d'un iota la situation des travailleurs handicapés qui peuvent partir au plus tôt dès 55 ans (article en lien ci-dessous) mais elle ne dit rien sur leur accompagnement pour préparer « la suite ». « Aucun plan de l'Etat n'a été élaboré à ce sujet », déplore Vincent Pavis, chargé de mission au sein de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Carsat) Bretagne. Or la proportion de travailleurs d'Esat âgés de plus de 50 ans est passée de 22 % en 2014 à 44 % en 2017 (derniers chiffres de l'Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale ou ANAP).

« Le sentiment d'être lâché dans le grand bain »

« L'allongement de l'espérance de vie les concerne aussi. Peu d'entre eux atteignaient jusqu'alors la retraite », constate Virginie Jokowski, chargée de prévention sociale au sein de la Carsat Bretagne. Pour répondre à cette nouvelle problématique, la mission de service public bretonne a inauguré en 2021 son projet « Travailleur en situation de handicap, je choisis ma vie à la retraite : qui m'accompagne ? », auréolé du grand prix de l'innovation sociale 2022 de la Sécurité sociale. L'objectif ? Proposer une « prise en compte globale de toutes les facettes du passage à la retraite engendré par le changement de statut de travailleur à celui de retraité ». Elaboré avec l'Association régionale des Esat (Aresat) Bretagne, ce dispositif part d'un constat : « De nombreux pré-retraités ont le sentiment d'être lâchés, sans bouée, dans le grand bain. La question de l'autonomie ne s'était jamais vraiment posée au cours de leur vie », indique Virginie Jokowski. Résultat, la plupart repoussaient le moment de raccrocher le tablier, avec des fins de carrières généralement prononcées autour de 58, 60, voire 62 ans. « Quand on leur annonçait 'Vous pouvez partir en retraite ce soir. On fait la fête, on ouvre le champagne, on sort les cotillons.', les gens avaient le visage fermé », complète Vincent Pavis. Déferlait alors une batterie de questions et de remarques : « Je suis encore capable de travailler », « J'ai peur de m'ennuyer », « Que vais-je faire de mes journées ? »…

La retraite inquiète

Pour la majorité des effectifs d'Esat, un départ en retraite n'est, en effet, pas toujours une bonne nouvelle. Rassurant, source de stabilité depuis parfois plus de quarante ans, le travail est aussi gage de vie sociale. « Certains sont sortis d'IME à 18 ans, pour entrer aussitôt en Esat, et n'ont rien connu d'autre », affirme Vincent Pavis. Pour l'entourage, notamment les parents vieillissants, eux aussi en perte d'autonomie, ce nouveau chapitre peut s'avérer anxiogène. D'autant que, s'il est mal préparé, les personnes en situation de handicap sont exposées à un risque de rupture sociale. La Carsat Bretagne propose donc de les aiguiller grâce à une première journée de formation collective. Là, les travailleurs et leur tuteur se voient proposer des ateliers, des animations sur des supports adaptés en Facile à lire et à comprendre (FALC) , afin d'appréhender les nouvelles démarches administratives qui les attendent. Un focus est fait sur la législation en vigueur mais aussi sur d'autres aspects : la vie sociale, la santé, l'habitat. Car qui dit sortie d'Esat dit arrivée dans un nouveau logement. Après cette première journée, riche et intense, un temps de six mois de réflexion est accordé. Vient ensuite la seconde et dernière étape de l'accompagnement : l'entretien individuel. « Ne sont éligibles à cet échange que les travailleurs ayant des velléités de départ en retraite », précise Vincent Pavis.

Des rêves de voyage

Ceux qui le souhaitent peuvent continuer de travailler, avec la possibilité de solliciter des aménagements, notamment un temps partiel, en cas de difficultés physiques et de fatigue chronique. D'autres formulent pour la première fois leurs envies d'indépendance : par exemple la possibilité de vivre leurs vieux jours dans une mini-résidence de type « habitat partagé » comme celles mises en place par l'association ADAPEI à destination des personnes handicapées vieillissantes. Pour les questions administratives, une mise en relation avec d'autres intermédiaires, comme les Centres locaux d'information et de coordination (CLIC) ou des antennes de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) , est aussi envisageable. Enfin, quelques-uns osent formuler un rêve, celui de pouvoir, un jour, voyager.

Un modèle qui s'exporte à d'autres régions

Au terme de cette double formation gratuite et accessible à tous, la Carsat souhaite qu'au final « ce soit le travailleur qui décide ». « Cela permet de prendre de l'avance pour prendre du recul », se réjouit l'un des bénéficiaires. La Carsat Bretagne a planifié cinq actions sur sa région en 2023 mais l'expérience a conquis d'autres territoires, notamment la Nouvelle-Aquitaine qui a organisé deux journées sur le même modèle en novembre 2022.

© Flickr / Département des « Handi Val de Seine » à Poissy

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"

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