Tokyo 2020: 6 para athlètes réfugiés entrent dans l'histoire

Le sport leur a "sauvé la vie". Ibrahim Al-Hussein, Shahrad Nasajpour, Parfait Hakizimana, Alia Issa, Anas Al Khalifa et Abbas Karimi forment l'équipe des réfugiés paralympiques de Tokyo 2020. Ils sont les porte-drapeaux du "tout est possible"...

• Par

Thèmes :

Commentaires0 Réagissez à cet article

Handicap.fr est gratuit, aidez-nous à le rester. Soutenez-nous !

Lors de la cérémonie d'ouverture, ils étaient les premiers à entrer dans le stade, défilant sous la bannière du Comité international paralympique (CIP), menés par Alia Issa et Abbas Karimi. Du 24 août au 5 septembre 2021, 4 400 athlètes provenant de 160 pays s'affronteront lors des Jeux paralympiques de Tokyo 2020. Parmi eux, six ont un parcours particulièrement poignant et représentent l'équipe des réfugiés, la deuxième dans l'histoire des Jeux, après Rio en 2016 (article en lien ci-dessous). Lors de la compétition, ils porteront une tenue au design spécial, en origami japonais, symbole de paix et de victoire, confectionné par Asics, fournisseur officiel du CIP. Contraints de quitter leur famille, leurs amis, leur foyer pour fuir les tensions ou les guerres dans leur pays, ils ont entamé un périple périlleux en quête d'une nouvelle vie. Déterminés à réaliser leur rêve paralympique, ils incitent les 80 millions de personnes déplacées à travers le globe à ne jamais abandonner les leurs. Voici leurs histoires.

Ibrahim Al-Hussein : natation

« La vie en Syrie était particulièrement difficile. Il n'y avait rien à manger, pas d'électricité, pas de médicaments. Si je restais, j'allais mourir », confie le nageur Ibrahim Al-Hussein, porte-drapeau de la première équipe paralympique de réfugiés (article en lien ci-dessous). La guerre civile éclate en 2011 et pousse rapidement des millions de Syriens sur les routes de l'exil, dont la famille d'Ibrahim. Lui temporise mais perd sa jambe droite dans un bombardement en 2012. Il quitte à son tour la Syrie et rejoint la Turquie, puis la Grèce le 27 février 2014, « le jour où je suis né une deuxième fois ». Armé de sa nouvelle jambe et de son statut de réfugié, obtenu en 2015, Ibrahim reprend le cours d'une vie écorchée, multiplie les petits boulots et réapprend le sport avec son nouveau corps. « Quand j'avais mes deux jambes, je rêvais de participer aux Jeux olympiques. J'ai réussi avec une seule jambe », sourit-il.

Shahrad Nasajpour : athlétisme

Un rêve qui s'est aussi exaucé pour Shahrad Nasajpour, également présent en 2016 à Rio. Le lanceur de disque et de poids était porte-drapeau lors de la cérémonie de clôture des Jeux. Né en Iran avec une paralysie cérébrale qui a entraîné des limitations de mobilité du côté gauche, il pratique tout d'abord le tennis de table. En 2008, il découvre l'athlétisme et trouve refuge aux Etats-Unis en 2015. A Rio, il termine onzième avant d'établir un nouveau record personnel à 46,30m lors des championnats du monde 2019 qui lui confère la septième place. A Tokyo, il compte bien faire partie des cinq meilleurs !

Anas Al Khalifa : canoë sprint

Né en Syrie, Anas Al Khalifa regagne l'Allemagne avec l'ambition de poursuivre ses études et d'entamer une carrière de mécanicien. Mais un accident bouleverse ses plans... Alors qu'il aide à l'installation de panneaux solaires sur un toit, il glisse, tombe et se blesse à la colonne vertébrale. Amateur de sensations fortes, il s'initie au canoë sur les conseils d'un ami de son physiothérapeute. Encouragé par son frère resté en Syrie, Anas enchaîne les compétitions et commence à se faire un nom. Alors lorsqu'il apprend la mort de son plus fervent supporter, c'est un énième coup dur. A Tokyo, il souhaite rendre fier ce frère décédé et ses parents qu'il n'a pas vu depuis dix ans.

Parfait Hakizimana : taekwondo

Parfait Hakizimana s'apprête à entrer dans l'histoire... Vivant actuellement dans le camp de Mahama, au Rwanda, il devient le premier athlète à passer d'un camp de réfugiés aux Jeux paralympiques. A l'âge de huit ans, il perd sa mère, tuée d'une balle dans la tête au Burundi tandis qu'une balle dans le bras l'écorchera à vie. A 16 ans, le taekwondo lui « sauve la vie ». A 18, il décroche sa ceinture noire. En noir, c'est ainsi qu'il pourrait voir la vie, après une énième tragédie, la perte de son père dans un accident de voiture mais Parfait ne baisse pas les armes et parvient à se qualifier pour les Jeux. Convaincu des possibilités que peut offrir le sport, l'athlète de 33 ans a créé un club de taekwondo dans le camp où il vit en compagnie de 60 000 réfugiés.

Alia Issa : athlétisme

Alia Issa entre également dans l'histoire, devenant la première femme à intégrer l'équipe paralympique des réfugiés. Agée de 20 ans, cette lanceuse de massue entend montrer aux femmes en situation de handicap et aux autres réfugiées les bienfaits du sport. « Ne restez pas chez vous, soyez actives. Cela vous donnera votre indépendance et vous permettra de vous intégrer dans la société », affirme-t-elle auprès du CIP. Née en Grèce, terre d'accueil de ses parents ayant fui les conflits en Syrie, elle contracte la variole à l'âge de quatre ans qui entraîne des troubles de l'élocution et de la mobilité. En 2020, elle réalise son meilleur jet à 14,40m lors des championnats de Grèce. A Tokyo, elle vise les 15m !

Abbas Karimi : natation

« Last but not least » (Le dernier mais pas des moindres)... Abbas Karimi est le tout premier réfugié à avoir remporté une médaille internationale, avec l'argent du 50m papillon S5 lors des championnats du monde de para-natation au Mexique en 2017. Né en Afghanistan, sans bras, il quitte son pays à l'âge de 16 ans pour rejoindre la Turquie où il rencontre un ancien entraîneur de lutte américain qui accompagne d'autres réfugiés. Abbas reçoit finalement le statut de réfugié aux Etats-Unis, où il participe à des compétitions de para-natation. Ses plus grandes armes ? Une persévérance et une détermination à toute épreuve. « Quand je monterai sur le podium, je rendrai heureux beaucoup de réfugiés dans le monde », espère-t-il.

« C'est un sentiment formidable de porter les couleurs de cette équipe. Nous ne sommes pas une équipe, nous sommes une famille et nous nous sentons tous proches les uns des autres », conclut Al Hussein.

Illustration article
Partager sur :
"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

Commentaires0 Réagissez à cet article

Thèmes :

Handicap.fr est gratuit, aidez-nous à le rester. Soutenez-nous !

Handicap.fr vous suggère aussi...
0 commentaire

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.