Scandale centre psychiatrique, des méthodes d'un autre âge

Résumé : Nouvelle affaire de maltraitance dans un centre psychiatrique de l'Ain. Un asile de fous à l'ancienne, avec ses patients attachés aux lits, punis à l'isolement... La contrôleure générale des lieux de privation de liberté dresse un bilan accablant.

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Par Sofia Bouderbala, avec Grégory Danel à Lyon

Un asile de fous à l'ancienne, avec ses patients attachés aux lits, punis à l'isolement : la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié le 16 mars 2016 un rapport accablant sur le Centre psychothérapique de l'Ain. « Il s'agit des violations les plus graves des droits fondamentaux constatées par les contrôleurs qui ont déjà visité 40% des établissements  psychiatriques de France », a déclaré Adeline Hazan lors d'une conférence de presse consacrée à ce centre de Bourg-en-Bresse, le seul établissement de soins psychiatriques du département.

Depuis un an à l'isolement

« On a constaté le cas d'une jeune femme qui était depuis un an en chambre d'isolement, les quatre membres attachés, mais qui par contre était autorisée à rentrer chez elle tous les weekends où elle vivait normalement, allait chez le coiffeur », a relaté Mme Hazan, qui a fait du contrôle des établissements psychiatriques la priorité de son mandat. Le directeur du centre psychothérapique Pascal Vassalo a assuré à l'AFP qu'il travaillait avec l'Agence régionale de santé (ARS) à « un plan d'actions pour remédier à certains dysfonctionnements ». « On trouve que le rapport est très sévère. On ne reconnaît pas le fonctionnement de notre établissement », a-t-il dit.

Du jamais vu

C'est au contraire l'effarement qui a saisi les contrôleurs venus visiter le centre, du 11 au 15 janvier 2016, et qui dressent une longue liste de « restrictions disproportionnées » des libertés. Leur rapport constate un « accès limité à la cour intérieure pour la majorité des patients, à deux fois une demi-heure par jour » dans une des unités. Des « prescriptions d'enfermement et de contention » sont renouvelées dans certains cas, « sans examen systématique du patient ». Parfois même utilisées « à des fins disciplinaires ». Pour une capacité de 412 lits, le centre compte 46 chambres d'isolement, dont en moyenne 35 sont occupées quotidiennement. Certains patients y sont attachés à un fauteuil ou à leur lit « jusqu'à 23 heures par jour ». « Cela peut durer plusieurs mois, c'est du jamais vu », a dit Adeline Hazan. « On ne respecte pas la dignité des personnes », s'est ému Béatrice Borrel, présidente de l'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam).

Crier ou taper pour appeler

« La situation est anormale (...) On a érigé en pratique générale ce qui devait relever de l'exception », a commenté la directrice de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes, Véronique Wallon. Seules certaines de ces 46 chambres sont équipées d'un bouton d'appel, « dont beaucoup ne fonctionnent pas », et les malades n'ont d'autre recours que de crier ou taper sur les portes pour appeler, ou pour ceux qui sont attachés d'attendre le passage d'un infirmier pour boire ou accéder au bassin (toilettes). « On n'a pas l'impression d'être des barbares » mais « on reconnaît que nos pratiques médicales nécessitent des améliorations », a concédé Jean-Claude Michalon, président de l'association lyonnaise qui gère le centre de l'Ain.

Vers la création d'un « observatoire national » des établissements

« On n'a jamais été alerté d'abus », s'est aussi défendu le directeur du centre, arguant que jusqu'à la loi santé de janvier 2016, qui encadre strictement le recours à l'isolement et à la contention, « il n'y avait pas de règlementation sur les pratiques de soins intensifs ». La nouvelle loi oblige les établissements à tenir « un registre avec le nom du médecin qui a pris la décision, le motif, la durée avec un recensement par établissement du nombre de mesures prises chaque année », a précisé Mme Hazan. Elle se dit favorable à la création d'un « observatoire national » des établissements.

Six mois pour corriger le tir

Dans ses recommandations au ministère de la Santé, qui s'est engagé à les suivre, la contrôleure demande en priorité d'« ériger en règle la libre-circulation dans l'établissement » et de fixer des délais et règles claires à la contention et à l'enfermement. Elle demande également un renforcement des activités thérapeutiques dans ce centre où les patients souffrent mais aussi « s'ennuient », et une formation du personnel aux situations de crise. L'établissement a six mois pour se conformer au plan d'actions, a précisé l'ARS. Il s'agit de la sixième recommandation en urgence de la CGLPL, la première concernant la psychiatrie depuis la création de l'institution en 2008.

© Photo d'illustration générale : Wisky/Fotolia

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Commentaires

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Le 17-03-2016 par Melody :
Je confirme cette horreur car moi même je suis bipolaire et j'ai été à guerande clinique de la briere, un psychatre m'a traitée de tous les noms et me jugeait tous les jours. Je vivais un calvaire au quotidien. Si j'avais pu porter plainte contre cet individu qui m'a détruite et à détruit la survie d'autres malades.Je ne sais que faire. C'est inhumain et interdit. Nous sommes des personnes avant tout avec des droits et des valeurs
Merci de m'avoir lue et aller voir ce qui se passe dans cet établissement psy. Des reportages seraient les bienvenus
Une malade en détresse
Agissez hommes et femmes de lois

Le 17-03-2016 par Marian :
C'est un scandale et il fau s'en indigner faire remonter auprès des instances en charge de responsabilité pour que de tels dérapages cessent le plus vite possible!

