Rencontres littéraires en ligne, le handicap à l'honneur

Depuis la fermeture des librairies lors du premier confinement en 2020, Frédérique Deghelt, écrivaine et maman d'un enfant handicapé, propose 1h de rencontre chaque soir avec un auteur via la plateforme numérique "Un endroit où aller".

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17 mars 2020. La France est confinée. Les commerces, les musées et les librairies sont fermés, laissant un goût amer aux auteurs qui attendaient impatiemment la sortie de leur livre. Tournée promotionnelle annulée, séances de dédicaces repoussées, ventes en berne... Des mois, pour certains des années, de travail réduits à peau de chagrin. Parmi eux, Frédérique Deghelt, maman d'un jeune garçon handicapé et auteure de plusieurs livres sur le handicap. Pour maintenir le lien entre auteurs, éditeurs et lecteurs, elle décide de créer, en avril 2020, la plateforme numérique « Un endroit où aller » (lien ci-dessous). L'idée ? Une heure de rencontre chaque soir, du lundi au vendredi, à 19h, avec un auteur, animée par un libraire et accessible à tous. L'occasion, pour certains auteurs et lecteurs en situation de handicap notamment d'avoir accès à la culture sans se déplacer !

Handicap.fr : Comment vous est venue l'idée de créer « Un endroit où aller » ?
Frédérique Deghelt : J'ai commencé par avoir le Covid au début du premier confinement, en mars 2020, puis quand je suis sortie au bout d'un mois de cet anéantissement, j'ai réalisé que mes trente dates de visite en librairie pour mon roman, Sankhara, sorti en janvier chez Actes Sud, étaient annulées. Que mon autre livre sur le handicap, Etre Beau, réalisé avec la photographe Astrid di Crollalanza, qui a donné lieu à une exposition au Musée de l'Homme était dans un lieu désormais clos (article en lien ci-dessous). Face à ce désastre artistique, il y avait mes amis auteurs avec leurs livres sinistrés et les libraires désespérés…

On m'a proposé une rencontre sur une plateforme pour un organisme de conférences qui regroupait 200 participants et où 80 livres ont été vendus… Je me suis donc interrogée sur ce système de promotion des livres novateur. J'ai contacté une libraire très influente qui m'a proposé de m'aider en accompagnant les libraires jusqu'alors effrayés par le format numérique, qui n'est pas dans leur ADN. J'ai donc créé les Rencontres on line Un endroit où aller. Comme je suis une ex réalisatrice et coach d'émissions de télévision, j'ai voulu que ce soit esthétique et conçu comme une vraie émission. Actuellement, les rencontres cumulent entre 200 et 5 000 vues chaque soir (entre la plateforme et Facebook) suivant le sujet et la notoriété de l'auteur.

H.fr : Pourquoi cette appellation ?
FD : Je suis entrée chez Actes Sud il y a 15 ans dans la collection Un endroit où aller. C'est également un très beau livre de Robert Penn Warren et, très symboliquement, c'était exactement ce qui nous manquait, ce lieu où venir parler de nos livres nouveaux. L'auteur vous reçoit chez lui dans son univers et le libraire dans sa librairie. Une intimité se crée.

H.fr : Quel est l'objectif ?
FD : C'est un moyen de faire connaître des livres qui viennent de sortir, une autre forme de promotion différente de la presse, de la télévision qui convient la plupart du temps aux auteurs déjà connus. C'est aussi une façon de mettre en avant certaines maisons d'édition plus petites, des parcours d'éditeurs, des thèmes aussi qui sont peu traités sous cet angle de littérature. Mais nous allons aussi vers les essais, les livres de bien-être. Nous avons organisé des soirées sciences, BD, mangas avec notre partenaire lecteurs.com (Fondation Orange ), tandis que notre partenariat avec la délégation du Québec à Paris a pour ambition de faire connaître la littérature francophone... Car le numérique n'a pas de frontière.

H.fr : Certaines rencontres ont-elles évoqué le sujet du handicap ?
FD : Bien sûr. Nous avons notamment fait une rencontre autour de mon livre Etre Beau. Le blogueur Nicolas Houguet, grand lecteur et auteur en fauteuil roulant, a également animé deux rencontres. Nous avons reçu Vanessa Arcos pour son livre sur sa fille trisomique mais aussi Babouillec, cette jeune fille autiste non verbale à l'écriture étonnante et merveilleuse (vidéo ci-contre).

Bien sûr, nous ne pouvons pas savoir quelle proportion de spectateurs en situation de handicap était au rendez-vous mais je crois que ce n'est pas très important. Le succès d'une rencontre, c'est le nombre de spectateurs et la façon dont les livres vont aller vers tous les publics, comment toutes les histoires se mélangent... Celles écrites par des personnes qui sont touchées de près ou de loin par le handicap, celles qui vont découvrir un sujet par lequel elles n'étaient pas du tout impactées jusqu'alors.

H.fr : D'autres projets en cours sur cette thématique ?
FD : En tant que maman d'un enfant handicapé, je suis évidemment touchée par ce sujet et j'aurais tendance à aller vers toute rencontre qui favorise le fait de parler du handicap, et ce, différemment. Cette thématique trouve une place particulière dans ces temps de pandémie où chacun se rend compte de la fragilité de nos corps, de notre non accès à la culture, au sport, à la vie au dehors tout simplement. Il y a une soudaine conscience de nos empêchements. Ceux qui vivent cela depuis longtemps ont une expérience et des choses à nous apprendre, et leur visibilité n'en est que plus précieuse.

H.fr : Envisagez-vous de pérenniser cette initiative après la crise sanitaire actuelle ?
FD : Oui, bien sûr, car nous avons découvert que ceux qui assistaient aux rencontres en ligne n'étaient pas forcément ceux qui ne pouvaient plus aller en librairie. En réalité, beaucoup d'internautes n'avaient jamais assisté à une rencontre en librairie, et principalement les lecteurs handicapés qui sont pourtant de grands lecteurs. Par ailleurs, beaucoup de lecteurs sont intimidés et n'osent pas se rendre en librairie en présence d'un auteur ou pensent que les librairies ne sont pas des endroits pour eux. En ligne, on peut venir écouter et s'en aller discrètement sans que personne ne le sache. Et puis combien d'auteurs peu connus peuvent se vanter de présenter leur ouvrage devant 200 personnes en librairie ? Ajoutons à cela que beaucoup d'entre eux ne peuvent pas faire de grandes promos, cela demande une énergie, une disponibilité et une autonomie compliquées à gérer.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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