1ère mondiale, courses d'exosquelettes pour l'homme futur !

Résumé : Une compétition d'exosquelettes, plus de la science-fiction ! Zurich a accueilli le 1er Cybathlon, compétition internationale où le dopage "technologique" est encouragé. Impressionnant et surtout prometteur pour l'autonomie des personnes handicapées.

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Une compétition internationale d'athlètes handicapés où le dopage est toléré, voire encouragé. Mais, attention pas n'importe lequel, le dopage technologique. C'est ainsi que se sont réunis, le 8 octobre 2016, à Zurich (Suisse), des cyborgs et autres athlètes connectés venus défendre les couleurs de leur laboratoire de recherche. Cette première dans l'histoire de l'Humanité porte le nom de Cybathlon. La compétition a réuni 66 concurrents issus de 22 pays, encouragés par les 4 600 spectateurs de la Swiss Arena.

Le public en délire

Le principe ? Des courses dans six disciplines : interface cerveau-ordinateur, prothèses de bras et de jambe, tricycle à stimulation électronique, fauteuil roulant motorisé et exosquelettes. Au fil d'un parcours d'obstacles accidenté, comprenant escaliers, slalom, passage de porte et plans inclinés, les fauteuils roulants motorisés défient parfois les lois de l'équilibre. Autre handicap, autre challenge : des athlètes amputés équipés de prothèses de bras mettent à l'épreuve leur motricité fine sur différentes activités de la vie courante ; couper un morceau de pain, dévisser une ampoule ou enfiler un pull sur un porte-manteau. Dans les tribunes presque combles de ce stade d'ordinaire dévolu aux matches de hockey sur glace, le public est chaud bouillant et supporte les concurrents avec un enthousiasme délirant. Des cyclistes paraplégiques pédalent sur un vélo couché sur lequel est installé un dispositif d'électrostimulation (interview de l'un des participants en lien ci-dessous). Les personnes tétraplégiques ont également leur place dans la compétition : assises face à un écran, elles disputent une course « vidéo » par la seule force de leur cerveau, grâce à un casque équipé de capteurs. Le clou du spectacle, attendu de tous, c'est la course d'exosquelettes ; l'allure est certes lente et chaque pas hésitant mais cette prouesse laisse présager un futur où l'on pourra se lever et marcher droit devant…

Des prototypes, quelques imprévus…

Vitrine des technologies les plus innovantes, cette paralympiade d'un genre nouveau reste malgré tout une compétition qui a pour seul juge le chrono. Les équipes se prennent au jeu ; l'envie d'en découdre est manifeste. Sur le podium, c'est donc avec ardeur et la larme à l'œil que les vainqueurs brandissent leur médaille, même si selon Robert Riener, professeur et initiateur de l'évènement, « les personnes ayant un handicap physique qui limite leur vie quotidienne, ce sont eux les vrais gagnants de ce Cybathlon ». Elles ont d'ailleurs été pleinement associées à toutes les étapes des projets. Organisée par l'ETH Zurich (école polytechnique qui a formé 21 prix Nobel, dont Albert Einstein), cette compétition mobilise les laboratoires de recherche des plus prestigieuses universités mais également des entreprises spécialisées dans le matériel adapté. La veille, un colloque dédié a réuni de nombreux chercheurs. Pérou, Russie, Etats-Unis, Mexique, Islande, France… Des développeurs du monde entier ont répondu présent pour faire la promotion de leur savoir-faire, perfectionnant au fil des mois leur création. Parce que certains équipements n'en sont qu'au stade de prototype, il y a parfois quelques imprévus : le fauteuil roulant à chenillette coincé dans les escaliers ou le vélo à impulsion électrique qui refuse d'avancer.

Au bénéfice du plus grand nombre

Du côté des « athlètes », c'est aussi un entraînement intensif pour s'adapter aux contraintes de la machine mais également permettre au corps d'exécuter des gestes abandonnés depuis longtemps. Certains visages sont figés dans l'effort, comme celui de cet athlète paraplégique sud-coréen qui tente de grimper une petite côte à l'aide d'un exosquelette ou de ce coureur de fond qui franchit la ligne d'arrivée à bout de souffle. Quelques-uns sont des sportifs paralympiques qui expérimentent ici d'autres sensations où la sophistication technique prend malgré tout le pas sur la performance corporelle. C'est l'objectif ! Mettre en lumière les toutes dernières technologies d'assistance au bénéfice du plus grand nombre. « L'idée de départ de l'un de nos professeurs a germé pour se transformer en événement international majeur, se félicite Lino Guzzella, président de l'ETHZ. Aujourd'hui, le Cybathlon a ravi les spectateurs et prouvé de manière impressionnante ce que la technologie peut offrir aux Hommes ». Le contexte est si insolite que 150 journalistes ont fait le déplacement tandis que la télévision suisse retransmet l'évènement en direct.

RV dans 4 ans ?

A l'entrée de l'Arena, une exposition propose de déambuler dans la longue l'histoire de l'appareillage, de la première prothèse en bois et cuir au robot ultra connecté, laissant présager d'autres mutations qui façonnent peu à peu l'homme « augmenté ». Un fantasme, façon « homme qui valait trois milliards », qui soulève de nombreuses questions éthiques : trop dépendre de la machine n'est-il pas un prélude à la servitude ? Après un tel évènement, le futur se dessine en effet autrement ; on imagine aisément que, d'ici quelques années, on croisera des personnes équipées d'exosquelette, debout, déambulant dans la rue ou faisant leur shopping dans les magasins. L'objectif prioritaire n'est-il pas de permettre à tous ceux qui sont empêchés dans leurs mouvements d'accéder à davantage d'autonomie ? Ce Cybathlon number one n'est qu'une première étape, rendez-vous probablement dans quatre ans… Pour le moment !

© Emmanuelle Dal'Secco

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


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