« On ne fait pas le poids nous, on n'est rien… On est des légumes. » Ce cri du cœur, extrait du podcast Les Enfermé·es réalisé par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), résume l'isolement extrême vécu derrière les murs. Le 9 avril 2026, l'institution a publié un rapport thématique majeur intitulé « La parole des personnes privées de liberté ». Pour incarner ces constats souvent théoriques, un épisode inédit du podcast Les Enfermé·es, intitulé « Se faire entendre », a été mis en ligne simultanément. Ce documentaire sonore, disponible sur toutes les plateformes d'écoute (Deezer, Spotify, Apple podcast, etc.), propose une immersion rare dans le quotidien de ceux dont l'autonomie et le libre arbitre sont drastiquement réduits par l'enfermement. Bruits de clés, claquements de portes, éclats de voix… autant de sons qui traversent un univers paradoxalement étouffé par le silence des autorités qui enferment.
Un déficit de citoyenneté derrière les murs
Le constat dressé par Dominique Simonnot, la Contrôleuse générale, est sans appel : il existe un déficit persistant de voies d'expression au sein des établissements contrôlés. En psychiatrie, les chiffres témoignent d'une réalité préoccupante : dans deux établissements de santé sur cinq contrôlés depuis 2022, aucune réunion régulière entre soignants et patients n'était organisée. Le rapport le souligne : difficultés d'accès aux dispositifs de plainte, peur de représailles, manque d'écoute institutionnelle, barrières de la langue, requêtes qui s'accumulent... « Se faire entendre ne va pas de soi quand on est enfermé », rappelle l'épisode. Pour les personnes en situation de handicap (troubles psychiques, cognitifs ou sensoriels…) ces obstacles sont décuplés. Difficulté à comprendre ses droits, à formuler une demande, à être cru : l'expression devient un parcours d'obstacles. Résultat, la résolution de problèmes passe la plupart du temps par la violence ou la dégradation. « Tu crées l'incident pour réussir à communiquer avec eux », s'exprime un détenu.
Des instances de recours souvent invisibles
L'accès aux droits reste un parcours du combattant. Si des instances comme les Commissions départementales des soins psychiatriques (CDSP) existent pour veiller au respect des droits des patients hospitalisés sans consentement, leur rôle est souvent méconnu. Dans de nombreux départements, ces commissions peinent à fonctionner faute de médecins ou de représentants des usagers. Résultat : une majorité de patients ignorent jusqu'à l'existence de ces recours et globalement de leurs droits. Cette distance institutionnelle renforce l'asymétrie des relations et peut générer une frustration profonde, menant parfois à des tensions ou des passages à l'acte, faute d'avoir été entendu à temps.
Redonner du pouvoir d'agir : les pistes de solution
Le rapport et le podcast ne se contentent pas de dénoncer ; ils appellent à un changement de paradigme. Le CGLPL recommande de systématiser les espaces de parole collective et de garantir que toute demande de direction puisse être adressée de manière confidentielle, sans filtre excessif. L'inclusion passe par la co-construction : intégrer les personnes concernées dans l'évaluation des prestations (comme l'alimentation) ou dans la rédaction des chartes de vie commune. En redonnant une place de sujet citoyen aux « enfermés », la société ne fait pas seulement preuve d'humanité, elle garantit l'effectivité de droits qui ne s'arrêtent pas à la porte de la cellule ou de l'unité de soin.
Vers une culture du dialogue : l'exemple de l'Open Dialogue
Pour rompre cet isolement, de nouvelles approches inspirées des modèles nordiques commencent à infuser les réflexions sur la psychiatrie en France. C'est le cas de l'open-dialogue, une méthode qui place le patient et son entourage au cœur du processus de soin. Plutôt que de décider « pour » la personne, soignants et proches se réunissent pour une écoute horizontale où chaque parole a la même valeur. Cette philosophie rejoint les préconisations du CGLPL : l'expression ne doit plus être une option ou une faveur accordée, mais le socle même de l'accompagnement. En permettant aux personnes de reprendre le pouvoir sur leur propre récit, on ne restaure pas seulement leur dignité, on favorise concrètement leur rétablissement et leur inclusion dans la cité.
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