Télémédecine : quels bénéfices en cas de handicap?

Résumé : La télémédecine crée la polémique et suscite les craintes de certains patients, qui se croient abandonnés à la 'cyber guérison'. Entretien forcément " télé...phonique " avec Pierre Lasbordes*, député, auteur du rapport sur la télésanté.

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* Pierre Lasbordes, député de l'Essonne, vice-président de l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, est l'auteur d'un rapport de 247 pages, « La télésanté, un nouvel atout au service de notre bien-être ».

Handicap.fr
: Un seul argument pour nous convaincre des avantages de la télémédecine ?
Pierre Lasbordes
: L'idée défendue, par tous, qu'on est bien mieux chez soi qu'à l'hôpital ! Or, les outils technologiques sont désormais au point pour permettre le maintien des personnes dépendantes à domicile.

H
: Depuis la parution du décret relatif à l'exercice de la télémédecine, de nombreuses craintes s'expriment.
PL
: En effet ! Mais j'ose clamer: « Non, ce n'est pas une médecine déshumanisée ». La télémédecine et, plus globalement, la télésanté, n'est pas un outil de substitution au médecin ou encore une médecine « au rabais ». C'est une puissante « valeur ajoutée » dans la prise en charge des patients, et ce dans le respect de leur consentement. La télémédecine est un outil au service du soin.

H
: Mais elle ne remplacera jamais la qualité du contact avec le médecin ?
PL
: Bien évidemment, la télémédecine est un complément à la relation médecin-patient. Mais la situation est simple : il y a de moins en moins de médecins. C'est un phénomène mondial.

H
: Pouvez vous citer quelques exemples d'actes « télémédicalisés » ?
PL
: Pour aider au diagnostic du patient et à la délivrance de son traitement, celui-ci, sur demande et en présence de son médecin pourra faire l'objet d'une consultation à distance ou d'un avis d'expert par un autre professionnel de santé. Voici un autre cas de figure... Le patient pourra, à son domicile, être suivi à distance par son médecin ou un service hospitalier de façon plus fréquente et sécurisée, notamment dans le cas des maladies chroniques (diabète, hypertension, insuffisance cardio-respiratoire, insuffisance cardiaque, port d'un défibrillateur, etc.) et ce, dans le cadre d'un protocole de télésuivi.

H
: Quels sont les outils technologiques déjà proposés au domicile ?
PL
: Les outils de télésanté et de gérontotechnologie sont notamment : appel au 15, outils de téléassistance, assistants de navigation tactiles, géolocalisation électronique, détection des chutes, portail... Imaginez les bénéfices d'un système de télésurveillance pour une personne handicapée qui vit seule... Mais il faudra des personnes qualifiées pour leur mise en œuvre, et par conséquent, une politique de formation devra à ce titre être mise en place.

H
: Que faut-il de plus pour que la télémédecine soit pleinement opérationnelle ?
PL
: D'abord des normes pour développer et labelliser ces outils. Un groupe de réflexion travaille sur ce sujet et tente de mobiliser toutes les ressources techniques qui existent en France, afin d'engager une véritable stratégie industrielle. Toutes les conditions de confiance et de sécurité pour le patient devront également être réunies et les familles devront être associées et formées.

H
: Mais pourquoi devoir former les familles, il ne faut tout de même pas que certains soins leur incombent ?
PL
: Il ne s'agit pas de cela. Mais, par exemple, faire le suivi du taux de diabète sur un I-Phone exige un peu de formation. Et puis, en équipant un minimum le domicile, la télémédecine apporte du confort à tout l'entourage.

H
: Dans un contexte marqué par l'allongement de la durée de la vie, allant de pair avec une augmentation des maladies chroniques, la télémédecine constitue donc un véritable atout pour le confort du patient ?
PL
: Oui, les diabétiques ou les cardiaques, par exemple, n'auront plus à se déplacer à de nombreuses reprises chez leur médecin pour vérifier des données médicales qu'ils pourront relever chez eux à l'aide d'outils spécifiques, ou à subir des séjours hospitaliers inadéquats.

H
: Mais techniquement, ça se passe comment ?
PL
: Je vais vous donner l'exemple de la station cabine mise en place à l'hôpital Vaugirard, à Paris.
Ses patients, notamment certaines personnes handicapées moteur, sont reçus en consultation vidéo par les médecins de l'hôpital Pompidou. Ils sont soignés sans avoir besoin de se déplacer, sans conséquences orthopédiques, sans fatigue... et sans émission de CO2 ! Cette cabine a fait ses preuves ; le 27 janvier 2011, on fête la 1000ème expérience !

H
: La télémédecine est-elle déjà en place dans d'autres pays et y a-t-elle fait ses preuves ?
PL
: Oui, bien sûr, nous ne sommes pas les premiers. Elle est répandue au Canada, en Nouvelle-Zélande, dans tous les pays où l'éloignement géographique fait que tous n'ont pas la chance d'avoir un médecin à proximité. Ce système devenait indispensable et s'est mis en place de façon naturelle !

H
: Dans votre rapport, sont toujours associés les termes « personnes handicapées et âgées dépendantes ». La télémédecine est surtout faite pour eux ?
PL
: Celle que l'on appelle aussi la « E-Santé » s'inscrit pleinement dans le grand chantier de prise en charge de la dépendance, mais pas seulement. Elle convient aussi à tous ceux qui se trouvent dans les zones rurales isolées, permet également de poser un diagnostic précis dans les cas d'urgence grâce à la visioconférence entre patient et spécialiste. Sans oublier la population carcérale qui pourra bénéficier d'une plus grande qualité et continuité des soins. Malades chroniques, personnes dépendantes, patients... Nous avons tous à y gagner.

H
: Ce système permet aussi d'envisager quelques économies ?
PL
: Il y aura, au départ, une phase d'investissements nécessaires. Mais, à terme, la télémédecine permettra évidemment de diminuer les coûts, notamment en matière de transports.

www.lasbordes.fr

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