Du 17 au 23 mai 2026, le Sous-Comité pour la prévention de la torture (SPT), organe de l'ONU, mène une visite officielle en France afin d'inspecter plusieurs lieux de privation de liberté : prisons, centres de rétention, commissariats mais aussi établissements psychiatriques. L'objectif ? Prévenir les « traitements cruels, inhumains ou dégradants » en accédant directement aux lieux d'enfermement et aux témoignages des personnes concernées. Cette mission intervient dans un contexte déjà tendu, alors que la France est régulièrement épinglée pour ses pratiques en matière de psychiatrie, de handicap et d'enfermement. « Cette visite est l'occasion de voir la réalité du terrain », prévient l'ONU, qui remettra des conclusions confidentielles aux autorités. Face à l'absence de chiffres officiels centralisés sur la maltraitance institutionnelle, cette inspection internationale sonne comme un nouveau signal d'alarme pour la protection des droits fondamentaux.
Psychiatrie et handicap : des alertes déjà nombreuses
Ces dernières années, les critiques se sont en effet multipliées. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a récemment dénoncé des « dysfonctionnements majeurs » à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris (I3P) (CGPL: Alerte sur l'infirmerie psy de la préfecture de police), évoquant des atteintes aux droits fondamentaux des patients psychiatriques handicapés. L'ONU elle-même avait sévèrement critiqué la politique française du handicap en 2021, pointant le recours massif à l'institutionnalisation, le manque d'accessibilité et les atteintes à l'autonomie des personnes handicapées (Politique du handicap : l'ONU ne ménage pas la France). Dans les établissements fermés, associations et défenseurs des droits alertent depuis des années sur les pratiques d'isolement, de contention ou les ruptures de soins psychiatriques.
Selon l'ONU, les experts du SPT rencontreront autorités, professionnels, associations et personnes privées de liberté afin d'évaluer les risques de torture ou de mauvais traitements.
Une visite très attendue avant les conclusions de l'ONU
Alors que 96 États ont ratifié ce protocole de prévention (la France l'a ratifié en 2008), la transparence de l'État français sera scrutée de près. Le gouvernement acceptera-t-il de publier l'intégralité du rapport de l'ONU ? « Le SPT encourage les autorités françaises à en autoriser la publication, dans un souci de transparence et de responsabilité », peut-on lire sur le communiqué officiel publié le 12 mai 2026. Dans le champ du handicap psychique et du médico-social, les enjeux sont larges : respect du consentement, dignité des patients, conditions d'hospitalisation et contrôle des mesures coercitives. Alors que les alertes se multiplient sur l'état de la psychiatrie française, cette inspection internationale place désormais la France sous le regard direct des Nations unies.
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