Santé à domicile en danger : les prestataires dans la rue !

Refus de reconnaissance, baisses de tarifs...Les prestataires de santé à domicile sont en colère. Le 16 avril* 2019, ils appellent le gouvernement à revoir leur statut pour être considérés comme de véritables partenaires.

15 avril 2019 • Par Handicap.fr / Emmanuelle Dal'Secco

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* La mobilisation a finalement été reportée à une date ultérieure en raison de l'incendie qui a touché la cathédrale Notre-Dame de Paris. 

Dernière minute du 18 avril 2019

Une délégation a été reçue le 16 avril par la ministre Agnès Buzyn, qui a pris plusieurs engagements laissant entrevoir une possible sortie de crise. L'intersyndicale des prestataires se félicite des avancées obtenues mais ditenéanmoins rester très vigilante quant à une mise en oeuvre rapide et concrète.

Article initial du 15 avril

Blasés, dévalorisés, éconduits, ils revendiquent un vrai statut d'acteur de santé. « Ils », ce sont les Prestataires de santé à domicile (PSAD). Or le 18 mars 2019, les décrets en ont décidé autrement. Dans le cadre du projet de loi santé, l'ensemble des amendements déposés à ce sujet ont été jugés irrecevables… Parallèlement, ce sont plus de 150 millions d'euros d'économies qui ont été demandées pour l'année 2019, dont 100 millions sur les prestations de stomies et sondes, « mettant en péril la viabilité du secteur de la santé à domicile », selon la fédération qui les regroupe. Elle juge sa situation dans « l'impasse »… Face à ce constat, la mobilisation débute, et ce n'est qu'une « première », promet-elle.

Un rôle non reconnu

Mais qui sont ces PSAD ? Ils sont près de 25 000 salariés en France, dont 4 000 professionnels de santé (pharmaciens, infirmiers, diététiciens …). Ces prestataires interviennent et suivent les patients tout au long du parcours de soins, dans le cadre des principales maladies chroniques (maladies respiratoires, diabète, perte d'autonomie), de pathologies lourdes (Parkinson, immunothérapie, oncologie, maladies rares), ou encore de pertes d'autonomie liées au vieillissement ou au handicap. Ce sont ainsi 2 millions de patients pris en charge en France, couverts par plus de 3000 agences, y compris dans les territoires les plus reculés. Ils sont capables de mettre en œuvre, sur prescription médicale, des traitements associant la fourniture d'un dispositif médical tels que pompes à insuline, masques contre l'apnée du sommeil, poches à incontinence, perfusions… Mais pas que : « Nous éduquons les patients à la bonne utilisation de ces dispositifs, explique Charles-Henri des Villettes, président de la fédération. Une poche contre l'incontinence mal utilisée peut avoir des conséquences dramatiques sur le patient : désocialisation, infection… ». La profession juge que la dénomination actuelle de « prestataires de service et les distributeurs de matériels » est  « trop réductrice et ne correspond plus à l'activité réelle de ces professionnels » ; elle réclame donc un nouveau titre qui, selon elle, « s'impose désormais à tous », celui de « prestataire de santé à domicile ».

De nouvelles compétences ?

Ce « rôle central dans la coordination des soins du patient », serait un « moyen de lutter contre les déserts médicaux » et d'être un maillon du transfert de soins de l'hôpital vers la ville, souhaité par le gouvernement dans le cadre du plan « Ma Santé 2022 ». C'est dans ce contexte qu'elle réclame ce « statut d'acteur de santé, à part entière ». Ses professionnels pourraient ainsi être mieux identifiés par les Agences régionales de santé afin de poursuivre efficacement ce virage ambulatoire. Il pourraient également avoir accès au Dossier médical partagé (DMP) pour partager l'ensemble des données patients sur lesquels ils ont de nombreuses informations ou encore favoriser le développement de nouvelles prises en charge à domicile (dialyse et chimiothérapie), en respectant « des conditions de sécurité optimales », assure la fédération.

Manif à Paris

Le secteur se dit également confronté à des baisses de financement « drastiques », une approche qualifiée de « purement comptable » qui serait « particulièrement dangereuse pour les patients eux-mêmes ». « Livrer et installer un lit, apprendre au patient à utiliser ses poches, ça prend du temps. Qui le fera si c'est sous-payé ? », interroge Charles-Henri des Villettes.  Dans un contexte tendu, la profession se dit même prête à être rémunérée « à la performance », c'est-à-dire lorsque le patient adhère réellement à son traitement ; ce dispositif aurait démontré son efficacité dans le cadre du télésuivi de l'apnée du sommeil mené depuis début 2018. La Fédération des PSAD dit vouloir « prendre le temps de la concertation pour créer des modèles innovants, à la fois moins coûteux et plus efficaces, pour des patients désireux de suivre leurs traitements chez eux ». Malgré ses espoirs, elle s'est heurtée au mur législatif. La colère a grondé… Le 16 avril au matin, ses banderoles seront déployées dans Paris, pour aller s'agiter sous les fenêtres du ministère de la Santé.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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