Prisons : les visiteurs handicapés privés de parloir !

Résumé : Monique Pelletier défend une idée qui lui tient à coeur : contraindre les prisons à s'adapter aux personnes handicapées qui veulent visiter un proche et les tribunaux à accueillir au mieux justiciables et professionnels handicapés.

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Handicap.fr : Est-il si compliqué, pour les proches à mobilité réduite, de visiter un détenu dans les prisons françaises ?
Monique Pelletier
: Je suis avocate et j'ai l'habitude de me rendre dans les prisons. Même si les nouvelles constructions sont désormais adaptées, bon nombre de parties communes, dans les bâtiments anciens, ne sont pas accessibles. Les couloirs sont particulièrement étroits et, dans plusieurs centrales, ne permettent pas le passage d'un fauteuil roulant. Sans parler des formalités particulièrement contraignantes. J'ai du mal à comprendre pourquoi il faut aller chercher un ticket de visite le matin pour le parloir de l'après-midi. C'est une journée entière de perdue et deux queues à faire. Alors, pour les visiteurs handicapés, c'est encore plus fastidieux.

H
: Quel est leur recours dans ce cas ?

MP : Dans certaines prisons, ils sont tout bonnement privés de parloir. Dans d'autres, on leur aménage des lieux à part mais c'est au bon vouloir de la direction. A ces situations peu fréquentes, on propose des réponses ponctuelles ! Je dois rencontrer le nouveau directeur de l'administration pénitentiaire, nommé en janvier. J'espère que les choses vont changer.

H
: Rien de bouge du côté des institutions ?

MP : Claude d'Harcourt, ancien directeur de l'administration pénitentiaire, avait introduit un module sur le handicap dans la formation des gardiens. En septembre 2009, il a également fait paraître une circulaire qui permet l'introduction d'objets personnels dans les parloirs, aussi bien les doudous pour les enfants que des... béquilles ! C'était apparemment quelqu'un d'assez ouvert qui prenait ces questions à cœur et essayait de régler chaque situation de façon ponctuelle. J'espère que cette implication ne sera pas remise en cause par son départ.

H
: Les problèmes que rencontrent les visiteurs valent donc aussi pour les avocats qui sont en situation de handicap ?

MP
: Bien sûr ! Et cette situation ne touche pas que les prisons mais également les tribunaux. Je connais le cas d'une avocate en fauteuil roulant qui ne pouvait accéder au tribunal. On lui a répondu : « C'est vous, maître, qui n'êtes pas adapté au tribunal ! ».

H
: Comment parer à ce type de situation ?

MP
: Avec les moyens du bord ! Au Palais de justice de Paris, sur la Cité, par exemple, il y a deux équipes de pompiers uniquement affectées au « transport » des visiteurs et détenus ou justiciables handicapés, parce que la rampe d'accès est trop raide et l'ascenseur en panne un jour sur deux !

H : Quelles actions menez-vous pour remédier à ces carences ?
MP
: Nous cherchons par tous les moyens à sensibiliser les personnes dites valides. Ce problème les concerne aussi ! J'ai moi-même récemment subi une fracture et ce sont les pompiers qui m'ont transportée. Nous avons, par exemple, organisé un procès dans le noir pour montrer à quel point il est difficile de suivre une audience pour un avocat ou un justiciable aveugle. Idem pour les personnes sourdes (je crois que c'est le pire des handicaps car, en prison, leur isolement est total) : l'audience est traduite en langue des signes mais c'est au prévenu de payer son interprète lorsqu'il se rend chez son avocat. Il y a de multiples occasions où le handicap n'est pas pris en compte.

H
: Est-ce une lacune française ?

MP : Oui, et c'est cela qui me met en colère car, dans les autres pays, comme les Etats-Unis, les Pays scandinaves, la Grande-Bretagne et même l'Espagne, les tribunaux et prisons sont adaptés.

Propos recueillis par: Emmanuelle Dal'Secco

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Commentaires

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Le 31-03-2010 par Walter SALENS :
Décidément, les jours se suivent et se ressemblent. Le train, avion, tribunaux, parloirs.....

Est-ce si difficile de casser quelques murs en ses prisons..... Reste l'impuissance de M. Pelletier et la nôtre: dénoncer, rappeler, s'exprimer. Cela est encore possible en ce pays. Pour le reste......
Dégoûtant
Walter 95

Le 02-04-2010 par Guy PATIN :
Je ne suis pas étonné car déjà en ville s'est la galère pour les handicapés en fauteuil les élus et les commerces font très peu
d'efforts pour évoluer.
Alors en prison cela n'est pas urgent on passe en dernier

Le 04-04-2010 par domi :
c'est un scandale un exemple de plus, le problème surtout c'est notre mentalité française qui manque totalement d'ouverture et tout le monde peut-être concernés un jour des deux cotés de la barrière

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