Une avocate en fauteuil: 'La discrimination, je la vis au quotidien'

Résumé : 'La discrimination, je la vis au quotidien'...

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PARIS, 10 oct 2005 (AFP) - 'La discrimination, je la vis au quotidien': bien intégrée, l'avocate Marianne Bleitrach, qui se déplace en fauteuil, subit malgré tout les préjugés, le regard des autres, l'inertie des pouvoirs publics quand il s'agit de lever les obstacles matériels qui jalonnent son existence.
"Vous êtes dans la rue, sur le fauteuil. Si un passant vous parle, il ne s'adresse pas à vous, mais à la personne qui vous pousse. Du moment que vous êtes en fauteuil, vous n'êtes plus une personne, vous n'êtes plus qu'un objet.
Ou alors on pense que vous êtes débile mental", témoigne Me Bleitrach, 54 ans, installée à Lens.
"Aller au restaurant, c'est tout un travail. Lens est une petite ville, ça va, les gens me connaissent. Mais un jour à Paris, je veux manger sur la terrasse à Beaubourg, avec mon mari et une amie. On me refuse en me disant qu'il n'y a pas de places pour trois personnes et on me met sous une verrière par 40 degrés. Mon mari s'énerve. Pour finir, la serveuse se retourne vers ma copine en lui disant: votre mari est vraiment très difficile", raconte-t-elle à l'AFP au téléphone.
"Elle ne pensait jamais qu'il pouvait être mon mari à moi. Une handicapée ne peut pas être mariée, avoir une vie familiale, sentimentale, sexuelle...
Pour les gens, on est un handicapé, point", poursuit cette mère d'une jeune fille de 25 ans, avocate également.
Parfois, Me Bleitrach, touchée par la polio à l'âge de six mois, a croisé l'handiphobie à l'état brut, aussi violente que la xénophobie: "A Arras, j'allais rechercher ma voiture mal garée. Un agent municipal était en train de me mettre une contredanse. Je lui dis: soyez sympa, je m'en vais, vous voyez bien que je suis handicapée, je ne peux pas marcher. Il me répond: les handicapés, c'est comme les bougnoules, ils n'ont qu'à rester chez eux".
Un témoignage qui figure dans le livre "Handicap: Silence, on discrimine", paru jeudi (Editions Cherche Midi).
L'avocate a voulu porter plainte: "Il n'a jamais voulu me donner son nom et il n'avait pas de numéro. J'ai écrit au commissariat et au procureur, cela n'a rien donné", détaille-t-elle.
"C'est très compliqué de porter plainte pour discrimination, car il y a des problèmes de preuves", ajoute l'avocate qui sera à Paris mardi avec l'Association des paralysés de France (APF) pour encourager le public à "changer de regard" sur le handicap.
Au-delà de la barrière des mentalités, il y a les obstacles matériels:
"Quand je vais à la cour d'Assises de Saint-Omer, ce sont les flics qui me montent sur mon fauteuil. Il y a 60 marches...".
En avril, l'avocate a demandé des dommages et intérêts à l'Etat pour dénoncer l'inaccessibilité des tribunaux du Nord-Pas-de-Calais. Déboutée.
"Cela faisait un bout de temps que je râlais après les présidents de chaque tribunal. Tout le monde s'en foutait. En trois ans, un seul tribunal a été rendu accessible, à Lens où je suis, mais les autres sont restés pareils", soupire l'avocate, qui s'est fait installer un ascenseur à ses frais dans son cabinet.
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