Emploi : moins de risque de burn-out en cas de handicap ?

Résumé : La fragilité d'une personne ouvre-t-elle plus facilement la porte au burn-out ? Ou la protège-t-elle, au contraire, de cette pathologie devenue presque monnaie courante en entreprise ? Réponses de Christèle Perrot, consultante en relations humaines.

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Le burn-out, état d'épuisement général dû à un surinvestissement dans le milieu professionnel, touche de plus en plus de salariés en France. Auteur de « Équi-vieS : du burn-out à la performance », Christèle Perrot interviendra sur cette thématique le 26 novembre 2016 lors du colloque Fragilités interdites, organisé par la fondation de l'Arche, aux Docks de Paris (12) (articles en lien ci-dessous). Elle compte témoigner de l'expérience qu'elle a traversée en 2001 et sur laquelle elle communique aujourd'hui dans le cadre de son nouveau métier, exercé depuis 2005 : consultante en relations humaines au sein d'entreprises.

Handicap.fr : Vous comptez sensibiliser au burn-out lors de ce colloque. Pourquoi en parler ?
Christèle Perrot : Comme d'autres pathologies, le burn-out est l'expression de nos fragilités, qui sont peu, voire pas du tout, intégrées dans l'environnement professionnel. Comme Thierry Deslauriers, qui interviendra à l'occasion de cet atelier, je compte partager mon expérience et sensibiliser à l'accompagnement en entreprise comme moyen de prévention. Cette conférence sera également l'occasion d'échanger avec le public et de partager d'autres expériences. Aujourd'hui, le burn-out se démocratise davantage alors qu'il était encore tabou il y a 15 ans ; il est à mon sens l'expression d'un mal-être dans notre société, d'une « maladie de civilisation ».

H.fr : Les personnes vivant avec des troubles psychiques sont-elles plus susceptibles de faire un burn-out ?
CP : Je crois qu'elles sont moins sujettes que les personnes dites « ordinaires ». Les personnes avec un handicap nous apprennent à « être ». Elles sont déjà confrontées à des limites qu'elles n'ont pas choisies et ont appris à en tenir compte, à vivre avec, à les accepter. En ce sens, je crois que les personnes qui ont déjà un handicap identifié peuvent être un exemple d'humilité, une voie d'apprentissage.

H.fr : Les entreprises adaptées seraient donc moins propices au burn-out que celles du milieu ordinaire ?
CP : Je ne connais pas les chiffres mais mon intuition me dit que oui. Les entreprises adaptées sont moins concernées par cette pathologie puisqu'elles prennent déjà en compte la fragilité de tous dans la répartition des tâches et l'organisation du travail, contrairement à de nombreuses entreprises ordinaires. En revanche, dans les établissements adaptés, les personnes qui encadrent les travailleurs, et qui ont tendance à se sur-engager, peuvent être plus exposées au danger.

H.fr : Vous comparez le burn-out à un accident. Vous considérez-vous comme une personne handicapée ?
CP : Je pense que nous sommes tous handicapés. Certains ont un handicap visible, d'autres un handicap qui ne se voit pas. Mais nous avons tous en commun notre humanité, qui rime avec fragilité. Nous sommes des êtres limités. C'est lorsque l'on nie sa propre fragilité que l'on peut aller jusqu'au burn-out ou développer un autre type de pathologie. Et c'est en cela qu'intégrer des personnes handicapées en milieu professionnel permet de faire vivre la fragilité, qui est une véritable ressource pour l'entreprise et la société.

H.fr : Y a-t-il un profil type de personne « éligible » au burn-out ?
CP : Il s'agit généralement de personnes très engagées, performantes, avec une grande capacité de travail. Elles sont guidées par une forme de toute-puissance et ont du mal à faire un choix. Elles veulent tout contrôler, cherchent la « perfection » dans ce qu'elles entreprennent, avec une grande exigence vis-à-vis d'elles-mêmes et des autres. Elles ne savent pas non plus dire non. Finalement, c'est le corps qui finit par saturer. Il est donc important de se dire « Je suis en partie responsable de mon burn-out. J'ai la possibilité d'agir et de dire non », même lorsque l'environnement extérieur joue un rôle.

H.fr : Lors du colloque, vous comptez informer sur l'accompagnement en milieu professionnel. Une manière de prévenir les personnes avec des fragilités invisibles ?
CP : Il existe des signes avant-coureurs avant d'en arriver au burn-out : la nature de la relation que l'on entretient avec le travail, ainsi que des symptômes comme l'irritabilité, la perte de désir, des maux de tête récurrents, des insomnies, des angoisses, des maladies de peau… Nous pouvons prévenir le burn-out en étant à l'écoute de ces symptômes, en restant conscient de la façon dont nous menons notre vie. Les témoignages et les formations sont également très importants ainsi que la communication sur ce qui se vit dans l'entreprise : il faut en parler ! Heureusement, le bien-être devient un sujet dans l'entreprise et les actions de prévention se multiplient. J'accompagne aujourd'hui des managers qui reviennent de burn-out. Pour qu'ils trouvent un nouvel équilibre, ils doivent pouvoir réinvestir la sphère personnelle et habiter la sphère professionnelle autrement. Le coaching professionnel, dans une période de grande tension, leur permet de retrouver un équilibre et de déléguer, d'apprendre à collaborer et à restaurer la confiance.

H.fr : Vous travailliez dans la finance au moment de votre burn-out. Certains secteurs professionnels sont-ils plus touchés que d'autres par le phénomène ?
CP : Les domaines qui concernent l'aide à la personne sont davantage concernés : personnel hospitalier, médecins, bénévoles, milieu associatif… Tous ceux qui s'engagent pour autrui et qui s'oublient. Cela concerne également les milieux dans lesquels on pousse l'individu à être plus efficace et plus rapide. La quête permanente de performance, la société de consommation jamais rassasiée, la connectivité à outrance, le manque de pauses sont autant de facteurs qui contribuent à nourrir un terreau favorable au développement du burn-out.

H.fr : Comment se remet-on sur pied ?
CP : Il faut compter plusieurs années pour être complètement rétabli. Le danger est d'en refaire un si un travail personnel n'est pas effectué ou de prendre des médicaments toute sa vie. Personnellement, j'ai suivi un traitement (anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères) pendant un an, en parallèle d'une thérapie qui m'a accompagnée pendant plusieurs années pour apprendre à vivre avec un nouvel équilibre et à poser des limites. Cet accompagnement m'a permis d'analyser ce qui m'avait amené jusque-là, de mieux me connaître et ainsi d'apprendre à m'aimer et à me respecter. Pour me faire respecter. C'est ce que je cherche à faire comprendre en témoignant.

© MilenaP / Geralt (Pixabay)

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Aimée Le Goff, journaliste Handicap.fr"


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