Rhizarthrose : comment reconnaître l'arthrose du pouce?

Près de 2 millions de Français, principalement des femmes de plus de 50 ans, souffrent de rhizarthrose ou arthrose du pouce, une maladie évolutive pouvant entraîner un handicap. Comment la reconnaître et la soulager ? Quelques coups de pouce...

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Zoom sur la main d’une femme qui touche la base de son pouce.

Tourner une clé, ouvrir une bouteille, boutonner sa chemise… Et si ces gestes devenaient douloureux, voire impossibles ? C'est la réalité quotidienne d'1,8 million de Français atteints de rhizarthrose, une arthrose localisée à la base du pouce. Principalement diagnostiquée chez les femmes de plus de 50 ans et favorisée par des gestes répétitifs dans le cadre professionnel, des facteurs hormonaux ou génétiques, cette pathologie évolutive reste méconnue et trop souvent minimisée. Pourtant, elle peut devenir un véritable handicap si elle n'est pas prise en charge à temps.

Un dépistage précoce pour préserver l'autonomie

« Comprendre précisément les stades d'évolution et leurs manifestations cliniques permet d'agir rapidement et d'adapter le traitement à chaque phase. Un dépistage et une intervention précoce offrent ainsi la meilleure chance de soulager la douleur, de préserver la mobilité et de maintenir l'autonomie », explique la plateforme arthrose-pouce.com, en amont de la Journée mondiale de l'arthrose du 17 septembre 2025.

1er stade : des douleurs mais des radios normales

La rhizarthrose se développe généralement selon quatre stades clairement identifiés par les médecins, notamment grâce à la classification radiologique de Dell. Au premier, le cartilage commence à s'altérer mais la forme de l'articulation reste intacte. Les radiographies sont souvent « normales », ce qui entraîne un retard fréquent du diagnostic. Pourtant, la gêne est perceptible : douleurs lors d'activités manuelles simples (jardinage, bricolage, cuisine), fatigue musculaire, perte de précision dans les mouvements du pouce... 

2e stade : l'alignement du pouce commence à se modifier

Au deuxième stade, l'usure du cartilage est clairement visible à l'imagerie. Les douleurs s'intensifient et surviennent parfois au repos. Une déformation légère de l'articulation commence à se dessiner, modifiant l'alignement du pouce. En conséquence, la pince pouce-index perd en efficacité, les gestes deviennent plus hésitants. Une prise en charge médicale, fonctionnelle et posturale (orthèses, rééducation) permet souvent de retrouver un confort de vie.

3e stade : des atteintes articulaires sévères

L'atteinte articulaire devient sévère au troisième stade. Le pouce perd en mobilité, les douleurs sont constantes, les gestes fins du quotidien deviennent difficiles. Cette dégradation impacte fortement la qualité de vie.

4e stade : destruction quasi-totale du cartilage

Au dernier stade, l'articulation présente une déformation marquée, avec une destruction quasi totale du cartilage. Le pouce peut se bloquer dans certaines positions, limitant gravement les mouvements. Les séquelles sont alors durables et nécessitent souvent une prise en charge chirurgicale telle que la trapézectomie (ablation de l'os trapèze pour supprimer la douleur) ou la pose d'une prothèse de pouce.

La nécessité d'une prise en charge pluridisciplinaire

Parce qu'il n'y a pas une rhizarthrose mais des profils multiples, la coordination entre professionnels de santé est essentielle. L'objectif : adapter la prise en charge à chaque patient et à chaque stade. Le médecin généraliste pose le diagnostic, prescrit une radio si besoin, propose une orthèse ou des conseils pratiques, puis oriente vers les spécialistes. Le rhumatologue « évalue l'imagerie, ajuste les soins (antalgiques, infiltrations) et oriente vers un autre praticien selon le stade », explique le Docteur Isabelle Payre, insistant sur le rôle majeur de la rééducation et des orthèses.

Le kinésithérapeute agit, quant à lui, sur la douleur, la mobilité et le renforcement musculaire. L'ergothérapeute, enfin, accompagne le patient dans l'adaptation de son quotidien : « L'objectif est de continuer à utiliser sa main malgré la douleur. L'orthèse sur mesure, l'adaptation du geste, des objets plus ergonomiques… tout cela a un effet concret sur la qualité de vie », témoigne Valérie Madert, également orthésiste. Le chirurgien intervient en dernier recours lorsque les traitements conservateurs (solutions non chirurgicales) sont insuffisants.

Un handicap fonctionnel reconnu dans certains cas

Lorsque la rhizarthrose atteint un stade avancé, elle peut entraîner une gêne fonctionnelle importante et être reconnue comme un handicap moteur, ouvrant droit à des aides et dispositifs de compensation. Dans certains cas, une demande de Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) peut être déposée auprès de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) afin de bénéficier d'aménagements du poste de travail, d'un temps partiel thérapeutique ou d'un accompagnement dans le maintien en emploi. Des aides techniques, comme les stylos ergonomiques, les ustensiles de cuisine adaptés ou les claviers spécifiques, peuvent également être proposées pour faciliter les gestes du quotidien.

Rhizarthrose : une demande d'AAH possible

Dans les cas les plus complexes – notamment si la rhizarthrose est bilatérale, douloureuse en permanence, ou accompagnée d'autres pathologies – une demande d'Allocation aux adultes handicapés (AAH) peut être envisagée. Toutefois, cette aide est réservée aux personnes dont le taux d'incapacité est évalué à 80 %, ou entre 50 et 79 % en cas de restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi.

« La rhizarthrose n'est pas une fatalité, ni la pathologie de la vieillesse ! », conclut la plateforme dédiée, qui propose des témoignages de patients et de professionnels de santé, des conseils pratiques et des solutions pour mieux vivre avec la maladie. « Je revis avec ma prothèse de pouce », confirme Philippe, 60 ans, pianiste professionnel.

© Tharakorn de Getty Images

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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