Chronique de Philippe Croizon : le travail, c'est la santé !

Résumé : handicap.fr collabore avec le nageur Philippe Croizon pour sa nouvelle chronique "handicap" dans le Magazine de la santé, sur France 5. Le 18 novembre 2013, il a abordé l'emploi des personnes handicapées à l'occasion de la semaine dédiée. Focus

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Pourquoi parler d'emploi des personnes handicapées aujourd'hui, dans cette émission ?

En premier lieu parce que c'est le 18 novembre 2013 que s'ouvre la 17ème semaine pour l'emploi des personnes handicapées ou SEPH, initiée par l'association L'ADAPT mais qui rassemble désormais tous les acteurs impliqués. Elle aura lieu jusqu'au 24 novembre, dans toute la France, et propose des centaines d'initiatives, forums, rencontres pour favoriser l'inclusion des travailleurs handicapés. Mais aussi parce que, selon l'adage, « Le travail, c'est la santé ». N'en déplaise aux préjugés, cela vaut aussi pour les personnes handicapées. Le handicap n'empêche pas l'épanouissement professionnel qui impacte considérablement sur la vie sociale et le bien-être personnel.

Désormais, on voit des personnes trisomiques travailler dans des collectivités, des autistes Asperger mener de brillantes carrières scientifiques, des jeunes dyspraxiques devenir avocats parce que même si leur gestes restent incertains leur discours est souvent habile, des diplômés myopathes assumer des postes à responsabilité. En 2011, Jean-Christophe Parisot, tétraplégique, a même été promu sous-préfet. C'était presque impensable en France il y a encore vingt ans.
Il fait en finir avec les idées reçues, hors d'âge, qui laissent à penser que « les infirmes sont inaptes au travail ». Et je mets évidemment des guillemets à infirmes !

Il faut savoir qu'en France, selon une étude Dares, un Français sur quatre, âgé de 15 à 64 ans, est considéré en situation de handicap (la nouvelle terminologie utilisée, bien plus adaptée que « le handicapé » !). 2 millions, soit 5 % de la population, ont une reconnaissance administrative du handicap ! Parmi eux, 80 % des handicaps sont invisibles. Ce qui signifie que vous, moi, côtoyez certainement des collègues affectés par un handicap sans même le savoir.

Quelles sont les dispositions pour favoriser l'emploi des travailleurs handicapés ?

Des lois tentent de mobiliser les employeurs depuis déjà plusieurs décennies. Mais la situation n'a vraiment commencé à bouger qu'avec la loi handicap de 2005. Elle impose que toute entreprise de 20 salariés et plus aient au moins 6% de travailleurs handicapés dans ses effectifs. Attention, c'est un plancher, pas un plafond ! Certaines entreprises atteignent 10 %, parfois plus... A l'inverse, 50 % des entreprises ne remplissent pas leur obligation et 8 % d'entre elles n'embauchent aucun salarié handicapé ! Elles ne cessent de trouver des prétextes : trop compliqué, impossible dans mon activité, trop dangereux, pas assez compétent...

Pas assez compétent, et pour cause ! L'école pour tous est un engagement très récent. Des générations de jeunes handicapés n'ont pas eu la chance d'aller à l'école. Alors, aujourd'hui, 80 % des demandeurs d'emploi reconnus travailleurs handicapés ont un niveau de qualification inférieur au bac ! Seulement un collégien handicapé sur six poursuit sa formation au lycée. Et on ne parle pas des études supérieures... Heureusement les choses changent, même doucement, et on mesurera certainement dans vingt ans le bénéfice de cette école inclusive.

Par ailleurs, on oublie trop souvent que le travail est l'un des principaux pourvoyeurs de handicap. Alors il ne suffit pas seulement d'embaucher mais aussi de maintenir dans l'emploi des travailleurs qui sont tombés dans le handicap à cause de leur activité. Il faut que les entreprises cessent de se dédouaner de leurs responsabilités !

Mais si une entreprise ne veut engager aucune politique dans ce sens, que lui arrive-t-il ?

Elle doit payer une amende, en réalité dans un langage plus châtié une « contribution » qui sert à alimenter un fonds commun géré par l'Agefiph pour les entreprises privés et par le Fiphfp pour la fonction publique. Ces sommes collectées servent ensuite à financer de multiples actions en faveur des travailleurs handicapés : de la formation, du matériel adapté, des aménagements de poste, des aides humaines... Dans un monde idéal, il faudrait que le budget de ces deux fonds atteigne zéro, ce qui signifierait que toutes les entreprises assujetties ont respecté leur quota d'embauche. Mais nous n'y sommes pas encore.

D'autant qu'en temps de crise, ce sont ceux qui sont réputés moins productifs qui en subissent les effets en premier. En 2012, le taux de chômage des travailleurs handicapés a augmenté plus rapidement que pour l'ensemble de la population. Ils sont 21% à ne pas avoir d'emploi, le double de la moyenne française.

Mais pour ceux qui ne peuvent pas occuper un emploi en milieu ordinaire ?

