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Lucie explique la schizophrénie aux managers

Résumé : Qui oserait avouer son trouble psychique devant une assemblée? Lucie a parlé, dévoilé celui de son frère devant un parterre de managers, à l'occasion d'un Ted X, format de conférences dans l'air du temps. Un témoignage percutant en vidéo.

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Le 5 septembre 2017, le quotidien La Provence titrait « Les barjots et les schizos », provoquant l'indignation très vive des associations. Selon une étude récemment menée sur le traitement médiatique de la schizophrénie, elle est souvent évoquée dans le cadre de faits divers ou pour dénoncer des comportements manipulateurs. Très loin de la réalité médicale…  Alors certains ont décidé de parler. Lucie a décidé de parler…

Ted X, prise de parole

Elle a choisi un concept dans l'air du temps, le Ted X, inspiré des Ted, des conférences créées en 1984 dans la Silicon valley (USA) qui permettaient aux influenceurs de diffuser des idées qui en valaient la peine et de promouvoir l'innovation. Une fondation a ainsi vu le jour pour les valoriser. Le principe s'est ensuite élargi à tous types de témoignages, pourvu qu'ils façonnent un autre monde… Peu importe le sujet. Le format est rigoureux : un seul speaker, un thème, pas plus de 18 minutes. Certains Ted X rassemblent des millions de vues. Bill Clinton, comme d'autres personnalités, se sont emparés de ce concept percutant. Et des anonymes aussi, comme Lucie.

Au nom de son frère

Lucie Caubel était invitée le 27 juin 2017 par le Celsa (une école supérieure en journalisme, communication et ressources humaines). Elle a passé une audition, par téléphone, a été choisie, puis coachée pendant trois mois pour venir apporter son témoignage sur le thème : « Frontières ». Parmi une centaine de postulants, sept speakers ont été retenus ; l'un parle de poèmes japonais, l'autre de fans de série, de métissage... Sa « frontière » à elle, c'est la maladie psychique, plus précisément la schizophrénie, celle de son propre frère, Sébastien. La jeune femme prend la parole dans les locaux parisiens de Google, devant 250 personnes. Au premier rang, des VIP, managers de grosses boites pour certains. La tension est à son comble, le sujet pas facile. Lucie ose demander : « Qui parmi vous a déjà souffert d'un trouble psychique ? ». Quatre ou cinq mains se lèvent… On sait pourtant qu'une personne sur quatre sera concernée au cours de sa vie, de façon plus ou moins sévère. Les autres se taisent… Comme dans la société. Doivent désormais écouter.

La trouille au ventre

Lucie raconte son parcours de proche touché par la maladie, ses colères, sa « trouille au ventre », ses phobies, ses envies de fuir… Elle est en sueur, sur le fil du rasoir. Pas facile de livrer ainsi son intimité. La jeune femme est à nu, l'assistance pendue à ses lèvres. Très impliquée dans le champ du handicap psychique (elle est consultante handicap pour les entreprises), elle a l'habitude de militer de sensibiliser mais pas de parler d'elle. « C'est la rencontre avec Clubhouse France (NDLR : qui accompagne les personnes touchées vers la socialisation et l'emploi) qui m'a réconciliée avec ces troubles auxquels j'ai été confrontée dès l'âge de 12 ans. Avant mon frère, il y a eu ma tante qui s'est jetée à l'eau le jour de la Fête des mères alors qu'elle avait deux enfants ». Elle raconte surtout une magnifique histoire d'amour, au-delà des différences. Espère convaincre son auditoire que ce sont toutes les vulnérabilités qui doivent être prises en compte dans le milieu professionnel avec, pour seul objectif, in fine, de promouvoir le bien être. Son credo, affiché derrière elle : « Il n'y a pas de force sans fragilité ». « C'est en parlant de ces fragilités qu'on arrivera à remettre de l'humain dans le travail. La force ne mène à rien. Il faut innover dans le management. », tente-t-elle de convaincre.

Un coming out éprouvant

Clap de fin d'ici quelques secondes. Pas question de déborder. Lucie ose demander, à nouveau : « Qui parmi vous a déjà souffert d'un trouble psychique ? ». Et, là, les mains se lèvent, dans la bonne proportion. La jeune femme a réussi son pari : briser les tabous, autoriser chacun de se dévoiler. Tour de force sur un sujet éminemment sensible, pourtant enjeu majeur pour notre société. « Les retours ont été fous, confie-t-elle. J'ai eu des réactions hyper positives de gens très haut placés, de DRH, qui m'ont dit s'être sentis concernés. La vidéo fait, à ce jour, 1 300 vues, 4 fois plus que les autres speakers. » Le témoignage de Lucie sera à nouveau diffusé le 11 octobre en ouverture d'un colloque organisé au sein de la Mairie de Paris sur la santé mentale. Elle compte bien réitérer cette expérience éprouvante mais pas tout de suite : « Je suis encore en train de digérer car c'est très mobilisateur à tous les niveaux. Une sorte de coming out, à la face du monde. C'est un vrai travail d'acceptation mais, derrière, il faut l'assumer ».

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


Commentaires

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Le 12-10-2017 par Mezhoura AMAROUCHE :
Pas facile du tout de rendre visible ses souffrances plus ou moins conscientes!

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