Des sourds refusés sur un avion dénoncent une discrimination

Résumé : "On ne peut laisser passer l'idée qu'une personne sourde ne peut pas voyager toute seule", s'indignent-ils. Refusés sur un vol Air Méditerranée pour la Turquie, une vingtaine de sourds ou mal-entendants, dénoncent une "discrimination"

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Marseille, 21 sept 2011 (AFP) 
Par Hugues JEANNEAUD


Ce groupe de 22 personnes, membres de l'association des Sourds de Marseille, devait partir en vacances à Bodrum, depuis l'aéroport de Marseille-Marignane. Mais c'est après avoir enregistré leurs bagages, dans la nuit de samedi à dimanche aux environs de 03h du matin, que tout a dérapé.

"Au moment d'embarquer, une personne de la compagnie a dit qu'ils ne pouvaient pas", a rapporté à l'AFP Fabienne Guiramand, interprète en langue des signes, dont la mère faisait partie du groupe.
Les voyageurs ont tenté de faire valoir que tous avaient déjà volé dans les mêmes conditions pour la Tunisie l'an passé.
"Nous avons essayé d'expliquer à la personne qui faisait la navette entre nous et le commandant de bord que tout le monde était parfaitement autonome", affirme Michèle Vial, inscrite à ce voyage avec sa soeur sourde.
"A part, peut-être, deux personnes qui ne parlent pas, tous étaient capables de parler et se faire comprendre. Plusieurs étaient même appareillés (pour entendre)", précise-t-elle.
Anne Loubet, directrice générale d'Air Méditerranée, a "regretté" mercredi l'incident, évoquant "un impératif de sécurité".
"Dans les procédures d'exploitation d'Air Méditerranée, une personne sourde et muette est considérée comme une personne à mobilité réduite", explique-t-elle, précisant qu'à ce titre la compagnie impose "de mettre à disposition un membre d'équipage cabine par tranche de 5 passagers".

Quand, après plus d'une heure de palabres, la compagnie a proposé de les transférer à Lyon où, dimanche soir, un autre avion avec le personnel ad hoc les prendrait en charge, ils ont refusé. "Crevés et blessés, ils avaient l'impression qu'on les prenait pour des débiles mentaux", s'emporte Fabienne Guiramand.
"On ne peut laisser passer l'idée qu'une personne sourde ne peut pas voyager toute seule", s'indigne-t-elle.
"Le dossier est en cours auprès de l'agence pour être indemnisé. Mais le remboursement est une chose, la discrimination en est une autre", souligne-t-elle, précisant que des démarches ont été initiées auprès du Défenseur des droits pour dénoncer une "discrimination".

Du côté de la compagnie, on concède volontiers "une erreur de communication", on admet que le pilote aurait dû s'adresser directement aux passagers et les informer des règles de sécurité. En revanche, Anne Loubet réfute le terme de "discrimination".
"C'est maladroit de notre part, ils l'ont vécu comme une exclusion du fait de leur handicap, alors que c'était juste pour des raisons de sécurité", affirme-t-elle.
Pour elle, l'agence de voyages de Marseille qui a vendu le séjour a commis la faute, en ne prévenant pas "officiellement Fram (organisateur du séjour), de manière à ce que Fram nous prévienne officiellement".
Chez Castellane Voyages, on fulmine et on dénonce ces explications : "ce n'est pas dans le règlement (Conditions générales de transport, ndlr). Nous ne devons faire une déclaration que pour des personnes sourdes et aveugles", explique Caroline Sicard, renvoyant aux conditions générales de vente de la compagnie ( http://www.air-mediterranee.fr/ ).

La ministre des Solidarités Roselyne Bachelot a pour sa part évoqué mercredi un acte discriminatoire.
"Dans un vol aérien, une personne sourde est dans la même situation qu'une personne qui ne comprend pas la langue de l'équipage. Devrons-nous désormais réserver l'accès à bord aux seules personnes qui parlent l'anglais ou le français ?", s'est-elle interrogée, annonçant avoir demandé au Défenseur des droits "un point sur les discriminations que subissent encore les personnes handicapées dans l'accès aux transports".

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