"Pas autiste": quand la politique alimente la stigmatisation

Le gouvernement " n'est pas autiste " : la maladresse du ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, pour laquelle il a fait son mea culpa, est une illustration du regard déformé que porte encore la société sur le handicap, selon des experts.

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Portrait de Jean-Pierre Farandou, souriant.

Par Jonathan Wijayaratne

Le nouveau ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou a fait son mea culpa dans la nuit du 14 au 15 octobre 2025 après avoir maladroitement justifié la suspension de la réforme des retraites en assurant que le gouvernement ne restait « pas sourd, pas autiste » face au mécontentement populaire. « Mes propos ont blessé et ce n'était pas mon intention. J'en suis sincèrement désolé et je présente mes excuses », a-t-il écrit sur le réseau X.

« L'autisme, ni un défaut ni une insulte »

Sa remarque avait fait réagir sur les réseaux sociaux des élus de gauche et associations de défense des personnes handicapées. « Ces mots blessent, stigmatisent, perpétuent des clichés, et participent à l'exclusion des personnes autistes, c'est du validisme », a par exemple protesté la députée écologiste Marie-Charlotte Garin. « L'autisme n'est ni un défaut ni une insulte. Les mots comptent, surtout quand ils viennent d'un ministre des Solidarités », a fustigé le député Génération.s de Dordogne Sébastien Peytavie, en fauteuil roulant (S.Peytavie, député handicapé, visé par des menaces de mort).

Une stigmatisation récurrente

« C'est tous les mois qu'il y a des sorties comme ça, que ce soit par des politiciens ou des journalistes sur les plateaux télé », déplore Hugo Baup, médecin psychiatre. « Les troubles psychiques (comme la schizophrénie ou la bipolarité, ndlr) et neurodéveloppementaux (l'autisme, ndlr) servent souvent en politique pour décrédibiliser l'adversaire », décrypte-t-il à l'AFP. Or l'usage de ces expressions contribue à stigmatiser ces troubles, signalent associations et psychiatres.

Des conséquences délétères sur les personnes concernées

« C'est insultant de traiter quelqu'un d''autiste' », indique à l'AFP Danièle Langloys, présidente d'Autisme France, en réaction aux propos de Jean-Pierre Farandou. « Ça ne donne pas tellement envie de parler de son trouble et de demander de l'aide », appuie Hugo Baup, soulignant que « si, en plus, on se sent rejeté par la société, ça peut produire du désespoir, de la dépression, des idées suicidaires ».

Des troubles mal compris

En sous-entendant que l'autisme correspond à une incapacité d'écoute et de compréhension, Jean-Pierre Farandou a véhiculé, selon les experts, une image erronée de ce trouble. Celui-ci se caractérise par un ensemble d'affections et se manifeste de diverses manières, au-delà d'un comportement social atypique, comme des difficultés à passer d'une activité à l'autre ou une attention exagérée aux détails. 

Déstigmatiser le handicap psychique

La schizophrénie est tout aussi mal comprise (#schizo : le nouvel hashtag (insulte) à la mode ?). « Les politiciens utilisent le mot en général pour exprimer l'idée d'un dédoublement de personnalité. Alors qu'en fait, il s'agit de la difficulté à percevoir correctement la réalité. Donc ça n'a rien à voir », explique à l'AFP Jean-Christophe Leroy, président de l'organisation PositiveMinders, qui lutte pour la déstigmatisation des troubles psychiques.

Un appel aux politiques et aux médias

Hugo Baup a lancé, en février 2024, une pétition appelant à « arrêter d'utiliser les troubles psychiques (et neurodéveloppementaux) comme des insultes », qui a récolté plus de 40 000 signatures. Il réclame « une exigence d'honorabilité chez les politiciens et les journalistes ». « Je demande que les politiciens utilisent le reste du dictionnaire, qui est largement assez riche et beau pour ne pas se focaliser sur les troubles psychiques », indique le psychiatre.

Une campagne nationale réclamée

Le gouvernement, qui a déclaré la santé mentale « grande cause nationale » de l'année 2025, « devrait être sensibilisé un minimum aux dégâts que cause l'utilisation à tort et à travers de ces mots », estime Jean-Christophe Leroy. S'il observe une évolution des pensées, il avance que celle-ci est portée par la société, notamment les jeunes, « et les pouvoirs publics suivent un peu ».

De son côté Danièle Langloys demande « une campagne nationale de sensibilisation à l'autisme » pour rattraper le « retard » qu'accuse la France sur cette question. Elle invite également M. Farandou à rebondir pour faire en sorte que « la solidarité à l'égard des personnes autistes devienne une cause publique ».

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