Journée du 8 mars : les femmes handicapées hors-jeu ?

Résumé : La Journée internationale des femmes se tient le 8 mars 2018. L'occasion pour les associations féministes d'appeler à la mobilisation, autour de plusieurs rassemblements. Mais quelle place pour les femmes handicapées ?

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Comme chaque année, le 8 mars est « la » journée internationale qui met en avant les droits des femmes et dresse le bilan des inégalités dont elles sont victimes, que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle. En France, de nombreuses associations appellent à se rassembler, à manifester et à tenir des débats publics. À cette occasion, nous avons contacté plusieurs d'entre elles afin de connaître leur engagement envers les femmes handicapées…

Un problème pris dans sa globalité

En France, 80% des femmes en situation de handicap sont victimes de violences, contre 35% chez les « valides ». Ces chiffres éloquents sont donnés par le Conseil français des personnes handicapées. Pourtant, les associations sollicitées expliquent que la problématique des violences et des discriminations envers les femmes est à prendre dans sa globalité. On nous répond le plus souvent : « Nous n'effectuons pas de distinction entre les femmes valides et handicapées. Une femme est une femme. » On observe néanmoins que le handicap est un facteur fragilisant, que ce soit à l'extérieur ou dans la sphère privée. Qu'il soit sensoriel, physique ou mental, il expose davantage à la vulnérabilité et appelle parfois une écoute et des réponses adaptées, surtout lorsque le manque d'autonomie de la victime ne lui permet pas d'accéder à l'aide dont elle aurait besoin.

Un manque d'actions

Face à un tel constat, comment justifier que ce sujet pèse si peu dans le débat public et qu'aucune disposition ne soit prise pour lutter contre cette double discrimination qui consiste à être une femme et handicapée ? Beaucoup d'associations se sont dites dans l'incapacité financière de mettre en place une thématique dédiée aux femmes handicapées. D'autres ont expliqué ne pas avoir assez de membres en situation de handicap et donc ne pas souhaiter parler d'un sujet qu'elles ne maîtrisent pas, même si elles se disent conscientes du problème. C'est certainement ce manque d'actions qui a fait naître Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, qui a fait de la lutte contre les discriminations envers les femmes handicapées son credo.

Une asso unique en France

Depuis 2003, créée par Maudy Piot, FDFA est l'unique association, en France, dans ce domaine. En 2015, elle met en place une ligne téléphonique nationale d'écoute (01 40 47 06 06) qui leur est dédiée et signe un film choc, Violences du silence,  qui donne la parole à huit victimes (articles en lien ci-dessous). Si ce mouvement est le seul à particulièrement pointer les violences faites aux femmes handicapées, il souhaite inciter d'autres associations à s'en préoccuper. C'est dans ce cadre que FDFA s'est associé au centre Hubertine Auclert, organisme francilien pour l'égalité femmes-hommes, afin de mettre en place le Club féminisme et handicap. Son objectif est de mieux comprendre la situation des femmes handicapées mais également d'encourager leur participation au sein des associations féministes.

Et à l'étranger ?

En France, si la mobilisation autour des discriminations et des violences faites aux femmes handicapées reste à la marge, presque tabou, est-ce le cas à l'étranger ? Quelques exemples… En Espagne, Dones no estàndards (Des femmes non standards) a été créée en 1995 par des activistes pour la plupart en situation de handicap ; très vite, le groupe gagne en notoriété et est publiquement soutenu par la mairie de Barcelone. La WWDA (Women with disabilities Australia) est une association australienne qui milite pour une meilleure inclusion des femmes handicapées dans la société. En Inde, l'ONG Rising Flame se bat contre les violences sexuelles infligées aux jeunes filles et femmes handicapées. En Grande-Bretagne, Sisters of Frida est un collectif expérimental travaillant à une plus grande autonomie et liberté des femmes handicapées.

Une journée dédiée le 8 novembre

« Femme et handicap : pour en finir avec cette double peine dans le travail » sera le thème de la journée organisée par LADAPT le 8 novembre 2018. Elle part du principe que, si vous êtes une femme en situation de handicap, les obstacles et les discriminations dans l'accès à l'emploi sont encore plus forts. Si l'absence de données officielles chiffrées interdit une étude précise de la situation, les témoignages et les rapports sur la situation singulière des femmes handicapées au travail montrent l'existence d'un véritable plafond de verre. Et cela ne s'améliore pas ! LADAPT, avec le soutien de FDFA, a donc décidé de passer à l'action pour sensibiliser le public, les institutions publiques, le monde économique, la classe politique et les partenaires sociaux. À la veille de la 22e édition de la Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées (SEEPH), les deux associations annoncent ainsi la tenue de cette journée consacrée à la mise en œuvre d'actions concrètes.

© Davis/Fotolia et Myriam Chaplain-Riou

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Assan Haidara, journaliste Handicap.fr"


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Le 08-03-2018 par louna :
Très belle initiative que de mettre en avant aujourd'hui le fléau des femmes handicapées victimes de violences...On ne cesse de nous parler actuellement du harcèlement dont souffrent les femmes mais je suis d'accord avec l'article,rarement celui des moins valides;les handicapées ont une double peine car plus fragiles et certainement moins entendues du fait de leurs difficultés ...c'est pourquoi on se doit de ne pas les oublier car ne rien dire , c'est subir! Bravo à la FDFA pour ses actions et son coup de gueule! Allons voir le site comme proposé...ainsi que le court métrage très explicite...

Le 10-03-2018 par Walter Salens :
Je n'ai regardé que les 2 premières histoires avec une question immédiate devant ces violences répétées du compagnon et des enfants dans le premier cas: pourquoi les victimes ne divorcent-elles pas rapidement? Pour des raisons économiques, difficulté de témoigner ou de porter plainte, manque de soutien de leur famille directe, ne pas savoir à qui ou à quelle entité s'adresser?? Faudrait-il penser que leurs raisons soient identiques à celles des couples "ordinaires"? Je continue la vision de ce doc bientôt

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