Aide à domicile : l'enquête qui veut rénover le secteur

Un an d'enquête pour dessiner la situation de l'aide à domicile offerte aux personnes handicapées. Il reste du chemin à parcourir pour étayer un métier difficile et peu valorisé. Handéo propose 20 pistes pour impulser un nouvel élan...

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Comment faire pour que professionnels et usagers puissent trouver leur bonheur chacun « chez soi » ? Depuis 2007, Handéo œuvre pour des services à la personne (SAP) compétents et adaptés, et ce quels que soient le handicap, le lieu de résidence ou les ressources de l'usager. Une telle ambition passe, avant tout, par une meilleure formation des intervenants à domicile. Mais, aussi surprenant que cela puisse paraître, la lecture des référentiels de certifications professionnelles méconnaissent le plus souvent les spécificités liées aux handicaps, assimilent les projets de vie des personnes handicapées à celles des personnes âgées et, dans le meilleur des cas, se bornent à une description clinique des différentes déficiences. « Il faudrait qu'on nous parle un peu plus des personnes handicapées et des différents handicaps, pour qu'on ait moins peur, témoigne une AVS. On a toujours des images qui ressemblent au pire dans la tête. Il faudrait qu'on puisse travailler sur nos préjugés ».

Un an d'enquête


Face à ce constat, Handéo et Handidactique-I=MC² ont décidé d'unir leurs efforts tout au long de l'année 2012 pour co-animer un groupe de réflexion national sur la « formation des intervenants à domicile auprès de personnes en situation de handicap ». Ce groupe a rassemblé 32 organisations représentatives des acteurs du secteur de l'aide à domicile, du handicap et de la formation. Avec, comme maître mot, l'inclusion ! Ce concept « magique » est réclamé à la fois par la grande majorité des personnes handicapées qui souhaitent pouvoir habiter et vivre dans un logement ordinaire « comme tout le monde » mais aussi par les pouvoirs publics qui peuvent y entrevoir une alternative à l'institutionnalisation, et donc de substantielles économies. Il semble évident que la compétence des intervenants constitue une condition majeure pour réussir cette inclusion. Les conclusions de ce groupe de réflexion se sont appuyées sur deux questionnaires, l'un destiné aux personnes en situation de handicap, clients/usagers de services à domicile, et l'autre diffusé auprès des professionnels de l'intervention.

Personnes handicapées : envie d'un bon bol d'air !


Quel constat pour les utilisateurs de SAP (services à la personne) ? Les personnes atteintes d'un handicap moteur ont été les plus nombreuses à répondre (84%), bénéficiant en moyenne de 31h d'aide par semaine. D'une manière générale, les personnes interrogées se disent satisfaites du service reçu mais font apparaître des difficultés concernant la souplesse horaire (24%), le remplacement du personnel (24%) ou l'intervention en période de week-ends (17%). Elles sont finalement « seulement » un quart à considérer que les connaissances de leurs intervenants sur leur handicap s'avèrent insuffisantes. Même si elles se déclarent globalement satisfaites de la qualité technique des prestations, on remarque cependant la rareté des actions d'accompagnement à l'extérieur du domicile puisque 68% disent ne pas en bénéficier.

Des professionnels en demande de formation


Du côté des intervenants des services, les chiffres sont sans équivoques : ce sont des femmes à 85 %, majoritairement âgées de 30 à 49 ans (54%). Elles considèrent que les difficultés relationnelles rencontrées avec les clients sont deux fois plus nombreuses en cas de handicap psychique (27%) que moteur (13%). Quelle que soit la nature de la déficience, ces professionnels jugent en général très insuffisantes les informations reçues sur la situation de la personne dont ils ont la charge, a fortiori en cas de handicap psychique ou de polyhandicaps. « C'est très difficile quand on arrive chez quelqu'un qui n'a pas la parole ou qui a du mal à s'exprimer, regrette l'une d'elles. On ne sait pas comment faire. Et au final, on se tait. C'est dommage ! ». Un tiers d'entre eux réclament donc d'être mieux formés, par exemple grâce à l'acquisition d'un diplôme, mais aussi par une meilleure connaissance des pathologies ou maîtrise des gestes techniques. La plupart témoigne de la complexité, de la difficulté et de la pénibilité de leur métier qui va bien au-delà d'une seule aide-ménagère. Soulignant l'écart entre les responsabilités qui leur sont confiées et leur rémunération !

20 propositions d'avenir


Cette enquête croisée a donné lieu à un rapport d'une quarantaine de pages qui rassemble une vingtaine de préconisations en matière de formation des intervenants à domicile. Parmi elles : favoriser l'accès à la qualification, améliorer les connaissances des situations de handicap pour les intervenants à domicile et ne plus les calquer sur un modèle initialement destiné aux personnes âgées, simplifier la carte des diplômes, faire des choix pédagogiques adaptés... S'en suivent des axes de financement pour la réalisation de ces propositions qui, pour certaines, n'exigent qu'un peu de bon sens. Mais ces pistes demeureront lettre morte si, comme c'est encore trop souvent le cas, une part importante des candidats à l'emploi continue à postuler avec des a priori selon lesquels « Tout le monde peut faire ce boulot... Pas besoin de diplôme. C'est juste le temps de trouver un vrai travail... ». Comment rendre ce secteur plus attractif afin de faire face, à l'avenir, à un paradoxe de taille : l'immense difficulté à recruter dans un domaine où les besoins vont grandissants

Télécharger le rapport complet :
www.handeo.fr/images/communication/formation/handeo-rapport-etape-fevrier2013.pdf

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