Il existe d'autres solutions, et notamment dans le milieu que l'on appelle « protégé ». Ce sont les EA (entreprise adaptée) ou les ESAT (Etablissements et services d'aide par le travail), la nouvelle appellation des CAT. On dit de ce milieu qu'il est protégé car les travailleurs bénéficient aussi d'un encadrement médico-social qui leur permet de travailler dans des conditions compatibles avec leur handicap, majoritairement mental dans ce type de structures. Ils sont accompagnés par des éducateurs, des psychologues, des ergothérapeutes et bénéficient en général d'horaires allégés. Rassurés sur leurs compétences, certains poursuivent parfois leur carrière dans le milieu ordinaire.

Certaines entreprises soumises à l'obligation d'embauche qui ne satisfont pas au quota de 6% peuvent sous-traiter avec le milieu protégé pour compenser. Une vraie force économique et plus de 140 000 travailleurs. Dans de multiples domaines et pas seulement le repassage ou l'entretien d'espaces verts mais aussi des activités culturelles ou artistiques.

Y-a-t-il des handicaps qui semblent vraiment rédhibitoires pour les employeurs ?

Oui c'est certain. Pour la très grande majorité, un travailleur handicapé, c'est une personne en fauteuil roulant. On installe une rampe, on aménage le bureau et le tour est joué. Mais ce profil de la recrue « idéale » est en réalité extrêmement rare. Il n'y a pas un handicap mais des milliers de handicaps. Et c'est face à cette complexité que les choses se corsent.

Le plus déroutant pour les employeurs, c'est certainement le handicap psychique (bipolarité, dépression, schizophrénie...) car peu de gens savent comment l'appréhender. Il a longtemps été le laisser pour compte mais des initiatives voient le jour comme les Club house. Ils existent depuis soixante ans aux Etats-Unis mais le premier n'a été implanté en France qu'en 2011 ! Ce sont des lieux de jour qui permettent de mener les personnes concernées vers le retour à l'emploi. Avec un accompagnement humain de qualité, tout est possible !

Globalement, les Français ont-ils des réticences à travailler aux côtés d'un collègue handicapé ?

D'après un sondage « Regard sur le handicap » publié il y a quinze jours, 94 % des personnes interrogées se déclarent prêtes à travailler avec un collègue en situation de handicap, mais seuls 38 % considèrent que leur employeur fait de « réels efforts » en termes de recrutement. Il faut envoyer valser les idées reçues et cela passe aussi par un vrai engagement politique. Il revient en premier lieu à l'Etat de donner l'exemple ; or le taux d'emploi légal d'agents en situation de handicap dans les trois fonctions publiques n'est que de 4,39%.

On se rend compte que, la plupart du temps, c'est la mobilisation d'initiatives individuelles d'associations ou d'entreprises qui permettent de faire avancer des choses. De nombreux chefs d'entreprises ont pris le risque d'embaucher des travailleurs handicapés et se disent aujourd'hui très satisfaits. Cette présence in situ a permis de briser les tabous, de relativiser les propres soucis des autres employés, de prouver que la personne handicapée est capable, parfois plus qu'une autre, de performance. Lorsque vous luttez au quotidien contre un handicap, vous savez ce qu'est le dépassement de soi, et lorsque vous avez surmonté tant de difficultés pour obtenir un emploi, vous donnez le meilleur de vous-même pour le conserver. Une récente étude a démontré que les travailleurs handicapés avaient un taux d'absentéisme bien inférieur au reste de la population.

Pour conclure, je retiens la petite phrase d'André Montané, président du Fiphfp, qui s'implique pour l'emploi de travailleurs handicapés dans la fonction publique, qui disait récemment : « « La personne en situation de handicap n'a pas besoin de compassion mais de compensation. ». C'est exactement cela !

Pour en savoir plus sur cette Semaine pour l'emploi des personnes handicapées, et découvrir les centaines de rendez-vous qui sont proposés dans toute la France, du 18 au 24 novembre, rendez-vous les deux sites suivants.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


Commentaires

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Le 20-11-2013 par W.Salens :
Excellente chronique de Philippe Croizon: tous les constats et sujets sont abordés. De plus: réaliste, modérée et pas pleurnicharde. Au contraire: il y a évolution positive, trop lente certes, efforts demandés à tous: chefs d'entreprise, aux salariés et aussi aux personnes handicapées. Petit correctif: les EA=Entreprises adaptées ne sont pas dans le milieu dit "protégé", mais bien dans le milieu ordinaire: salariés à part entière, droits et devoirs suivant une convention collective propre à l'activité.

Le 21-11-2013 par memee :
Le travail c'est la santé, tout dépend du travail. Hier les usagers de l'Esat de Lourdes dans le 65 se sont mis en grëve,allez sur la dépêche des H.P. Vous me donnerez votre avis. merci

Le 28-11-2013 par venceremos :
Je confirme. Excellente analyse dans cette chronique de Philippe Croizon. Continuez Monsieur à "répandre votre parole". Et Bravo!
Juste pour l'exemple, cette phrase que j'ai si peu lu ou entendu, mais que VOUS, vous avez dites.
"Il n'y a pas un handicap mais des milliers de handicaps. Et c'est face à cette complexité que les choses se corsent."

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