Le 17-03-2016 par violette :
en 2013 déjà j'avais mis sur internet la photo de ma fille attachée à son lit 'au C P A ,elle est juste autiste sévère et épileptique

Le 17-03-2016 par violette :
au fait elle est maintenant paralysée car en plus des lien physique il y a aussi les liens chimique

Le 17-03-2016 par desamais :
une horreur a notre époque

Le 18-03-2016 par Chantal :
C'est vrai et apparemment commun à tous ces établissements. Ma nièce victime de bouffées délirantes a passé 6 jours dans une cellule, attachée a son lit, dans le noir, jour et nuit, dans l'unité d urgence du vinatier. Sa mère dans le couloir l'entendait pleurer : "Madame pourquoi je suis attachée pourquoi vous me laissez dans le noir" horrible!! C'estinhumain! Elle est sortie aujourd'hui elle dit avoir vécu un enfer!

Le 24-03-2016 par Marion :
Ce n'est pas une exception malheureusement. En 2009 à Sainte Anne à Paris, le fleuron de la psychiatrie, les conditions étaient, suppression des affaires personnelles dans leur quasi totalité, et surtout les loisirs (livres, musique...), interdiction totale de fumer, interdiction totale de quitter l'étage pendant 3 semaines au moins, interdiction d'avoir des contacts avec l'extérieur pendant une semaine au moins, douches mixtes, toilettes mixtes, une seule télé qui beugle dans la salle commune.... Faudra quand même qu'on m'explique pourquoi quand on est en pleine dépression, les livres, la musique et même le maquillage sont interdit!

Le 20-04-2016 par sébastien :
Enfin ! enfin ! cet article est réellement d'utilité publique. Hospitalisé d'office l'an dernier au CPA de bourg, je suis parti juste avant que les contrôleurs n'arrivent.

Mon histoire : j'ai soupçonné une cousine de détournement d'héritage. Elle est loin. Un jour je l'ai appelé, la conversation a tourné au vinaigre. Je suis devenu menaçant, j'étais écœuré de ce qu'il se passait.

Elle a porté plainte. Je ne le discute pas, elle a eu peur certainement. Mais jamais je n'aurais fait quoi que ce soit.

6 mois après je suis convoqué chez un "expert psychiatre" de Lyon. Et là déjà il y a un gros problème. Car c'est lui qui pose la sentence, personne pour le contredire où lui faire barrage.

Le 20-04-2016 par sébastien :
Donc la sentence est : hospitalisation d'office au CPA de Bourg. Je me retrouve donc emmené là bas par les gendarmes, c'est le protocole. Les gendarmes ont été adorables. Mais là, surprise, le protocole veut que je sois plusieurs jours interné à Pinel, une sorte de batiment où tous sont à l'isolement total, parfois attaché. On vous retire vos vêtements, on vous drogue pour que vous dormiez tout le temps. j'entends des cris, des hurlements. J'ai gardé mon sang froid mais la situation est d'une violence sans commun mesure avec mon appel téléphonique. Je suis sidéré. Pendant tout le temps où vous êtes là bas, la principale source de stress est que vous ne savez pas quand vous allez en sortir, on ne vous le dit pas.

Le 20-04-2016 par sébastien :

Ensuite on me transfère à une sorte de pavillon, vétuste et rempli de patient de tout horizon. Le mot d'ordre est : "Le cadre". Le cadre peut évoluer, mais au départ vous n'avez droit à rien. Puis un jour vous avez droit a fumer 4 cigarettes par jours...un jour vous avez droit a sortir un peu....etc...là je ne fais que reprendre l'article.

Ce que j'y ai vu est d'une telle brutalité, d'un tel mépris pour la condition humaine que je ne comprends pas comment cela n'est pas plus connu. C'est effarant, le nazisme moderne orchestré par une band de psychiatre horribles et dont le pouvoir sur vous est absolu, total le temps que vous y êtes.

Le 20-04-2016 par sébastien :
Pour un simple coup de fil, le résultat a été : perte d'emploi (un mois d'absence injustifié ça se paie), déboussolement total (évidemment la prise de médicaments n'est pas sans conséquences). par dessus tout la perte de confiance en moi. Car quand vous y êtes, le moindre de vos gestes est analysé, sur analysé et certaines infirmières prennent un malin plaisir à jouer sur votre situation, de quoi devenir réellement fou.

Je vous assure que ce qu'il s'y passe est sans nom et merci à cet article de soulever le voile. Car n'importe qui peut y atterrir pour une bêtise, anodine...tout cela par l'amusement d'un psychiatre.

Vraiment, je l'écris sans aucune malice, les nazis sont parmi nous.

Le 22-04-2016 par sébastien :
le rapport complet est disponible ici : http://www.voixdelain.fr/blog/2016/03/18/scandale-du-cpa-le-rapport-complet-du-controleur-general-des-lieux-de-privation-de-liberte/

J'ajoute dans mes commentaires, qu'à aucun moment il n'y a une prise en charge autre qu'hotelière. Le role de l'infirmier est de controler votre prise de médicament. Le mépris du personnel est tel qu'a de nombreuses reprises (au moins 5 ou 6) j'ai moi même courru pour rattraper des malades lourdement atteint qui s'échappaient dans la cour (leur 'cadre' ne le permettait pas). Même un entretien infirmier n'est jamais possible a cause...de leur temps de pause (explication qui m'a été donnée). Le rapport est encore bien insuffisant tant l'experience au CPA est destructrice sur certains patients.

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