« Pendant cette campagne, il va falloir intensifier nos revendications, exiger des candidats des propositions concrètes, chiffrées. » En cette rentrée, le joueur de tennis fauteuil Michaël Jeremiasz fait le tour des médias pour parler de son nouveau livre De la révolution à l'oubli. Dimanche 13 septembre 2026 sur RTL, il a réclamé des mesures précises aux candidats à la présidentielle. Un coup de gueule déjà passé, quelques jours plus tôt, dans l'enceinte du Prisme à Bobigny, lors de la Conférence nationale du handicap (CNH) (CNH 2026 : du "blabla" et un discours).
Les candidats invités par la Fédésap
Le sportif n'est pas le seul à se saisir de l'échéance électorale pour porter ses revendications. La Fédération française des services à la personne et de proximité (Fédésap) a profité de son congrès annuel, le 16 septembre, pour inviter les candidats à la présidentielle à une « carte blanche ». Une manière, pour Amir Reza-Tofighi, président d'honneur de la Fédération, de « ne plus laisser le choix de parler de ces sujets et de ne pas être absents du débat ».
Le candidat de gauche, François Ruffin, puis des élus des autres différents partis, porte-paroles de Marine Tondelier, Gabriel Attal, Édouard Philippe et Marine Le Pen se sont donc succédé sur la scène du 3 Mazarium à l'Institut de France à Paris pour présenter leurs propositions pour l'aide à la personne devant une salle remplie d'acteurs du secteur.
10 mesures concrètes
Membre de la Coalition 2027 pour l'autonomie des personnes âgées, la Fédésap a contribué au rapport « Le nouveau modèle 2027 de l'autonomie », qui propose dix mesures concrètes à intégrer aux programmes des candidats. Le document part d'un constat : avec le vieillissement de la population, le nombre de personnes dépendantes va fortement progresser dans les années à venir. Selon un scénario intermédiaire retenu par la Coalition, les dépenses publiques consacrées à la dépendance devraient tripler d'ici 2050, passant de 34,2 milliards d'euros en 2025 à 103 milliards en 2050. Le reste à charge médian atteint lui 1 850 euros par mois en établissement, supérieur aux revenus de 75 % des résidents. « C'est un vrai problème qu'on désigne depuis des années mais qui reste pourtant un angle mort, regrette Frank Nataf, le président de la Fédésap. Aucun parti politique n'évoque réellement ce sujet. »
Fusion de l'APA et de la PCH
Pour la Fédésap, le défi démographique concerne directement le handicap puisque la Fédération estime qu'il ne faut pas distinguer la perte d'autonomie liée à l'âge et le handicap. Le président de la Fédération propose en ce sens de fusionner l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA) et la Prestation de compensation du handicap (PCH) en une « prestation autonomie » unique ( PCH et APA : une barrière d'âge à 60 ans trop arbitraire ! ) L'APA fonctionne aujourd'hui avec des plafonds selon le niveau d'autonomie de la personne âgée, et non selon les besoins réels comme la PCH. Rapprocher ces deux aides apparaît pour la Coalition 2027 comme un « objectif désirable mais coûteux » d'après leur rapport.
Une question centrale se pose en effet dans ce document : qui doit payer ? Le texte propose notamment un financement davantage fondé sur la solidarité nationale et une clarification du rôle de chaque financeur : l'Assurance maladie pour les soins, la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) et les départements pour la dépendance.
Prévention et maintien à domicile
Pour garantir la « soutenabilité financière du système », la Coalition 2027 préconise de miser sur la prévention et le maintien à domicile, moins coûteux que les établissements. Elle propose un repérage systématique de la fragilité des nouveaux retraités grâce à un test d'auto-évaluation, renouvelé à cinq et dix ans.
Autre mesure : créer un « care manager », chargé de devenir le référent unique de la personne et de coordonner les différents professionnels qui interviennent auprès d'elle. La Coalition propose également un guichet unique territorial, le Service public départemental de l'autonomie (SPDA), pour simplifier les démarches.
Quelques jours avant le congrès de la Fédésap, l'Union nationale de l'aide, des soins et des services aux domiciles (UNA) avait elle aussi présenté ses propositions pour la présidentielle. Dans son livret Politique de l'autonomie à domicile : transformer l'intention en réalité, elle défend elle aussi un renforcement du maintien à domicile et un financement fondé sur la solidarité nationale. Avec ces propositions, les acteurs du secteur entendent bien imposer les sujets de l'autonomie et du handicap dans la campagne présidentielle.
Et puisque ce terme est désormais sur toutes les lèvres, jusque dans l'intitulé du ministère qui en a la charge, représenté par Camille Galliard-Minier, l'« autonomie » s'est aussi muée en projet politique immédiat. En mai dernier, la ministre déléguée annonçait ainsi une transformation en profondeur de l'offre pour les personnes âgées, avec la création de « Maisons France Autonomie » et la volonté de faire évoluer le modèle des Ehpad, en passant d'une approche centrée sur la dépendance à une logique davantage fondée sur le choix de vie. Un projet ambitieux qui devait être présenté à l'occasion de la « Conférence nationale de l'autonomie », annoncée pour septembre 2026. Mais au 17 septembre, toujours aucune date officielle à l'horizon…
crédit : © Solène Alifat

