TDAH, autisme, trouble psy... : TikTok désinforme

Plus de la moitié des vidéos TikTok sur le TDAH, l'autisme et plus largement sur la santé mentale contiendraient des informations erronées selon une étude. Un phénomène qui alimente l'autodiagnostic et inquiète les professionnels de santé.

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Un jeune garçon qui scrolle des contenus sur Tiktok

« J'ai compris que j'étais TDAH grâce à TikTok ». Comme cet internaute, des milliers d'utilisateurs s'appuient désormais sur les réseaux sociaux pour mettre des mots sur leurs difficultés, leurs interrogations. Sur TikTok, les hashtags liés à la santé mentale cumulent des milliards de vues. Pourtant, derrière les témoignages face caméra et les listes de « signes qui ne trompent pas », le contenu scientifique laisse à désirer. Selon une Etude publiée en mars 2026 dans le Journal of Social Media Research, plus d'une vidéo sur deux consacrée au TDAH ou à l'autisme diffuserait des informations inexactes ou simplifiées à l'extrême.

Une vulgarisation… qui déforme la réalité

Sur un échantillon de vidéos traitant du TDAH (trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité), jusqu'à 52 % des informations partagées sont jugées trompeuses. Ce chiffre grimpe même à plus de 80 % pour les troubles bipolaires, où l'expérience personnelle l'emporte sur l'expertise clinique. En ce qui concerne l'autisme, environ 41 % des vidéos sont jugées de faible qualité ou imprécises. A l'inverse, seulement 11 % des vidéos proviennent de professionnels de santé qualifiés. Problème : les vidéos publiées par des non-professionnels reçoivent en moyenne plus de likes et de partages que celles produites par des experts, favorisant la viralité de l'erreur au détriment de la vérité médicale.

Simplification excessive de diagnostics

Plus une vidéo est « divertissante » et simpliste, plus elle circule, indépendamment de sa véracité. Checklists rapides, signes « qui ne trompent pas », tests en 30 secondes… TikTok privilégie des formats courts et percutants, mais souvent au détriment de la rigueur scientifique. Résultat : des troubles complexes deviennent des contenus viraux. « On assiste à une simplification excessive de diagnostics qui reposent normalement sur une évaluation clinique approfondie », alertent les auteurs de l'étude. Confondre distraction passagère et TDAH, ou timidité et autisme, peut ainsi induire des erreurs massives de compréhension.

L'essor préoccupant de l'autodiagnostic

Ce type de contenus nourrit un phénomène en forte hausse : l'autodiagnostic. Selon plusieurs professionnels, de plus en plus de patients arrivent en consultation convaincus d'être concernés par un trouble neurodéveloppemental… parfois à tort. « Les réseaux sociaux peuvent être une porte d'entrée, mais pas un outil de diagnostic », rappelle un psychiatre. Le risque ? Passer à côté d'un autre trouble, retarder une prise en charge adaptée, ou au contraire s'auto-étiqueter inutilement.

Informer sans désinformer : un enjeu de santé publique

Pour les experts, l'enjeu n'est pas de diaboliser TikTok, mais d'encadrer les contenus et de renforcer l'éducation à la santé mentale. Car bien utilisés, les réseaux sociaux peuvent aussi briser l'isolement et favoriser la reconnaissance des troubles. Mais une ligne rouge demeure : « Vulgariser ne doit jamais vouloir dire déformer ». À l'heure où des millions de jeunes s'informent en ligne, la fiabilité des contenus devient un enjeu majeur… et urgent. Les auteurs de l'étude incitent ainsi les professionnels de santé à investir ces espaces numériques pour contrebalancer la désinformation. Ils rappellent que l'autodiagnostic basé sur un algorithme ne peut en aucun cas remplacer un bilan clinique pluridisciplinaire.

© Image générée par IA / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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